Madagascar : Le peuple Betsileo
Publié le 7 Avril 2025
Par Heinonlein — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=44568990
Peuple autochtone du centre de Madagascar, occupant les hautes terres entre le Vakinankaratra au nord et le pays Bara au sud.
Le nom betsileo = les nombreux invincibles
Population : 4,3 millions de personnes
Ils sont renommés pour leurs rizières étagées (kipahy) qui sculptent des versants entiers des montagnes.
Ce sont également de grands éleveurs. Poussés par la pression démographique ils sont nombreux à émigrer dans les basses vallées et deltas de l’ouest où ils ont, avec les émigrés du sud-est, développé la riziculture.
Langue : c’est un dialecte de la langue malgache, de la branche du groupe linguistique malayo-polynésienne dérivée des langues barito parlées dans le sud de Bornéo.
Les proto-malgaches se sont rapidement différenciés en 3 groupes, un au nord, un à l’ouest et un 3e qui comprend les Betsileo à l’est et au centre de l’île. Une scission s’est ensuite opérée entre les sous-groupes de l’est et du centre (Betsileo, Merina, Bezanozano, Sihanake). Le merina (appelé malgache et langue nationale) est le plus proche parent linguistique du dialecte betsileo.
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By Lemurbaby - Own work; based on Map of Malagasy ethnic groups at mobot.org, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=14762926
Traditionnellement, leur territoire et leur peuple étaient divisés en 3 grandes parties :
►Les Betsileo du nord (Fisakana) : territoire limité par les rivières Ivato et Mandona au nord, les rivières Sahanivotry et Mania au nord ;
►Les Betsileo du centre (Manandriana) : entre la rivière Ivato et la rivière Matsiatra ;
►Les Betsileos du sud : ensemble du territoire Betsileo au sud de la rivière Matsiatra (Isandra, Lalangina, Larindrano, Andringitra).
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Femmes Betsileo Par Auteur inconnu — Collection particulière, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=75166471
Origines
Ils revendiquent traditionnellement un héritage commun avec les Antemoro de la côte est et les Bara plus au sud.
Histoire
Les traditions orales remontent au XVIIe siècle.
Ils sont les descendants d’une union entre conquérants indonésiens venus conquérir le sud-est de la Grande île et des autochtones Vazimbas.
Le pays betsileo a été peuplé de populations d’origines diverses venues d’Imerina et des régions du sud-est de Madagascar. Il se divise au XVIIIe siècle en 4 royaumes : Manandriana, Lalangina, Arindrano et Isandra, ce, jusqu’à la conquête merina au siècle suivant.
Début du XVIIe siècle : ils s’arment pour se défendre contre les Sakalava et forment la première armée permanente de l’île de Madagascar.
Les différents royaumes betsileos existaient indépendamment les uns des autres.
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Radama 1er Par Philippe-Auguste Ramanankirahina (1860-1915) — http://www.liveinternet.ru/users/edit_l/post116272574/ Photograph of the original work on display at the Lapan' Andafiavaratra (Antananarivo), Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=15856399
Ils seront conquis puis réorganisés par Radama 1er, le premier souverain malgache a être reconnu comme roi de Madagascar (1810-1828) par un état européen, la Grande-Bretagne. Une grande partie des Betsileo furent réduits en esclavage et vendus à des marchands d’esclaves européens.
Radama 1er fit de Fianarantsoa la capitale administrative des Betsileo du centre et du sud. Le nord fut rattaché à Antsirabe.
Les Betsileo en tant que groupe, naquirent au XIXe siècle, en tant que subdivision administrative du gouvernement malgache.
4 castes régissaient la société betsileo : les hova ou nobles, les andehova, serviteurs des hova, considérés comme des hommes libres, les olom’potsy (petites gens) et les andavo, esclaves par déchéance sociale ou capture de guerre.
Les chefs traditionnels étaient appelés ray aman-dreny ; ils veillaient au respect de la tradition et étaient considérés comme des sages. Leur rôle était également important lors des circoncisions et des cultes des ancêtres.
Un devin, mpimasy et un sorcier, ombiasy, étaient présents das chaque village. Le premier était un guérisseur et le second était craint pour ses pouvoirs bénéfiques aussi bien que maléfiques.
Organisation sociale
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Par Anonyme — Agence économique de la France d'outre-mer, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=11954220
C’est une société fortement hiérarchisée dont il existe 2 ordres : les nobles et les roturiers, autrefois placés sous l’autorité d’un souverain, hova au pouvoir absolu. Les esclaves étaient hors société.
La structure sociale betsileo repose sur un système de parenté très complexe. Il y a un lien étroit entre les membres de la famille, qui imprègne la société jusqu’aux fonctions administratives et professionnelles. La plupart des Betsileo sont obligés de se joindre à leurs proches pour exercer des activités familiales. Les anciens, en tant que leaders communautaires sont mis en avant. Ils ont souvent plus d’autorité que ceux aux postes officiels.
