Equateur : La Nationalité Salasaca
Publié le 11 Novembre 2018

Peuple autochtone qui fait partie de la nationalité Kichwa des hautes terres équatoriennes et qui vit dans la province de Tungurahua au centre de l’Equateur, la ville principale quand à elle se trouve dans le canton de San Pedro de Pelileo, paroisses de Garcia Moreno et Salasaca.
Population : 12.000 personnes, organisées en 24 communautés
Langue : kichwa
Salasaca n’est pas un mot kichwa ou aymara. Il est peut-être d’origine barbacoane et dans ce cas, il s’agirait de tsala tsaca (en espagnol salasaca) correspondant à un ayllu ou section du site éponyme.
La caractéristique distinctive du peuple Salasaca est son sens esthétique développé dans la production artistique et artisanales.
Une partie du parc national Sangay est situé dans des espaces du territoire Salasaca et des communautés vivent à l’intérieur.


sur la carte n° 13
Histoire
Plusieurs sources suggèrent que le peuple Salasaca serait issu du groupe de colons Aymaras envoyés par les Incas comme mitimaes dans l’actuelles province de Tungurahua au moment de l’empire inca.
Organisation politique
La base de l’organisation est la commune, l’autorité suprême étant l’Assemblée suivie du Conseil. Le travail communal est réalisé au sein d’une minga et les décisions sont prises démocratiquement lors des assemblées.

Economie
Peuple dont l’économie est en transition, passant d’une économie de subsistance à une économie de marché. Leurs modes de production sont l’agriculture (maïs, blé, orge, haricots, pommes de terre, laitues, betteraves, choux-fleurs, pommes, poires, pêches, prunes) ; ils vendent des légumes et des prunes sur les marchés.
Ils élèvent des moutons et des bovins, produisent une quantité de lait assez minime. Grâce à la bonne irrigation, les pâturages sont de grande qualité et ils produisent des cultures de luzerne ciblant le marché provincial.
Ils élèvent des petits animaux comme les cochons d’inde et les lapins.
Dans les paramos, ils élèvent des taureaux de combat loués pour les fêtes de la ville ou d’autres provinces.
Artisanat
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Ils fabriquent des tapisseries avec leurs propres techniques de tissage, avec des motifs traditionnels de la région. Cette production a été créée en 1960/1962 par des volontaires du programme du cors de la paix des EU qui ont conseillé de mettre en place le métier à tisser de ceinture encore utilisé aujourd’hui pour fabriquer les gaines du métier à pédales qui est l’instrument indispensable pour la fabrication de la tapisserie salasaca.
Cette tradition remonte à l’époque des incas, les dessins représentent de nombreux détails, la stylisation de figures tridimensionnelles en figures géométriques bidimensionnelles comme les volcans, les vallées, les rivières. Les colorants naturels de la laine sont à base de plantes qui se trouvent sur le cerro Teligote ? une colline riche en flore et en faune située à 3200 mètres d’altitude.
Les plantes utilisées sont puka anku, le pumamaki, le nachik sisa, le kari kulkis, le warmi kulkis, le katiku et le romarin qui, mélangés à la cochenille, forment diverses couleurs. Pour obtenir le rouge intense, ils ont utilisé six litres d'eau, jusqu'à trois cochenilles et le warmi kulkis, qui a cette teinte.Pour le violet, ils utilisent du pumamaki et de la cochenille . (https://www.elcomercio.com/tendencias/salasaka-vestimenta-tintes-hierbas-intercultural/)
La cochenille est produite sur un terrain sablonneux pour être utilisés comme colorant rouge naturel.
Les artisans vendent leurs produits à la foire du dimanche sur la grande place centrale et dans des maisons privées où ils exposent une belle variété de modèles de tapisseries, de ponchos, de sacs, de chapeaux, de souvenirs faits à la main.
D’autres objets produits par l’artisanat salasaca sont les céramiques, les instruments de musique et les bijoux.

