Argentine : Le peuple Pilagá

Publié le 21 Février 2019

Peuple autochtone du groupe Guaicuru qui vit au centre de la province de Formosa en Argentine et dont certains groupes ont émigré et vivent dans la province du Chaco et dans la province de Santa Fe.

Ils sont étroitement liés aux Tobas (Qom).

Ils ont su préserver une grande partie de leur culture traditionnelle.

Population : 5137 personnes (2010)

Autodésignation : pit’laxá

 

Langue : pilagá, pilacá, pitelaga , famille linguistique mataco-guaicuru.

3403 locuteurs (CPI 2006)

Langue vulnérable selon l’UNESCO (degré 1 sur une échelle de 5)

Selon Fabre (2007), la transmission de la langue est bonne et son usage bien qu’essentiellement domestique, maintenu. Des difficultés matérielles sont rencontrées par les Pilagá et comme ils vivent uniquement dans les zones urbaines, cela peut-être une crainte pour l’avenir de la langue.

Le pilagá s’écrit dans un alphabet latin avec 4 voyelles et 19 consonnes depuis 1996.

Histoire

 

Femme Pilagá aux tatouages ​​traditionnels, par Grete Stern By Grete Stern - http://www.proa.org/exhibiciones/pasadas/-chaco/stern.html, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=106135508

 

Les premières traces documentées du peuple Pilagá remontent au XVIIe siècle où les espagnols avaient des intérêts dans la région du gran Chaco qu’ils considéraient comme un couloir commercial vers le Haut-Pérou au sein de la Vice-Royauté du Rio de la Plata.

Au XVIIe siècles, des campagnes sont organisées vers le Chaco, avec plus tard la création de petites villes et de forts militaires.

Les Pilagás avec les Abipones, les Mocovies et les Tobas formaient un groupe appelé « Frentones (front ou tête) » en raison de leur coutume de se raser le devant de la tête.

A cette époque on trouve de nombreuses dénominations des Pilagas dans les mentions :

Yapitalaguás, zapitalogá, pitilagá, pitelahá, pitalaes, zapitalaguas, yadpitalaga, apitolagas, guaycurure.

Jusqu’au milieu du XXe siècle, les références au nom Toba-Pilagá ne sont pas claires.

Avec la conquête du Gran Chaco, les Pilagá et d’autres groupes Guaycurus occupent une zone centrale dans les provinces des actuels Chaco et Formosa.

Au cours du XVIIe siècle, les Guaycuru étendent leur zone d’influence et se mobilisent militairement contre d’autre groupes ethniques avec lesquels ils étaient déjà en conflit (les Maká, les Nivaclés et les Wichis dans une moindre mesure). Cette expansion cesse au milieu du XVIIIe siècle avec le début de la conquête et de la colonisation du Chaco méridional. A la fin de ce siècle, les Pilagá habitent les zones humides et les lagunes entre les rios Pilcomayo et Paraguay. On ne sait pas si c’est sous la pression de l’avancée espagnole qu’ils se sont déplacés à cet endroit.

La région du Chaco, éloignée de la capitale du pays, a pu rester relativement à l’écart du front de colonisation jusqu’à la fin du XIXe siècles. Mais les plans de l’Argentine concernaient son modèle économique en tant qu’exportateur agricole et ils ont commencé à élaborer des plans pour étendre la portée de l’agriculture à l’intérieur du pays.

Des politiques d’assujettissement sont mises en œuvre pour toutes les populations qui n’adhèrent pas aux plans d’appropriation des terres.

La fin de la guerre du Paraguay entraîne une nouvelle délimitation des frontières de l’état. Des occupations militaires visent à occuper de façon permanente les territoires du Chaco à partir de 1880.

La région est systématiquement ciblée par des politiques étatiques visant les autochtones, cherchant à résoudre la « question indigène » et consolider l’occupation de leurs territoires et étendre la souveraineté de l’état.

Le gouvernement de Buenos Aires propose des mesures plus agressives et radicales basées sur l’idée que la région du Chaco est habitée par des « sauvages » dont les terres doivent être appropriées par l’état. Ce qui servira les intérêts de l’occupation de l’état mais aussi les intérêts des hommes d’affaire locaux.

La dénommée "Conquête du désert du nord" conçue par J.A Roca n’était pas moins cruelle que celle de la Pampa et de la Patagonie. Les indigènes qui ne mouraient pas dans les affrontements ou de maladies étaient engagés dans les sucreries comme esclaves ou forcés de rejoindre les troupes dans les guerres frontalières et les femmes et les enfants étaient envoyés dans les centres urbains comme employés domestiques de familles de bonne réputation. Après cette conquête, l’armée mène une dernière intervention dans le Chaco entre 1884 et 1911 au cours de laquelle des centaines d’indigènes Pilagás, Tobas et Wichis sont tués et de nombreux autres faits prisonniers.

