Jurunda le martin-pêcheur (légende guarani)
Publié le 6 Juillet 2024
martin-pêcheur à ventre roux (megaceryle torquata) Par Fabrice Stoger — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=45664302
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Jurunda le martin-pêcheur (légende guarani)
Version : DARÍO GÓMEZ SERRATO
Quel garçon tava n’a pas été attiré par la tentation de l’eau ? La rivière formait, au détour d'un coude, un marigot d'eaux sombres qu'aucun des gamins n'osait défier.
-L'eau attire vers le bas, dit l'un d'eux.
-Non, argumenta celui qui prétendait la connaître. Mon père dit que "Ypóra", la déesse des eaux, y a sa maison. Mon père a ajouté qu'elle est très gentille, mais depuis son manoir situé au fond des eaux, ses yeux verts observent ceux qui s'approchent de son royaume. Quand quelqu’un ne respecte pas les lois qui le régissent, en commettant des abus, la punition ne tarde pas à venir.
-Quelle punition ?
-Avertir "Yriara", le monstre de la rivière, chargé d'emmener le contrevenant au fond de la boue et des branches entrelacées, d'où personne n'est jamais revenu.
Le plus espiègle des enfants, un beau petit garçon d'environ onze ans, était aussi le pêcheur le plus habile parmi les enfants du village. Il a même réussi un jour à pêcher hors de l'eau avec son hameçon primitif, un authentique "pirajú" (dorado), le plus pugnace des poissons. Et c’était dans le marigot qu’il passait son temps à pêcher.
La mère pouvait l'appeler en criant. Les fessées phénoménales n'avaient aucun effet. On dit que la passion est diabolique et que ce doit être la passion de notre galopin puisque rien ne pouvait l'arracher à son passe-temps.
Une fête devait avoir lieu dans la communauté.
Soigné et propre, le garçon accompagnait sa mère, quand, à cause de sa négligence, il la quitta. Où le trouver dans la foule ? Les questions se succèdent, la réponse arrive, ils n'avaient pas vu le garçon et les heures passèrent.
-Ah, la rivière, pensa la mère.
Presque folle, la malheureuse s'envola vers la berge, la longeant avec angoisse. N'aurait-il pas pu se noyer ? Non! Il était là, épinglé à une bûche, le visage terrorisé, se retournant encore et encore dans le trou perdu redouté. Lorsque sa mère l'a vu, elle a crié pour savoir s'il était blessé et a sauté pour le sauver.
Mais on ne joue pas avec le marigot.
Les eaux noirâtres l'entraînaient en cercles de plus en plus étroits, la poussant vers le centre, où apparaissaient des lèvres cristallines qui aspiraient avec une force irrésistible. L'enfant hurlait d'horreur en voyant sa mère faire d'inutiles efforts pour se dégager des anneaux serrés des eaux, qui se remplissaient de bulles sous les coups désespérés de la malheureuse femme. Une force terrible la poussa vers la dépression en forme d'entonnoir qui, en quelques instants, l'engloutit. Et avant la fin atroce, la mère a encore eu le temps de poser un regard de tendresse tourmentée sur son fils, cet enfant qui, espiègle, était sa vie, et cette vie la quittait sans pouvoir l'aider.
Et quand les eaux la recouvrirent de verre et d'écume, le garçon eut envie de crier, mais sa voix fut noyée par la douleur et la panique qui lui montèrent à la gorge.
Des yeux très verts, comme la lueur fluorescente des lucioles, le regardaient depuis les cercles tremblants de la rivière.
-Je m'appelle "Ypóra", dit une voix.
Ta mère est morte et c'était de ta faute. A partir d'aujourd'hui tu suivras le cours des rivières tortueuses au gré de tes caprices. Tu as voulu vivre de la pêche et tu vivras de la pêche. Tu chasseras le poisson et tu seras poursuivi par des garçons comme toi. Et pour être plus séduisant, tu t'habilleras et voleras presque au ras de l'eau. Et étant joli, tu ne chanteras pas comme les autres oiseaux, mais tu émettras des sons semblables à un cri, sec, aigu, comme une branche qui se brise. De cette façon, tu te souviendras de ton erreur coupable, qui a causé la mort de ta mère.
Ainsi parla la belle naïade des rivières Guaraní.
L’enfant n’était plus une personne mais un oiseau au plumage coloré. Il entra dans le domaine mystérieux des divinités de la justice qui ne laissent pas impunis les actes criminels préjudiciables à la communauté.
C'est le "jurundá" (bouche en crochet), chez le joyeux martin-pêcheur, qui se perche encore aujourd'hui sur les branches, attentif à la lumière de l'eau, et désireux de découvrir la dernière flamme de miséricorde qui brillait dans les yeux de la mère mourante.
traduction carolita
source
https://www.portalguarani.com/detalles_museos_otras_obras.php?id=&id_obras=2268&id_otras=369
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