Tenue vestimentaire
Les hommes portent un chapeau blanc à large bord, en laine pressée, les cheveux longs une chemise (cushma), un pantalon en lin blanc, une ceinture et des espadrilles. Ils ont 2 ponchos, un blanc et l’autre noir, étroits, en tissu et un foulard appelé « media vara » aux couleurs vives.
Les femmes portent un chapeau similaire, un chemisier ou blouse « peche jerguete », des colliers couteux de couleur, une fachalina (cape) ou variamedia blanche avec des rayures noires, tenue par une broche ou tupu et un anaco (jupe) noir a 4 doubles pans à droite signifiant les 4 solstices du soleil, fixé par une bande de couleur. Leurs cheveux sont attachés par un serre-tête blanc à bandes violettes et rouges.
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Musique
La musique traditionnelle s’accompagne de flûtes et tambours même si aujourd’hui ils intègrent d’autres sons pour compléter leurs mélodies traditionnelles.
Santé
Pour le peuple Salasaca, la santé de sa population est liée aux yachag, aux sage-femmes, aux fregadores et aux connaissances médicinales de toute la communauté.
Festivités
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Leurs festivités témoignent d’un syncrétisme résultant de la conquête espagnole des peuples préhispaniques. Elles rappellent les remerciements mythiques au soleil.
Les danseurs sont l’une des expressions religieuses les plus importantes ; ce sont 2 personnes qui dansent en remerciement du grain que le soleil permet d’obtenir.
En juin, ils célèbrent la fête des récoltes, l’Inti Raymi qui est par ailleurs célébré dans toutes les communautés Kichwas de la Sierra.
Dans le circuit salasaca, le varayuk ou maire porte une baguette représentant le pourvoir et l’autorité au sein de la communauté en tant que personne principale.
Depuis de nombreuses années, la communauté salasaca qui vit aux îles Galapagos organise la célébration de l’Inti Raymi à san Cristóbal et Santa Cruz. L’objectif étant de montrer leurs coutumes et traditions qui font partie de leur identité dans un contexte d’interculturalité.
D’autres festivités sont les Danzantes , Kishwar ou arbre de dieu.
Les manifestations culturelles sont inspirées du calendrier inca basé sur le cycle de Killa, la luen, axe de coexistence de la société indigènes.
La plus importante manifestation culturelle est le Kaporal qui trouve son origine dans l’Inkario.
Un autre personnage important est le page glorieux qui se manifester dans la fête des capitaines qui se souvient de la participation à la révolution libérale avec le général Eloy Alfaro à laquelle les Salasaca ont participé.
Lieux sacrés
Pacchapata est l’un des 4 sites de prière et de guérison dont disposent les habitants de la communauté.
Aujourd’hui encore, les taitas, les mamas et les yachaks (sages) viennent communiquer avec les esprits et interagir avec la nature et l’univers pour guérir et développer leurs capacités.
Le peuple Salasaca est un peuple très conservateur, vivant relativement isolé et conservant ses coutumes et traditions.
Histoire relative à la nationalité Kichwa des hautes terres équatoriennes
Cette nationalité s’est implantée dans tout le haut plateau équatorien y compris dans d’autres régions en raison de mouvements migratoires des différents peuples qui la composent.
Les Kichwa des Hautes terres équatoriennes se sont implantés dans les provinces suivantes :
►Carchi où était installé le peuple Pastos ;
►Imbabura : implantation des nationalités Otavalo, Karanqui, Natabuela et Kayambi ;
►Pichincha : la nationalité Kitucara ;
►Cotopaxi : installation du peuple Panzaleo ;
►Tungurahua : installation des nationalités Chibuleo, Salasaca et Kisapincha ;
►Bolivar : la nationalité Waranka ;
►Chimborazo : les Puruhás ;
►Provinces de Cañar et d’Azuay : installation de la nationalité Kañari ;
►Loja : implantation des nationalités Saraguro et Paltas.
Ces peuples sont liés par la langue kichwa, par un territoire qui leur a été confisqué pendant l’époque coloniale espagnole, par une cosmovision commune concernant la terre et l’univers et par des liens commerciaux existant bien avant l’arrivée des Espagnols.
