Equateur : La Nationalité Kisapincha

Publié le 18 Novembre 2018

 

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KISAPINCHA., nationalité de la sierra.

 

 

Peuple autochtone qui fait partie de la nationalité Kichwa des hautes terres équatoriennes et qui vit dans la province de Tungurahua dans les cantons ci-dessous :

Canton d’Ambato : paroisses de Quisapincha, Huachi, Loreto, Ambatillo, Augusto Martínez, Constantino Fernández, Juan Benigron Velo, Pasa, Piciahua, Pilagüin, San Bartolomé, San Fernando, Santa Rosa.

Canton de Moka (Mocha) : paroisses de Moka et Pinguilí.

Canton de Patate : paroisses de Patate, El Trinfo, Los Andes, Sucres, Quero, Rumipamba, Yanayacu.

Canton de San Pedro de Pelileo : paroisses de Chiquicha, Rosario, Garcia Moreno.

Canton de Santiago de Pelileo : paroisses de San Andrés, San José de Poaló, San Miguelito.

Canton de Tisaleo : paroisse de Tisaleo.

 

sur la carte n° 14

 

Langue : kichwa

Sur le nom :  le nom kisapincha trouve ses racines dans le kichwa kissi = bogas, « lieu où l’eau jaillit » et pincha = « faire couler l’eau dans un canal ». ce mot est lié aux sources qui existaient dans la région comme le confirment les récits des chroniqueurs espagnols qui ont pu observer les cascades d’eau pure et glacée de la région.

 

Origines

 

Il est possible qu’ils proviennent du peuple Panzaleo, une culture pré-inca qui vivait principalement à Machachi et ont atteint la province de Tungurahua. Ils étaient divisés en branches et parlaient différents dialectes comme le kito parlé dans la province de Pichincha et le dialecte des hambatus utilisé par les populations de Cotalo, Huambalo, Moka(Mocha), Pelileo et Kisapincha.

C’était une zone d’importantes chefferies et la ville de Kisapincha est la plus ancienne colonie d’Ambato. Les habitants de Kisapincha étaient propriétaires des terres où se trouve aujourd’hui la ville.

En 1698, un violent tremblement de terre frappe la province de Tungurahua détruisant la Villa de Ambato fondée par les colons espagnols. Les colons à la recherche d’une nouvelle colonie pour la Villa de Ambato forcèrent les indigènes Kisapinchas à quitter leurs terres ce qui provoqua des années de conflits et d’affrontements sanglants. Vaincus, les Kisapinchas cherchèrent des lieux pour y implanter de nouveaux villages dans les hautes montagnes et s’établirent dans une région qui traverse la Saguatoa (Pilis-Urku = colline des poux) jusqu’à Casaguala.

Ils pourraient être également le fruit de différentes migrations des Puruhaes venus de la province de Chimborazo, un groupe issu de différents migrants.

Plusieurs époques de leur histoire sont : l’ère pré-inca, ou pré-kichwa, l’époque du domaine inca-mitimae et l’ère coloniale.

 

Les prestamamos

 

célébration de l'Inti Raymi

 

Organisation sociale

 

Les familles sont regroupées en communes et dans différentes organisations, associations, coopératives, clubs sportifs, offices des eaux, groupes artisanaux et musicaux.

Chaque commune a son propre cabildo, l’assemblée est l’organe de décision suprême où ils traitent de tous les aspects d’importance communautaire. Dans les organisations de second degré regroupant les communautés se trouvent la Corporation des organisations paysannes indigènes de Kisapincha (COCIQ), la Corporation des organisations paysannes de Pilahuín (COCAP) affiliées au Mouvement des indigènes de Tungurahua, MIT qui fait partie de l’organisation régionale ECUARUNARI filiale de la CONAIE.

 

Economie

 

Leurs terres ont été recouvertes de forêts d’eucalyptus, laissant peu de place aux zones de culture.

Les cultures encore pratiquées sont celles de la pomme de terre, de l’oca, du melloco, de l’orge, du maïs. Les paramos sont utilisés pour obtenir du bois de chauffage et faire paitre des moutons, chevaux et mules

La croissance de la population a accéléré le processus productif d’exploitation des rares ressources naturelles du peuple provoquant la diminution des forêts, de la végétation naturelle et la possibilité d’obtenir des produits sauvages (oignons, fruits, herbes). Le paramo a été détériore par l’exploitation par le biais des travaux communautaires qui ont changé la flore et la faune indigènes et à cause de l’introduction du bétail. L’augmentation de la pauvreté à forcé la population à fixer ses espoirs dans les terres communales pour améliorer leurs revenus entrainant la destruction des paramos et la diminution de la production d’eau, l’érosion des sols et la baisse de production.

