Australie : Le peuple Kuku Yalanji

Publié le 5 Avril 2025

 

image WTMA

 

Peuple aborigène d’Australie originaire des forêts tropicales de l’extrême nord du Queensland.

Autres noms : gugu-yalanji, kokojelandji

Langue : guugu yalandji (dictionnaire produit par Hank et Ruth Hershberger, grammaire par Elizabeth Patz).

Population : 3000 personnes (2003)

Aujourd’hui, le peuple constitue l’un des « peuples de la forêt tropicale de Bame ». ils seraient étroitement apparentés aux habitants de la forêt tropicale de Wulpura sur le plateau de l’actuel parc national du mont Windsor.

 

Territoire d’origine

 

Ils possédaient environ 5700 km2 autour des sources de la rivière Palmer. Leur territoire s’étendait à l’est, de la station de Palmerville jusqu’au mont Lukin et s’étendait sur les zones sud et ouest de la cordillère Dividing jusqu’au cours supérieur de la rivière Mitchell. Les limites orientales se situant à l’est de Byerstown. Ils étaient également présents à Maytown.

Véritable peuple de la forêt tropicale, il vit en parfaite harmonie avec son environnement. Cet environnement fait partie intégrante d’eux-mêmes. Leur culture repose sur un profond respect de la nature et une connaissance intime de ces cycles. Leur savoir se transmet de génératin en génération, les membres de la communauté ont appris de leurs aînés, parents, grands-parents, oncles et tantes.

 

Par I, Berichard, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=2547874

 

Histoire

 

Il s’agit d’une des plus anciennes cultures vivantes, leur occupation humaine du continent remonte a il y a environ 50.000 ans.

Leur terre natale est occupée de façon extensive par des colons européens en 1877 après que le gouvernement australien a ouvert cette zone à la sélection et que les mineurs soient arrivés suite à la ruée vers l’or de la rivière Palmer où de l’or a été découvert en 1873.

En une année, plus de 5000 européens et 2000 chinois s’entassent sur le site de la rivière Palmer qui était jusque là la seule réserve du peuple Kuku Yalanji, afin d’y explorer ses richesses.

La ruée vers l’or dure de 1873 à 1885. La population chinoise de Palmer grimpe brièvement en flèche jusqu’à environ17.000 personnes en 1877 et lorsque l’or commence à se raréfier, les européens partent en 1880 et le nombre de chinois chute drastiquement à 3000.

En réponse à cette invasion écrasante, les Kuku Kalenji mettent en place une résistance féroce, presque une guérilla. Ils sont réduits finalement à vivre dans des bidonvilles auprès des zones que les étrangers ont développées et ils acquièrent des compétences pour travailler dans la nouvelle économie. Ils sont souvent payés par les chinois en opium pour les services rendus. La consommation de cette drogue sous forme de cendre d’opium mélangée à de l’eau est responsable de milliers de décès chez les indigènes. Ceux-ci décèdent aussi de maladies vénériennes.

Des tentatives eurent lieu pour déraciner les indigènes de leur terre natale mais ils résistèrent.

En 1886, une mission luthérienne s’ouvre sur la rivière Bloomfield et échoue 16 ans après sa création.

Dans les années 1930 ont lieu des déplacements forcés de Kuku Yalanji. Ils sont transportés par la police et l’armée dans des conditions désastreuses vers des missions de Daintree et de Mosman.

De 1897 aux années 1960, les Kuku Yalanji et d’autres groupes ethniques australiens sont confrontés à la législation paternaliste du gouvernement australien qui autorise la « protection » de leurs membres dans des réserves aborigènes, sous le prétexte officiel de préserver leur culture. C’est ni plus ni moins une tentative de les expulser des zones urbaines et des zones blanches.

En 1957 a lieu une nouvelle tentative de relocalisation avec une mission de Bloomfield.

Au moment de la 2e guerre mondiale, les Kuku Yalanji se concentrent autour de la réserve de Mossman. Les habitants de Daintree sont refoulés sur la rive nord du fleuve Daintree. Ils subissent de nouvelles expulsions et des vagues de relocalisation de la part du gouvernement australien.

