Pérou : Alerte aux enseignants monolingues dans les lieux de l'Education Culturelle Bilingue (EIB)

Publié le 10 Janvier 2025

Publié : 01/08/2025

Un  sit-in de défense des postes de l'EIB a eu lieu ce 8 janvier devant l'UGEL de Coronel Portillo, à Ucayali. Photo : Jorge Soria

La possible nomination d’enseignants monolingues à des postes d’éducation interculturelle bilingue (EIB) destinés aux étudiants autochtones est préoccupante dans la région d’Ucayali.

Servindi, 8 janvier 2025.- L'éventuelle nomination d'enseignants monolingues à des postes réservés à l'éducation interculturelle bilingue (EIB) qui implique l'enseignement à des mineurs autochtones suscite des inquiétudes dans la région d'Ucayali.

La nomination de ces enseignants se ferait sans tenir compte du profil requis pour les postes de l'EIB, ce qui affecterait directement la qualité de l'enseignement dans les communautés autochtones de la région.

Cette situation est dénoncée par le Syndicat Unitaire des Travailleurs de l'Éducation (SUTE), le Secteur Bilingue d'Ucayali et les membres de la Commission Nationale pour l'Éducation Interculturelle Bilingue (CONEIB) d'Ucayali.

Leurs représentants, ainsi que ceux des organisations indigènes ORAU, Conseil Shipibo-Konibo-Xetebo et FECONAU, sont arrivés le 8 janvier au siège de l'UGEL à Coronel Portillo pour alerter de l'incident, mais la réponse qu'ils ont reçue a été décevante.

Photo : Jorge Soria

"Ils nous ont dit de faire ce que nous devons faire légalement parce qu'ils allaient respecter la règle qui régit les concours de nomination, c'est-à-dire qu'ils allaient affecter des enseignants monolingues aux postes de l'EIB."

C'est ce qu'a indiqué à Servindi le membre de la CONEIB d'Ucayali, Gilmer Soria, qui estime que si ces désignations étaient faites, ce serait « violer le droit fondamental à l'éducation de nos enfants autochtones ».

« Les garçons et les filles des peuples autochtones [ont le droit de] recevoir une éducation de qualité, opportune et culturellement et linguistiquement pertinente dans le cadre de l'éducation interculturelle bilingue », a déclaré SUTE dans un communiqué.

Déclaration du secteur bilingue du Syndicat unitaire des travailleurs de l'éducation (SUTE) d'Ucayali.

 

Exception aux exigences de l'EIB

 

Selon Soria, la nomination des enseignants monolingues pourrait avoir lieu ce vendredi 10 janvier, dans le cadre du processus de nomination des enseignants 2024, actuellement en phase d'adjudication.

La nomination d'enseignants monolingues aux postes de l' EIB serait possible grâce à une exception établie dans la résolution vice-ministérielle n° 037-2024-MINEDU qui réglemente le concours public d'enseignants.

La norme établit deux conditions pour postuler à un poste à l'EIB : i) être inscrit au Registre national des enseignants bilingues en langues autochtones (RNDBLO), et ii) maîtriser oralement et par écrit la langue maternelle des élèves et connaître la culture locale.

Cependant, le texte précise également que ces exigences s'appliquent uniquement à la modalité d'enseignement de base régulier initial (EBR), le primaire « et les domaines curriculaires de communication et de sciences sociales du secondaire EBR ».

"C'est-à-dire que pour la majorité des cours du secondaire, les exigences de l'EIB sont exemptées, c'est-à-dire qu'il n'est plus exigé que l'enseignant s'y conforme", observe Soria.

En plus de cela, la règle laisse également ouverte la possibilité de nommer des enseignants qui ne remplissent pas les deux conditions susmentionnées, à condition qu'ils soient titulaires d'un diplôme d'enseignement ou d'un diplôme de l'EIB et que, dans leur parcours d'enseignement supérieur, ils aient reçu une formation dans la langue provenant des étudiants de l’établissement auquel ils postulent.

« Ce n’est pas parce qu’un enseignant est titulaire d’un diplôme d’enseignement ou d’un diplôme de l’EIB qu’il maîtrise la langue maternelle locale à l’oral et à l’écrit. De nombreux enseignants sont diplômés de l’enseignement supérieur de l'EIB, mais ils ne connaissent pas la langue », explique Soria.

 

La résolution du vice-ministère du Minedu établit des exceptions qui permettent la nomination d'enseignants monolingues au poste de l'EIB

 

La règle viole plusieurs lois

 

La Résolution vice-ministérielle n° 037-2024-MINEDU, qui réglemente le concours public pour les enseignants et établit l'exception susmentionnée, irait à l'encontre de plusieurs lois de niveau supérieur, selon Soria.

Parmi elles figurent la loi sur la réforme des enseignants, la loi sur l'éducation générale, la loi sur l'éducation interculturelle bilingue, la loi sur les langues autochtones, la Convention 169 de l'OIT et la Constitution politique du Pérou.

Les premières lois citées établissent, en partie dans leur contenu, l'obligation pour les enseignants souhaitant postuler à des postes à l'EIB d'utiliser ou de maîtriser couramment la langue maternelle de leurs élèves.

Tandis que les autres protègent le droit des étudiants autochtones à recevoir une éducation dans leur langue maternelle et leur propre culture dans le cadre d'une approche interculturelle.

«Pour autant, nous nous demandons comment une norme inférieure peut s'ajouter à tant de lois», déclare Soria, qui annonce que des mesures juridiques seront prises si cette attaque contre l'EIB est réalisée.

Et que se passera-t-il si des enseignants monolingues ne sont pas nommés aux postes de l'EIB comme annoncé ? Qui assumerait la responsabilité de ces postes ? Nous avons finalement demandé à Soria, ce à quoi il a répondu :

« Lorsque les postes vacants ne seront pas pourvus à ce stade de la nomination des enseignants, ils resteront vacants et passeront par le processus d'embauche des enseignants. Nous [dans la région d'Ucayali] disposons de professionnels bilingues pour pourvoir les postes vacants pour le recrutement d'enseignants à l'EIB.

traduction caro d'un article de Serindi.org du 08/01/2025

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