Les familles sont nucléaires dans 40/45% des ménages. Les personnes âgées contrôlent les plus grands champs et peuvent subvenir aux besoins d’un plus grand nombre de personnes.
La plupart des hommes héritent en partie du patrimoine de leur père mais les Betsileo peuvent cultiver les champs de leur mère.
Lorsqu’un vieil homme décède, son fils aîné partage traditionnellement le patrimoine entre ses frères et lui, s’attribuant le plus souvent le champ le plus productif.
Comme une femme est censée bénéficier du patrimoine de son mari, elle ne reçoit pas de rizières.
Les droits successoraux transmis par les femmes sont garantis par le droit national et peuvent être appliqués en cas de litige entre proches.
Habitat
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https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=673708
Ils vivaient dans des huttes de fibres végétales, les huttes en bois étant réservées aux nobles. Les deux huttes étaient ornées de motifs décoratifs voire de cornes de zébu. De nos jours, ils vivent dans des maisons en terre et brique.
Economie
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https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=673708
Elle est basée sur l’agriculture dont le riz est l’aliment de base de Madagascar. La taille et le rendement de la parcelle de riz d’une famille sont déterminants pour sa richesse. L’élevage bovin est également important.
Aujourd’hui paysans, agriculteurs au sein d’une société organisée par l’état, ils cultivent des parcelles de riz permanentes avec une seule récolte de riz annuelle. Certains champs sont irrigués, d’autres dépendent des précipitations. Les zébus à bosse sont essentiels à l’agriculture. Leurs excréments sont collectés et stockés dans des enclos semi-souterrains en pierre pour servir d’engrais. Les bovins sont attachés à des charrettes et tirent des charrues et des herses, et piétinent les champs inondés après le labourage.
Par Anonyme — Agence économique de la France d'outre-mer, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=11953861
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rizières du Betsileo Par Auteur inconnu — Collection particulière, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=75166471
Régime alimentaire
Leur régime alimentaire se compose invariablement de riz accompagné de viande de bœuf, de poulet, de canard et de cultures secondaires (manioc, haricots, légumes).
Artisanat
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cuillères en bois By Didier Descouens - Own work, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=38761498
Ils sont d’excellents sculpteurs sur bois.
Religion
Depuis l’arrivée des missionnaires européens au XIXe siècle, une grande partie de la population malgache s’est convertie au christianisme. Aujourd’hui,94% des Betsileo sont chrétiens mais une grande partie des traditions ancestrales et des principes religieux sont toujours observés en parallèle ou de concert avec les pratiques chrétiennes.
Leurs croyances ancestrales reconnaissent un royaume surnaturel, des esprits ancestraux, des fantômes et des esprits de la nature dans une sorte d’animisme comme il est pratiqué par d’autres peuples autochtones dans le monde.
Une divinité créatrice, Zanahary, est reconnue et toujours invoquée à des fins cérémonielles.
L’une des cérémonies les plus importantes et le famodihana ou retournement des os au cours de laquelle les restes des ancêtres betsileo sont sortis de leurs tombes et enveloppés dans de nouveaux linceuls et ensuite célébrés.
Traditions
Ils pratiquent le culte des ancêtres, la circoncision, observant des règles précises durant ces rituels. Les esprits des ancêtres sont respectés et redoutés.
Chaque famille doit obligatoirement avoir un foyer dédié aux ancêtres.
Les ray aman dreny se rendent sur les stèles commémoratives, les vatolahy ou tatao pour invoquer les esprits et demander leur protection ou leur bénédiction.
Les occasions qui soulèvent de grandes réjouissances sont la circoncision, le retournement des morts, les naissances et la construction d’une nouvelle maison.
Ils pratiquent également le famindrana, un rite où le défunt est exhumé et remis dans un tombeau neuf.
Les zébus tiennent une grande importance dans la vie quotidienne des Betsileo car ils sont utilisé dans les champs. La pratique de la culture vivrière à flanc de colline leur permet de faire face en cas de soudure (manioc, patates douces, maïs, pommes de terre)
Ils élèvent des porcs et des volailles, mais l’élevage de zébu est celui qui offre un statut social important.
La mort
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Par Anonyme — Agence économique de la France d'outre-mer, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=11953861
Les funérailles roturières avant la conversion au catholicisme se déroulaient dans un climat de grande licence sexuelle (fiandravanana) et celles des rois donnaient lieu au culte du fanany, un serpent censé naître des sanies des souverains morts dont on conservaient les corps jusqu’à complète putréfaction.
A lire Les funérailles chez les Betsileo
Sources : dictionnaire des peuples. Sociétés d’Afrique, d’Amérique, d’Asie et d’Océanie de Jean-Christophe Tamisier ; jacaranda.fr, Wikipédia en anglais, word culture encyclopedia
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