Histoire
Ce sont des habitants immémoriaux de ces hauts plateaux équatoriens, ils étaient organisés en seigneuries et confédérations ethniques qui ont développé une culture fondée sur la propriété communautaire et le principe de réciprocité. Hélas, leur développement a été bouleversé par l’arrivée des Espagnols en 1492. Une nouvelle forme de production où la propriété qui appartenait à ces peuples est devenue la propriété absolue de la monarchie et des Espagnols. Un nouveau mode de vie arriva également avec les conquérants. Les Kichwas doivent quitter leurs territoires d’origine et partir à travers l’Amérique du sud, procédé qui permettait de contrôler toute forme de rébellion de leur part.
Ils furent soumis au travail forcé dans les mines, les ateliers de construction, la construction de routes et de villes coloniales et d’encomiendas. Ce travail se déroulait dans des conditions inhumaines. Par exemple, pour les hommes autochtones qui travaillaient dans les mines cela signifiait tout simplement la mort.
L’encomienda* était le point d’articulation de la société coloniale, moyen permettant le contrôle du travail indigène, permettant aux espagnols de recevoir des tributs des communautés indigènes, d’organiser la production agricole et artisanale, de contrôler la domination idéologique par le biais de l’évangélisation.
Les obrajes* constituaient le travail obligatoire s’adressant aux femmes qui devaient migrer vers les centres de production textile en tant que mitayos. Ce travail était également réalisé dans des conditions insalubres provoquant souvent le mort de femmes indigènes.
Les travaux des indigènes dans la construction de routes et de bâtiments dans les villes coloniales ont permis aux peuples de transposer leur savoir-faire architectural et de perpétuer leur relation avec la nature dans les églises (décoration intérieure basée sur leur cosmovision). Cette opportunité a néanmoins côuté la vie à nombre d’entre eux.
Entre 1810 et 1830, époque de l’indépendance des colonies de la domination espagnole, on note aucun changement dans les circonstances d’exploitation et de soumission des peuples y compris dans les 70 premières années de la République.
Après la révolution libérale le 5 juillet 1895 à laquelle participèrent beaucoup d’indigènes, d’importants changements auront lieu dans la législation relative à la terre et à la situation des indigènes. La collusion entre partis, l’emprisonnement pour dettes, ‘intervention de l’église dans les affaires de l’état sont éliminés et les grands domaines appartenant à l’église sont expropriés et transférés à la propriété publique.
L’élimination du concertaje* (accord agricole) conduit à la libération de la main d’œuvre indigène dont la plupart migrent vers la côte pour offrir leur force de travail. Ils vont tomber dans une autre forme d’assujettissement avec les propriétaires des plantations.
Le huasipungo* était une autre forme de soumission au travail des peuples indigènes. Cette pratique est née avec la libération des indigènes du concertaje, une pratique consistant à donner un morceau de terre à l’indigène en échange de quelques journées de travail dans la grande hacienda.
Le huasipungo donne naissance à 2 formes de groupement indigène :
►Les huasipunguerons et les roturiers libres.
Les premiers sont situés à l’intérieur du domaine, les seconds dans les centres paroissiaux religieux au marché.
Dans ce nouvel ordre de propriété foncière, il y a eu une augmentation démographique des communautés indigènes donnant lieu à des migrations de la campagne vers les villes, à différente soulèvements exigeant le droit à la terre, des luttes qui, dans les années 60 aboutirent à la première réforme agraire qui va bénéficier à très peu de huasipungueros.
Les années 70/80 sont consacrée par ces personnes à la constitution d’une organisation régionale garantissant et dirigeant leurs luttes, ECUARUNARI.
Le niveau de sensibilisation et d’organisation s’accroit parallèlement aux soulèvements pour la reconnaissance de ces peuples.
Au sujet des obrajes :
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obrajes dans le corregimiento de Quito https://ealincangouce.wixsite.com/historia-del-ecuador/get_involved
Il s'agissait d'usines textiles de laine, de coton et de cabuya (agave), qui produisaient également des espadrilles, des sacs, des mèches, des selles, des chapeaux, de la poudre à canon, etc. et où les indigènes étaient obligés de travailler, jour et nuit, souvent jusqu'à leur mort.
