Le Faucon et le Canard

Publié le 1 Juin 2025

Peuple Pieds-Noirs (Blackfoot)

 

Les vents hivernaux sifflaient déjà et les vagues se déchaînaient lorsque le Canard colvert et sa compagne rassemblèrent leur progéniture à moitié adulte sur la rive de leur lac, à l'extrême nord.

« Femme », dit-il, « il est temps d'emmener les enfants vers le sud, vers les Pays Chauds qu'ils n'ont jamais vus ! »

Très tôt le lendemain matin, ils partirent pour leur long voyage, formant un grand « V » dans le ciel. La mère menait son troupeau, le père fermait la marche, guettant les retardataires.

Toute la journée, ils volèrent haut dans l'air vif, au-dessus de vastes prairies et de grandes forêts de pins du nord, jusqu'à ce que, vers le soir, ils aperçoivent en contrebas une chaîne de lacs scintillant comme un chapelet de pierres bleu foncé.

Tournant en demi-cercle, ils descendirent de plus en plus bas, prêts à se poser sur la surface lisse du lac le plus proche. Soudain, leur chef entendit un sifflement semblable à celui d'une balle qui fend l'air, et elle lança rapidement l'avertissement : « Honk ! Honk  ! Danger, danger ! » Tous descendirent en spirales vertigineuses, mais tandis que le grand Faucon fondait sur eux, l'aile levée, les canetons s'éparpillèrent çà et là. Le vieux Canard arriva le dernier, et ce fut lui qui fut touché !

« Honk ! Honk ! » crièrent tous les Canards terrifiés, et pendant un instant, l'air se remplit de doux duvet comme des flocons de neige. Mais la force du coup fut perdue sur le corps bien protégé du Canard. Il surmonta bientôt sa peur et reprit sa route vers le sud avec sa famille, tandis que le Faucon retombait lourdement au bord de l'eau, une aile brisée.

Il y resta et chassa les souris du mieux qu'il put, jour après jour, dormant la nuit dans un tronc creux pour être à l'abri du Renard et de la Belette. Toute son intelligence lui permit pas de survivre au long et rude hiver.

Au printemps, cependant, l'aile du Faucon était guérie et il put voler un peu, quoique faiblement. Le soleil montait de plus en plus haut dans le ciel bleu, et les Canards commencèrent à regagner leur fraîche demeure nordique. Chaque jour, une ou deux volées survolaient le lac ; mais le Faucon n'osait pas les charger, malgré son désir. Il était affaibli par la faim et craignait de se fier à la force de son aile brisée.

Un beau jour, une volée de Canards colverts jacassants se posa tout près de lui, rafraîchissant leurs poitrines luisantes sur le doux clapotis des vagues. « Ici, les enfants », se vanta un vieux Canard, « c'est l'endroit même où votre père a été attaqué l'automne dernier par un cruel Faucon ! Je peux vous dire qu'il m'a fallu toute mon adresse et ma rapidité d'esquive pour sauver ma vie. Mieux encore, notre féroce ennemi s'est effondré au sol, l'aile brisée ! Il est sans doute mort de faim depuis longtemps, ou alors un Renard ou un Vison s'est régalé de cette créature maléfique ! »

À ces mots, le Faucon reconnut son vieil ennemi et retrouva son courage. « Néanmoins, je suis toujours là ! » s'exclama-t-il, et il fonça comme un éclair sur le vieux Canard, qui se reposait et racontait son exploit et son évasion avec une fierté et une satisfaction immenses. « Honk ! Honk ! » hurlèrent tous les Canards, qui s'éparpillèrent et tourbillonnèrent comme les feuilles mortes en automne ; mais le Faucon, avec une visée sûre, choisit le vieux Canard et le poursuivit rapidement. Ils tournoyèrent ensemble en spirales vertigineuses, jusqu'à ce que, d'un bond rapide, le Faucon atteigne le cou brillant et tendu de l'autre et le brise d'un puissant coup de son aile réunie.

Ne vous réjouissez pas trop tôt ; il est également malavisé de raconter vos exploits aux oreilles de votre ennemi.

 

traduction carolita

source :

https://www.native-languages.org/blackfootstory.htm

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Peuples originaires, #Blackfoot, #Les oiseaux, #Cosmovision

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