 

Mode de vie traditionnel

 

gunyah By Skinner Prout. - Edwin Carton Booth (1876), “Queensland”, in Australia [...] In Two Volumes, volume II, London: Virtue and Company, Limited, OCLC 903574116, plate facing page 164., Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5989795

 

Ils vivaient autrefois de l’exploitation des ressources naturelles suivant le cycle saisonnier. Ils avaient une forte densité et vivaient dans des gunyahs semi-permanents, faits de branches et d’écorces appuyés contre un arbre.

L’alimentation de base comprenaient des graines toxiques de cycas media lessivées avant la cuisson pour en éliminer les substances toxiques, 2 espèces d’ignames (iganme amère  qui était très recherchée, et le noyer jaune beilschmieda bancrofti) le noyer de bancoulier (aleurites moluccanus) et le kuranda quandong (elaeocarpus bancrofti).

 

 

Croyances et légendes/ Les Gorges de Mossman

 

Gorges de Mossman Par Frances76 de en.wikipedia.org, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1667932

Ils décrivent les paysages en termes humains et reconnaissent des esprits dans les caractéristiques de ces paysages. Ils ont défini 5 saisons.

La présence de la tribu dans les Gorges de Mossman provient de l’action du serpent arc-en-ciel, un être mythologique important pour les Aborigènes, qui contrôle la source de vie, l’eau, qui est le bien le plus précieux.

De nombreuses histoires et légendes ont traversé les siècles en se transmettant de génération en génération. La plus célèbre a pour protagoniste Manjal Dimbi, une montagne importante des Gorges de Mossman dont le nom signifie « la montagne qui retient ». elle serait la représentation de Kubirri qui aida les Kuku Yalanji quand ils étaient persécutés par l’esprit diabolique Wurrumbu. Kubirri retient Wurrumbu prisonnier dans les gorges.

Depuis 1986, les guides de la tribu expliquent et font découvrir leur culture, leurs histoires, leurs connaissances aux touristes venus visiter les Gorges de Mossman. Un centre d’écotourisme de l’Indigenous Land Corporation et Mossman Gorge Aboriginal Community offre des produits locaux réalisés à base de plantes de la forêt tropicale et une galerie d’art. les touristes peuvent observer les plantes traditionnelles de la culture Kuku Yalanji et apprendre leur utilisation quotidienne ainsi que découvrir les légendes de cette tribu.

 

peinture rupestre représentant le serpent arc-en-ciel Par Frances76 de en.wikipedia.org, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1667932

 

Kuku Kalanji de Daintree

 

Pour eux de nombreux sites naturels revêtent une signification spirituelle notamment Wundu (pic de Thornton), Manjal Dimbi (Mont Demi), Wurrnbu et Kulki (Cap Tribulation).

Une riche diversité végétale et animale constituait une source importante de nourriture pour le peuple Kuku Kalanji qui se déplaçait selon les saisons dans la région. La compréhension des cycles climatiques et de la combinaison des types de végétation leur permettait de trouver une nourriture variée tout au long de l’année : lorsque le jilngan (herbe à tapis) est en fleur, c’est le moment de ramasser les œufs de jarruka (mégapode de Reinwardt) et lorsque le jun jun (gingembre bleu) porte des fruits, c’est le moment de capturer le diwan (talégalle de Latham).

De nombreux animaux arboricoles étaient chassés, notamment les murrals (kangourous arboricoles), les yawas (opossums) et les kambis (renards volants).

Les îles, les plages, les dunes et la forêt tropicale de plaine de la région de Daintree constituaient également un lieu privilégié pour installer le camp et pour d’autres activités.

Régénérer un ancien couloir

 

La forêt tropicale de Daintree, vieille de 180 millions d'années, fait partie des terres ancestrales du peuple Kuku Yalanji de l'Est, qui lui ont été restituées par le gouvernement australien en 2021. Depuis le début, les Kuku Yalanji de l'Est ont été impliqués dans le projet Tropical ReGen et continuent de guider l'équipe de Climate Force sur les arbres à planter pour aider à restaurer la forêt tropicale. Les anciens ont souligné l’importance de planter des cèdres rouges (Toona ciliata), connus comme des arbres de naissance .

Un propriétaire foncier local partage des conseils avec Barney Swan. Photo : Avec l'aimable autorisation de Climate Force

Pendant des siècles, les femmes aborigènes ont utilisé ces arbres comme abri et pour accoucher.