Dans les premières décennies du XXe siècle, des gouvernements vendent des terres à bas prix et les donnent même gratuitement au personnel militant, aux immigrants, aux colons et aux marchands. Tandis que les autochtones ont perdu l’accès à leurs terres et ressources, les « colons » occupent leurs terres traditionnelles et les forcent à se retirer sur de petites portions de terre qu’ils occupaient traditionnellement.

Le peuple Pilagá, en plus de cette perte de territoire, a dû endurer des pratiques de violence et de discrimination autorisées et mises en œuvre par l’état lui-même. Ils ont été exilés de leur habitat traditionnel, ont dû travailler dans des emplois pénibles en étant exploités et semi esclavisés (exploitation forestière, extraction de tanins, plantations de canne à sucre et de coton.

Les groupes Pilagá furent initialement accusés du massacre de Fortín Yunká ou « dernier raid » le 19 mars 1919 contre les membres de l’armée argentine. 15 personnes furent tuées à la suite de représailles ultérieurs menées par les troupes argentines où un nombre inconnu d’indigènes ont été tués ou déplacés de leur territoire d’origine. Des enquêtes plus poussées suggèrent que les groupes maká du Paraguay en seraient responsable.

https://es.m.wikipedia.org/wiki/Archivo:Pilag%C3%A1s_y_Gendarmer%C3%ADa_-_Masacre_Rinc%C3%B3n_Bomba_-_1947.jpg

Le 1er avril 2005, la fédération Pilagá a intenté une action civile contre l’état national devant la cour fédérale de Formosa réclamant une compensation financière pour le massacre Pilagá survenu en octobre 1947, connu sous le nom de massacre de Rincón Bomba perpétué pendant le 1er mandat présidentiel de Juan Domingo Perón et déclaré comme crime contre l’humanité et génocide (qualifié come tel en 2020). Les crimes comprenaient des fusillades, des disparitions, des actes de torture, des viols, des enlèvements, des travaux forcés entraînant la mort d’environ 750 à 1000 victimes.

Photos d'indiens de la région du Gran Chaco vers 1901, collectées et proposées en 1946 par Claude Levi-Strauss et Alfred Métraux au Bulletin de la Smithsonian Institution. Bureau of American Ethnology. Traduction du texte d'accompagnement : "Planche 73 - Chamanisme dans le Chaco - En haut: la tenue et l'équipement du chaman Caduveo. (Courtesy Claude Levi-Strauss.) - En bas: Un chaman Pilagá souffle sur un malade. (Courtesy Alfred Métraux.) Par Smithsonian Institution. Bureau of American Ethnology — https://www.flickr.com/photos/internetarchivebookimages/20400381266/Source book page: https://archive.org/stream/bulletin14311946smit/#page/n456/mode/1up, No restrictions, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=42277137

Photos d'indiens de la région du Gran Chaco vers 1901, collectées et proposées en 1946 par Claude Levi-Strauss et Alfred Métraux au Bulletin de la Smithsonian Institution. Bureau of American Ethnology. Traduction du texte d'accompagnement : "Planche 73 - Chamanisme dans le Chaco - En haut: la tenue et l'équipement du chaman Caduveo. (Courtesy Claude Levi-Strauss.) - En bas: Un chaman Pilagá souffle sur un malade. (Courtesy Alfred Métraux.) Par Smithsonian Institution. Bureau of American Ethnology — https://www.flickr.com/photos/internetarchivebookimages/20400381266/Source book page: https://archive.org/stream/bulletin14311946smit/#page/n456/mode/1up, No restrictions, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=42277137

Réduction de San Francisco Solano de Tacaaglé

 

 

En 1901 le franciscain Marcucci commença la réduction de San Francisco Solano de Tacaaglé avec 150 Pilagás et Tobas sur une propriété de 20.000 hectares cédée par le gouvernement argentin qui promettait de remettre les titres de propriété au préfet des missions franciscaines ainsi qu’aux indigènes après 10 ans de résidence. De leur côté, les missionnaires devaient faire des Tobas et Pilagás des « colons indigènes » formés à la production de sucre.

Elle a été fondée dans la zone de la rivière Pilcomayo du Territoire National de Formosa. Tacaaglé est un mot en toba qui signifie "du chajá" ou "multitude de chajá".

Dès ses débuts, elle a subi des inondations, des déplacements et des incendies. Elle a cessé d'être entre les mains des Franciscains à partir du moment (1955) où Formosa a pris le statut de province, sous la présidence de Juan Domingo Perón.

Mode de vie traditionnel

 

Par Daderot — Travail personnel, CC0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=19733563

 

Les peuplements n’étaient pas permanents. Les familles se dirigeaient vers les rives des rivières en hiver et vers la montagne en été. Le flux du rio Pilcomayo marquait les mouvements de la communauté ; aux périodes où il entrait en crue, les Pilagá se retiraient dans les endroits les plus élevés ; les Pilagás des marais s’y déplaçaient également. Ils retournaient en avril sur les rives du fleuve et ceux qui vivaient à l’intérieur des terres partaient sur la côte pour chasser.

