Pérou : Le gouvernement Wampis condamne la violence raciste et appelle à des élections anticipées
Publié le 13 Décembre 2022
Servindi, 12 décembre 2022 - Le Gouvernement Territorial Autonome de la Nation Wampis (GTANW) a condamné la violence raciste de l'État péruvien et face à la crise politique exige l'avancement des élections générales et la convocation d'un référendum pour un processus d'Assemblée Constituante.
Dans une déclaration, le gouvernement wampis a réitéré son engagement en faveur de l'autonomie et a condamné la "classe politique raciste, incapable et pitoyable qui ignore la réalité indigène amazonienne et qui fait de la corruption son modus operandi".
"En tant que nationalité autochtone vivante, active et ayant droit (...) nous exigeons une Assemblée constituante, avec un processus qui garantisse notre participation effective, et non pas d'être "remplacés" par les politiciens habituels".
Elle attire l'attention de la communauté internationale sur la nécessité de maintenir des relations bilatérales avec la nation Wampis, "sans l'intermédiaire de l'État péruvien chancelant, compte tenu de son incompétence avérée à gouverner efficacement le pays".
Lisez la déclaration complète ci-dessous :
Déclaration du gouvernement territorial autonome de la nation Wampis sur la crise politique au Pérou
Nous condamnons la violence raciste de l'État péruvien et réitérons notre engagement en faveur de l'autonomie pour l'avenir.
La situation actuelle du Pérou est la concrétisation réelle du système de privatisation et de clientélisme, de corruption et d'ingouvernabilité mis en place depuis de nombreuses années. Un système politique fondé sur l'inégalité et le racisme et conçu pour garantir la perpétuité du capitalisme, qui extermine la nature, l'Amazonie, et viole les droits de l'homme, en particulier ceux des plus pauvres et des nombreuses nations autochtones qui habitent et prennent soin de la nature. Ce système a pénétré les recoins les plus profonds du pays, même les institutions qui ont été créées pour décentraliser le pouvoir et mieux servir les populations de ce qu'on appelle les périphéries. Il n'existe, par exemple, aucune administration municipale ou régionale qui n'ait été mise en cause pour clientélisme, népotisme, privatisation et corruption en général.
Nous nous inquiétons énormément de voir comment, ces dernières années, les réglementations sur les droits humains et collectifs ont subi d'importants reculs, notamment en ce qui concerne l'obligation de l'État péruvien de respecter et de garantir le droit à la reconnaissance de nos territoires. Petit à petit, l'État s'est approprié nos territoires ancestraux pour les mettre à la disposition des industries de destruction et de mort sous prétexte de développement économique. Pendant des années, ce développement économique nous a laissé des environnements dégradés, des maladies, l'alcoolisme, la violence contre les femmes et les enfants, et un long etcetera de décadence humaine.
Aujourd'hui, ce sont les mêmes destructeurs qui continuent à prendre les décisions du pays, une classe politique angoissée, incapable et pitoyable, qui ignore la réalité indigène amazonienne, qui fait de la corruption son modus operandi, puisqu'elle n'a pas appris à faire de la richesse autrement que par le facilitarisme, la déshumanisation du peuple et la destruction de nos sources de vie. Peu importe l'idéologie ou le discours supposé, de gauche ou de droite, ils nous ont tous fait défaut avec leur ignorance et leur colonialité du pouvoir, du savoir et de l'être.
Aujourd'hui, le peuple, à juste titre, se mobilise pour demander la fermeture du congrès et une assemblée constituante. D'autres appellent à de nouvelles élections. Mais il n'existe pas d'équipe ou de force humaine capable de gouverner le pays, de gérer un État pourri, d'affronter des groupes d'intérêt féroces et de s'attaquer aux multiples problèmes à traiter d'urgence, surtout parce qu'une certaine classe politique continuera à jouer de l'obstructionnisme pour poursuivre ses propres intérêts. Nous sommes au bord d'une crise alimentaire provoquée par la crise agricole, les sécheresses, l'effondrement des montagnes enneigées, les incendies de forêt et la pollution massive. En Amazonie, nous sommes toujours en proie à des activités illégales auxquelles participent les institutions et les "administrateurs" de l'État. L'éducation de nos enfants est toujours reléguée au bas de la liste des priorités et l'accès aux systèmes de santé est un martyre pour toute la population. Pendant ce temps, les puissants continuent de jouer à qui fera le plus mal et qui échappera le plus vite à la justice. Ils sont véritablement une honte nationale persistante et une calamité de plusieurs décennies.
