Mexique : Cherán résiste : les femmes tissent leur vie face au siège patriarcal et extractiviste

Publié le 6 Juillet 2025

Malely Linares Sánchez

4 juillet 2025 

Photo : Conseil de la jeunesse Cherán K'eri 2024-2027

Ce qui s'est passé le 2 juillet à Cherán n'était pas un incident isolé. Il s'agissait d'une nouvelle offensive armée visant à saper l'autonomie que ce peuple P'urhépecha a construite avec courage, dignité et mémoire. Depuis 2011, année de soulèvement contre le crime organisé et la complicité des institutions, Cherán est un phare de résistance, et celles qui ont maintenu cette lumière au milieu du siège sont, avant tout, les femmes.

Les récentes attaques s'inscrivent dans un continuum de violence patriarcale et extractiviste visant à spolier les territoires autochtones. Mais à Cherán, cette machine de mort s'est heurtée à un mur vivant : celui des femmes qui résistent avec leurs corps et leurs territoires. Elles ne se contentent pas de défendre la vie, elles la cultivent, l'enseignent et la transmettent. Leur résistance n'est pas seulement physique, elle est aussi symbolique, politique et spirituelle.

La Fogata de Mujeres por la Memoria de Cherán (Le Feu de joie des femmes pour la mémoire de Cherán) est l'un des espaces où ce plaidoyer se tisse au quotidien. Elles ont promu des projets communautaires visant à restaurer la phytothérapie, revitaliser la langue purhépecha et renforcer le renouvellement générationnel. Elles ont promu des jardins agroécologiques et participé à des projets d'auto-justice où la dignité des personnes est indiscutable. Elles se sont engagées dans une politique fondée sur le soin, les racines, la parole et l'action. Et elles l'ont fait en risquant leur corps, en affrontant menaces, silence imposé et balles.

Ce projet de vie communautaire prend encore plus de sens dans le contexte de Cherán. Le Michoacán connaît une recrudescence brutale de la violence : plus de 500 homicides volontaires d’ici juin 2025, six maires assassinés en quatre ans, des explosifs lancés par drones, des enlèvements, des déplacements forcés et des communautés entières transformées en butins de guerre pour les cartels. Les régions d’Uruapan, Zamora, Apatzingán et Tepalcatepec illustrent tragiquement la façon dont l’État a abandonné son rôle de garant et s’est retiré ou allié, parfois tacitement, aux intérêts du capital armé.

Dans ce contexte, quelle est la valeur de la résistance des femmes de Cherán ? Tout. Car elles ne défendent pas seulement une forêt, une langue ou un feu de camp ; elles défendent la possibilité même de vivre en communauté, d'habiter le territoire sans peur, de décider collectivement comment vivre et comment guérir. Elles ont arraché à leur territoire ce qu'on appelle « l'or vert », l'avocat, source de dépossession, de violence et de dévastation écologique, et ont dit oui à la vie de manière profondément politique, avec la résine, les plantes, la récupération des eaux de pluie, avec la langue et avec la récupération de leur histoire.

Contrairement aux projets militaristes expérimentés dans d'autres contextes, comme en Colombie, où des décennies de guerre ont démontré que davantage d'armes n'apportent pas davantage de paix, l'expérience de Cherán démontre que la paix se construit par la base, avec autonomie, mémoire et justice. Le rapport de 2023 « Les cicatrices sont mémoire » le souligne clairement : la militarisation des territoires autochtones non seulement échoue, mais reproduit également la violence, criminalise ceux qui défendent la vie et permet à l'extractivisme de progresser sous couvert de sécurité.

C'est pourquoi l'action des femmes de Cherán est non seulement pertinente, mais urgente. Dans un Mexique en proie à la peur, elles misent sur la vie. Dans un État où la politique est instrumentalisée par des intérêts obscurs, elles s'engagent dans la politique communautaire. Face à la mort, non seulement elles résistent, mais elles créent, sèment, guérissent et réexistent.

L'attaque du 2 juillet vise à briser cette dignité, mais elle échouera, car ce qui est défendu à Cherán n'est pas seulement un territoire, mais une façon d'habiter le monde qui nous interpelle tous. Défendre Nana Echeri (la Terre Mère) n'est pas un slogan romantique ; c'est une nécessité urgente face à l'effondrement actuel de la civilisation.

Cherán est toujours debout, et avec elle, les femmes qui ont rendu cela possible. Leur parole est la vie, et leur exemple est un phare pour tous les territoires qui survivent encore.

traduction caro d'un article paru sur Desinformémonos le 04/07/2025

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