« Les anciens nous ont dit que lorsque la région a été colonisée, ils ont été obligés de la déboiser pour gagner de l'argent », explique Crag Carttling, facilitateur touristique pour la Jabalbina Yalanji Aboriginal Corporation, l'organisation qui gère et protège la forêt tropicale de Daintree.

Cela impliquait l'abattage des arbres de naissance. Nombre de ces cèdres rouges , surnommés « or rouge » en raison de leur prix, étaient les arbres de naissance de personnes âgées décédées, et ces arbres étaient considérés comme des arbres généalogiques.

Les gardes forestiers autochtones de la Jabalbina Yalanji Aboriginal Corporation ont également dirigé l'équipe Tropical ReGen , composée de défenseurs de l'environnement, d'agriculteurs et de bénévoles internationaux , lors d'une promenade à travers la forêt pour collecter des graines indigènes.

Avant de commencer à planter des arbres, les membres de l’équipe de Tropical ReGen ont dû passer un mois à nettoyer les déchets et à retirer les clôtures de l’ancienne plantation de bananes. Ils ont également transformé une ancienne serre de la propriété en une pépinière fonctionnelle et ont installé de l'eau et de l'énergie solaire pour leur centre de recherche.

Cependant, avant de commencer la reforestation, il fallait également régénérer le sol de la terre. « La transition d' un système de gazon à base de bactéries , comme une prairie, à un écosystème forestier riche en champignons est difficile. Il faut de l'engrais et de la décomposition organique », explique Swan.

Aujourd'hui, trois ans plus tard, avec l'aide de plus de 300 bénévoles, ils ont réussi à faire pousser 25 000 arbres de 180 espèces, dont le cèdre rouge, le noyer de Noé ( Endiandra microneura ) et le palmier noir ( Normanbya normanbyi ), qui servent de nourriture aux cacatoès et aux casoars. Parmi ces arbres, plus de 10 765 ont été plantés et le reste pousse encore dans la pépinière. (source de cet extrait)

 

Revendication territoriale

 

Le peuple Kuku Yalanji de l’est a enregistré une revendication foncière indigène sur une partie de ses terres ancestrales en mai 1995.

Il a finalement été reconnu comme propriétaire traditionnel de ses terre par 15 accords d’utilisation des terres autochtones ILUA en avril 2007. Ces terres couvrent 230.000 hectares entre Mossman et Cooktown. Dans les accord signés le 19 octobre 2007, 64.000 hectares ont été désignés comme terre de pleine propriété en partie à des fins de conservation et en partie à des fins résidentielles ou de développement économique.

La majorité des terres seraient gérées par le peuple Kuku Yalanji de l’est et le Queensland parks and wildlife, QPWS.

Dans sa décision rendue le 9 décembre 2007, la Cour Fédérale d’Australie a reconnu que le peuple Kuku Yalanji détenait des droits fonciers autochtones exclusifs sur 30.300 hectares de terres domaniales, non attribuées ce qui qu’il « possède, occupe et utilise la zone à l’exclusion de toute autre personnes » et dispose de droits de succession sur la majeure partie de la zone qui comprend 96.600 hectares de réserve forestière, de baux à terme et baux spéciaux. Le peuple Kuku Yalanji dispose de droits non exclusifs de chasse, camping, célébration de cérémonies, d’enterrements, d’utilisation de l’eau et de divers droits partagés.

La terre est gérée par une RNTBC (Société enregistrée de titres autochtones), la Jabalbina Yalanji Aboriginal Corporation qui appartient au conseil foncier du Cap York.

Dans un accord signé le 28 septembre 2021, les Kuku yalanji se sont vus restituer 160.108 hectares de terre englobant la forêt tropicale de Daintree classée au patrimoine mondial de l’Unesco ainsi que Ngalba Bulal, Kalkajaka et le parc national des îles Hope.

 

Forêt tropicale de Daintree Par Killerscene — Travail personnel, CC0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=16282212

 

Sources : wikipédia, destination daintree.com

 

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Rédigé par caroleone

Publié dans #Australie, #Peuples originaires, #Aborigènes, #Kuku Yalanji

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