Par conséquent, en tant que membre de la nationalité originelle vivante, active et ayant droit qui nous est assignée par la Constitution, nous exigeons une Assemblée constituante, avec un processus qui garantisse notre participation effective, et qui ne soit pas "remplacée" par les politiciens habituels, veiller à ce que la nouvelle constitution respecte les normes des mandats internationaux relatifs aux droits des peuples autochtones, tels que la convention 169 de l'OIT et la déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, afin de parvenir à la reconnaissance des territoires intégraux, ainsi que de notre système millénaire de gouvernance.
Pendant que ce rêve se forge par la clameur et la lutte populaires, la Nation Wampis poursuivra son chemin en exerçant le droit à l'autodétermination et en développant ses propres plans pour la Pleine Vie (Tarimat Pujut) conformément à notre pacte sociopolitique pour la nature et ses êtres à perpétuité, constituant fondamental de notre autonomie.
Attirer l'attention de la communauté internationale pour qu'elle maintienne des relations bilatérales avec nous, la Nation Wampis, sans l'intermédiaire de l'ébranlant "État péruvien", compte tenu de son incompétence avérée à gouverner efficacement le pays dont nous faisons partie.
Nous avons fait preuve de plus de résultats, de cohérence et de sacrifice que l'État péruvien en matière de conservation de la biodiversité, de défense de nos territoires et de stratégies de lutte contre le changement climatique, car non seulement nous savons mieux ce dont nous avons besoin et ce dont notre territoire a besoin, mais nous le faisons et nous tenons nos promesses. Il suffit de regarder le nouveau cabinet ministériel, dirigé par une personne faisant l'objet d'enquêtes fiscales en cours, et qui a dans le portefeuille de l'énergie et des mines le directeur d'une compagnie pétrolière coupable de graves crimes environnementaux et de la violation systématique des droits des indigènes. Entre-temps, notre institution représentative, le gouvernement territorial autonome de la nation Wampis, a formulé une stratégie climatique, basée sur nos propres études scientifiques, où nous proposons des solutions à cette crise climatique mondiale, aux graves répercussions nationales.
Il n'y a donc plus d'excuses pour remettre à plus tard nos alliances pour le bien-être de l'humanité, car toutes les crises sont réunies (écologique, climatique, économique, pauvreté, pandémies, racisme et autres) dans une crise civilisationnelle très grave qui exige une attention urgente et nous ne pouvons pas nous permettre de confier nos solutions à des êtres et des structures incompétents.
Par conséquent, nous réitérons nos demandes et exigences spécifiques et minimales :
1. Prévoir des élections générales, des deux pouvoirs, pour au moins garantir la prééminence des droits de l'homme.
2. Appel à un référendum pour un processus d'Assemblée Constituante.
3. L'annulation de tous les projets législatifs, exécutifs et autres qui contreviennent à nos droits. Nous demandons l'annulation des projets alignés sur la colonisation, les ventes aux enchères et toute autre forme d'expropriation des territoires ancestraux, les violations des droits de l'homme et la persécution des défenseurs des forêts et des territoires.
4. La reconnaissance formelle et expresse des droits collectifs et des territoires intégraux.
5. Le respect des droits de l'homme des manifestants au niveau national. En ce sens, la fin de la répression excessive et du meurtre de nos jeunes compatriotes.
6. Une attention immédiate aux questions d'urgence nationale : la crise agricole et la crise de l'eau due à la crise climatique.
Parce que les droits ne se mendient pas, ils s'exercent. Nous continuerons à travailler pour atteindre notre Tarimat Pujut, avec ou sans l'État.
Soledad, 12/12/22
traduction caro d'un communiqué paru sur Servindi.org le 12/12/2022
Gobierno Wampis condena violencia racista y pide adelanto de elecciones
Servindi, 12 de diciembre, 2022.- El Gobierno Territorial Autónomo de la Nación Wampis (GTANW) condenó la violencia racista del Estado peruano y frente a la crisis político exige el adelanto de...
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