Le système agricole utilisé est la rotation des cultures pour l’autoconsommation et la vente sur le marché provincial.

Les activités d’élevage sont complémentaires, pour l’autoconsommation, les festivals communautaires et la vente sur le marché régional.

La minga est le pilier fondamental du développement communautaire.

 

Coutumes

 

Ils gardent intactes les traditions ancestrales et culturelle comme les prestamanos consistant à prêter la main au cas où une famille a besoin d’effectuer des travaux lourds (semailles, récoltes, construction d’une maison). Les parents, amis, voisins s’associent, se « donnent la main » pour ces travaux au sein d’une minga communautaire. Lors des fêtes et des mariages, ils se donnent la main également avec le prêt de produits alimentaires pour aider un parent, un compadre ou un voisin qui organise une fête, afin de couvrir les frais. C’est une pratique de réciprocité propre aux peuples autochtones.

Dans les personnages ancestraux qui sont encore représentés au sein de leur culture, on trouve les mashas, assistants chargés de distribuer de la nourriture lors des mariages. Les cachunas préparent et distribuent la chicha et logent les invités d’un mariage.

Les fêtes religieuses sont celles de la religion catholique et même évangélique dont ils suivent le calendrier.

Tenue vestimentaire

 

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Les hommes portent un pantalon de couleur sombre, un poncho rouge avec des franges noires, les femmes portent des blouses blanches brodées et des jupes noires.

Sources : CONAIE.org, medium.com, tungurahuaturismo.com

Histoire relative à la nationalité Kichwa des hautes terres équatoriennes

 

Cette nationalité s’est implantée dans tout le haut plateau équatorien y compris dans d’autres régions en raison de mouvements migratoires des différents peuples qui la composent.

Les Kichwa des Hautes terres équatoriennes se sont implantés dans les provinces suivantes :

►Carchi où était installé le peuple Pastos ;

►Imbabura : implantation des nationalités Otavalo, Karanqui, Natabuela et Kayambi ;

►Pichincha : la nationalité Kitucara ;

►Cotopaxi : installation du peuple Panzaleo ;

►Tungurahua : installation des nationalités Chibuleo, Salasaca et Kisapincha ;

►Bolivar : la nationalité Waranka ;

►Chimborazo : les Puruhás ;

►Provinces de Cañar et d’Azuay : installation de la nationalité Kañari ;

►Loja : implantation des nationalités Saraguro et Paltas.

 

Ces peuples sont liés par la langue kichwa, par un territoire qui leur a été confisqué pendant l’époque coloniale espagnole, par une cosmovision commune concernant la terre et l’univers et par des liens commerciaux existant bien avant l’arrivée des Espagnols.

 

Histoire

 

Ce sont des habitants immémoriaux de ces hauts plateaux équatoriens, ils étaient organisés en seigneuries et confédérations ethniques qui ont développé une culture fondée sur la propriété communautaire et le principe de réciprocité. Hélas, leur développement a été bouleversé par l’arrivée des Espagnols en 1492. Une nouvelle forme de production où la propriété qui appartenait à ces peuples est devenue la propriété absolue de la monarchie et des Espagnols. Un nouveau mode de vie arriva également avec les conquérants. Les Kichwas doivent quitter leurs territoires d’origine et partir à travers l’Amérique du sud, procédé qui permettait de contrôler toute forme de rébellion de leur part.

Ils furent soumis au travail forcé dans les mines, les ateliers de construction, la construction de routes et de villes coloniales et d’encomiendas. Ce travail se déroulait dans des conditions inhumaines. Par exemple, pour les hommes autochtones qui travaillaient dans les mines cela signifiait tout simplement la mort.

L’encomienda* était le point d’articulation de la société coloniale, moyen permettant le contrôle du travail indigène, permettant aux espagnols de recevoir des tributs des communautés indigènes, d’organiser la production agricole et artisanale, de contrôler la domination idéologique par le biais de l’évangélisation.

Les obrajes* constituaient le travail obligatoire s’adressant aux femmes qui devaient migrer vers les centres de production textile en tant que mitayos. Ce travail était également réalisé dans des conditions insalubres provoquant souvent le mort de femmes indigènes.

