Les samedis de Jean-Roger Caussimon : Les vieux chagrins
Publié le 5 Juillet 2025
La larme à l'oeil
Portant le deuil
Y'a des chagrins qui font le pied de grue devant ma porte
Chagrins anciens
Dont je sais bien
Qu'ils ont des mains, en pièges à glu, des fois qu' je sorte...
Pour m'alpaguer
Pour me draguer
A l'imparfait, au "souviens-toi",à la détresse...
Te parodiant
Pauvre Lélian:
"Dis, qu'as-tu fais, toi que voilà, de ma jeunesse?..."
Quand le passé
S'est bien cassé
Tu peux toujours, ma pauvr' frangin', chauffer la colle...
J' connais la vie
J' n'ai plus envie
D'refaire un tour au cours du spleen de son école...
Écol' du soir
Du désespoir,
J'y suis passé, j'suis bachelier, j'ai mon diplôme...
Et comm' la mer
Sans être amer
J'ai fracassé les vieux voiliers et leur fantômes!...
"On est copain
Depuis Saint-Germain!"
Dit l'inconnu qui vient à moi et qui m'embrasse...
En ajoutant
"Ça fait trente ans
Qu'on ne s'était vus mais autrefois t'avais d' la classe
Des dents de loup
Des cheveux fous
Quand tu chantais, t'étais le plus beau des libertaires...
Mais t'as changé
Y'a du danger
A fréquenter Arthur Rimbaud et Baudelaire!..."
Allez chagrins
Je n'y peux rien
Faut transhumer vers les brouillards de solitude...
Tous en troupeau
Seul dans sa peau
Faut s'assumer, comme le noir, sa négritude...
Et la pitié
En amitié
Ou en amour ça n'a jamais sauvé personne
Ni cette voix
Sur cette croix:
"Mon sang velours, tout ce que j'ai, je vous le donne..."
La larme à l'œil
Portant le deuil
Les vieux chagrins s'en sont allés au vent d'automne...
Jean-Roger Caussimon/Léo Ferré
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