A chaque départ d’un camp, celui-ci était incendié.

Leur économie de subsistance était axée sur la pêche, la cueillette et la chasse.

Les hommes extrayaient également du miel, capturaient des tatous, des suris, des pécaris et des iguanes. Les femmes ramassaient des œufs de kamichi (un oiseau), des pommes de terre d’eau, cueillaient des feuilles de chaguar et de carandillo (une sorte de palmier) ainsi que des fibres servant à confectionner des objets artisanaux.

L’unisté sociale était composée de familles élargies. Les Pilagá étaient exogames, leur résidence était matrilocale. Les nouveaux mariés étaient intégrés dans le village de la famille de l’épouse vivant tout d’abord avec la famille élargie jusqu’à ce qu’ils deviennent eux-mêmes parents, ce qui leur permettait de construire leur propre maison toujours dans le village de la femme

Les bandes étaient formée par alliances entre chefs de famille élargie pour nomadiser ensemble.

La pêche

C’est une activité masculine qui a lieu d’avril à juillet. Ils se servaient d’un harpon mesurant au moins 5 mètres dont la pointe était attachée à la main du pêcheur avec une corde ce qui lui permettait d’attirer la proie à lui avec de brèves secousses.

Ils pratiquaient également la pêche au filer « ciseaux », un cadre formé de 2 bâtons attachés à une extrémité et le filet « sac » monté sur un cadre de 2 bâtons souples attachée aux 2 extrémités.

La cueillette

C’est le travail des femmes et parfois des enfants. Les frutis récoltés sont : caroubes, chañar, mistol, figues de barbarie, molle.

Joueur de polke (semblable au hockey)

 

Pêche

 


Dans le sexe, ce sont elles qui commandent


 

"Dans la culture pilagá c'est la femme qui propose le sexe. Les parents n'ont aucune autorité sur les filles, ils ne peuvent pas les empêcher de sortir ; un garçon n'est jamais mis au défi ou interdit de faire quoi que ce soit. Et quand les filles vont aux fêtes créoles à la danse blanche, il y a un choc culturel où l'alcool fait des désastres. Explique Lucía Dri, responsable des soins de santé primaires à l'hôpital Las Lomitas.

 

Mythe sur l’origine de la famille Pilagá

 

Les anciennes racontent qu’à l’origine, les femmes vivaient au paradis. Elles étaient les étoiles qui descendaient de temps en temps sur terre pour voler la nourriture des hommes quand ils partaient chasser ou pêcher. Pour les empêcher de voler leur nourriture, les hommes mirent en place des gardes.

Quand les femmes étoiles sont descendues du ciel à l’aide d’une longue corde, un garde les a découverts et a coupé la corde. Les femmes qui sont restées au-dessus de la coupe de la corde sont aujourd’hui les étoiles du ciel. Les autres ont formé les familles Pilagá et ont enseigné comment cultiver le maïs, la pastèque , le melon et les fruits.

Communautés

 

Depuis 1995, l'Institut national des affaires indigènes (INAI) a commencé à reconnaître le statut juridique par l'inscription au Registre national des communautés indigènes (Renaci) aux communautés indigènes d'Argentine, y compris 17 communautés Pilagá dans le département de Patiño de la province de Formosa : 

  • Communauté Pilagá Chaabolek' Laurepi (le 13 août 2009)
  • Communauté Pilaga Qomlase La Esperanza Pilagá (le 9 octobre 2009)
  • Aborigen Kilómetro 30 Lote 24 Communauté aborigène Association (le 17 novembre 2011)
  • Communauté aborigène de Qacheyein (le 17 novembre 2011)
  • Communauté autochtone de La Invernada (le 10 août 2011)
  • Communauté aborigène d'Ayo (le 10 août 2011)
  • Communauté autochtone Cacique Coquero (1er août 2011)
  • Communauté aborigène de Ceferino Namuncurá (10 août 2011)
  • Communauté autochtone de Chico Dawagan (le 12 septembre 2011)
  • Communauté aborigène d'El Ensanche (le 27 octobre 2011)
  • Communauté autochtone Juan Bautista Alberdi (12 septembre 2011)
  • Laqtasanyi Pilagá Km 14 (22 juillet 2011)
  • Lot 21 de la communauté autochtone (le 12 septembre 2011)
  • Communauté aborigène de Nelagady (le 32 septembre 2011)
  • Communauté aborigène de Pozo Molina (Qanaitq) (19 septembre 2011)
  • Communauté aborigène de Qompi Juan Sosa (le 21 novembre 2011)
  • Communauté autochtone de Yancoudi (le 4 novembre 2011)
  •  

Sources : lenguapilaga.com, pueblos originarios.com, wikipédia en espagnol, sorosoro.com

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Argentine, #Peuples originaires, #Pilagá

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