« Chaque Indien travaillait 312 jours par an, et le maximum qu'ils pouvaient gagner pendant cette période était de 40 pesos, chacun pesant 8 réaux... Dans chaque Obraje, il y avait une prison, des fers, des chaînes et des coups de fouet. Les enfants ont été cruellement maltraités. De leur salaire étaient déduits les impôts et la pension synodale du prêtre. L'Indien payait sa nourriture et ses vêtements ; et bien souvent même des médicaments étaient déduits de leurs misérables salaires, qui leur étaient vendus à un prix très élevé, même lorsque l'excès de travail les laissait avec quelque maladie... Les Indiens étaient épuisés en peu de temps : le travail auquel ils n'étaient pas habitués était la cause de la mort de beaucoup d'entre eux" (Roberto Andrade.- Histoire de l'Équateur, volume I p. 109) .
https://www.enciclopediadelecuador.com/obrajes/
Au sujet de l’encomienda
Système d'« esclavage » que les Espagnols exerçaient sur indigènes d'Amérique. L'encomienda était une ancienne institution espagnole du Moyen Âge, et consistait en un territoire qui fournissait des revenus à un noble. En Amérique, cela a changé d'une manière vraiment dramatique et est devenu simplement « une disposition royale par laquelle le roi d'Espagne donnait des terres et des Indiens à perpétuité, comme prix, en récompense des souffrances endurées par ses soldats qui ont étendu les domaines de l'Espagne aux Antilles. La terre reçue à perpétuité était appelée Encomienda ; le noble espagnol qui la recevait pour avoir tué et exploité des Indiens était l'Encomendero et la mine de richesse et la source d'exploitation dans l'Encomienda, c'est-à-dire l'Indien, était appelé Encomendado » (M. Navas Jiménez.- Histoire, géographie et éducation civique ; n° 2, p. 41) . L'encomienda obligeait les Indiens à payer de lourds tributs aux encomenderos, et ceux-ci, en réciprocité théorique, à christianiser l'Indien ; le défendre des « cannibales » ou des attaques d’autres peuples ; et leur apprendre les travaux agricoles et comment laver l'or.
Ces encomiendas ont finalement laissé les Indiens dans une grande misère. (https://www.enciclopediadelecuador.com/encomienda/)
Sur le concertaje et le huasipungo
Les ouvriers ou « péons » vivaient dans les haciendas avec leurs familles. Ils « passaient des accords » (des engagements) avec les propriétaires, les « patrons » pour les
travaux. C'est pourquoi on les appelait « conciertos ». Ils avaient un salaire, mais ils ne le recevaient jamais, car ils étaient endettés envers leurs patrons. Les ouvriers demandaient à leur employeur des avances de fonds pour payer les impôts et les obligations religieuses, comme les baptêmes, les mariages, les enterrements et autres.
La relation entre les peones et les patrons n'était libre qu'en théorie. En réalité, il s’agissait d’une forme de travail obligatoire, puisque l’employeur pouvait emprisonner le travailleur pour lui faire payer la dette. Parfois, les péons recevaient une portion de terre du propriétaire, le « huasipungo », qu’ils travaillaient avec leur famille.
C'est pourquoi on les appelait « huasipungueros ». Les dettes ne s'arrêtent pas même avec la mort du travailleur concerté. Elles passèrent à sa veuve et à ses enfants. L'ouvrier était soumis au patron, qui avait le soutien du clergé et des autorités de l'État. Le curé prêchait la soumission et faisait payer des services religieux qui perpétuaient la dette. Le lieutenant politique de la paroisse et d'autres autorités pouvaient envoyer en prison ceux qui ne payaient pas leur dette Le concertatje a eu lieu dans tout le pays, mais il a été plus fort dans la Sierra. (https://themeeveryday.blogspot.com/2011/09/el-concertaje.html)
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Sources : CONAIE.org, goraymi.com, ecured, ame ;gob.ec, rebelión.org
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