Les travaux des indigènes dans la construction de routes et de bâtiments dans les villes coloniales ont permis aux peuples de transposer leur savoir-faire architectural et de perpétuer leur relation avec la nature dans les églises (décoration intérieure basée sur leur cosmovision). Cette opportunité a néanmoins côuté la vie à nombre d’entre eux.

Entre 1810 et 1830, époque de l’indépendance des colonies de la domination espagnole, on note aucun changement dans les circonstances d’exploitation et de soumission des peuples y compris dans les 70 premières années de la République.

Après la révolution libérale le 5 juillet 1895 à laquelle participèrent beaucoup d’indigènes, d’importants changements auront lieu dans la législation relative à la terre et à la situation des indigènes. La collusion entre partis, l’emprisonnement pour dettes, ‘intervention de l’église dans les affaires de l’état sont éliminés et les grands domaines appartenant à l’église sont expropriés et transférés à la propriété publique.

L’élimination du concertaje* (accord agricole) conduit à la libération de la main d’œuvre indigène dont la plupart migrent vers la côte pour offrir leur force de travail. Ils vont tomber dans une autre forme d’assujettissement avec les propriétaires des plantations.

Le huasipungo* était une autre forme de soumission au travail des peuples indigènes. Cette pratique est née avec la libération des indigènes du concertaje, une pratique consistant à donner un morceau de terre à l’indigène en échange de quelques journées de travail dans la grande hacienda.

Le huasipungo donne naissance à 2 formes de groupement indigène :

►Les huasipunguerons et les roturiers libres.

Les premiers sont situés à l’intérieur du domaine, les seconds dans les centres paroissiaux religieux au marché.

Dans ce nouvel ordre de propriété foncière, il y a eu une augmentation démographique des communautés indigènes donnant lieu à des migrations de la campagne vers les villes, à différente soulèvements exigeant le droit à la terre, des luttes qui, dans les années 60 aboutirent à la première réforme agraire qui va bénéficier à très peu de huasipungueros.

Les années 70/80 sont consacrée par ces personnes à la constitution d’une organisation régionale garantissant et dirigeant leurs luttes, ECUARUNARI.

Le niveau de sensibilisation et d’organisation s’accroit parallèlement aux soulèvements pour la reconnaissance de ces peuples.

Au sujet des obrajes :

 

 

obrajes dans le corregimiento de Quito https://ealincangouce.wixsite.com/historia-del-ecuador/get_involved

Il s'agissait d'usines textiles de laine, de coton et de cabuya (agave), qui produisaient également des espadrilles, des sacs, des mèches, des selles, des chapeaux, de la poudre à canon, etc. et où les indigènes étaient obligés de travailler, jour et nuit, souvent jusqu'à leur mort.

« Chaque Indien travaillait 312 jours par an, et le maximum qu'ils pouvaient gagner pendant cette période était de 40 pesos, chacun pesant 8 réaux... Dans chaque Obraje, il y avait une prison, des fers, des chaînes et des coups de fouet. Les enfants ont été cruellement maltraités. De leur salaire étaient déduits les impôts et la pension synodale du prêtre. L'Indien payait sa nourriture et ses vêtements ; et bien souvent même des médicaments étaient déduits de leurs misérables salaires, qui leur étaient vendus à un prix très élevé, même lorsque l'excès de travail les laissait avec quelque maladie... Les Indiens étaient épuisés en peu de temps : le travail auquel ils n'étaient pas habitués était la cause de la mort de beaucoup d'entre eux" (Roberto Andrade.- Histoire de l'Équateur, volume I p. 109) .

https://www.enciclopediadelecuador.com/obrajes/

 

Au sujet de l’encomienda

 

Système d'« esclavage » que les Espagnols exerçaient sur indigènes d'Amérique. L'encomienda était une ancienne institution espagnole du Moyen Âge, et consistait en un territoire qui fournissait des revenus à un noble. En Amérique, cela a changé d'une manière vraiment dramatique et est devenu simplement « une disposition royale par laquelle le roi d'Espagne donnait des terres et des Indiens à perpétuité, comme prix, en récompense des souffrances endurées par ses soldats qui ont étendu les domaines de l'Espagne aux Antilles. La terre reçue à perpétuité était appelée Encomienda ; le noble espagnol qui la recevait pour avoir tué et exploité des Indiens était l'Encomendero et la mine de richesse et la source d'exploitation dans l'Encomienda, c'est-à-dire l'Indien, était appelé Encomendado » (M. Navas Jiménez.- Histoire, géographie et éducation civique ; n° 2, p. 41) . L'encomienda obligeait les Indiens à payer de lourds tributs aux encomenderos, et ceux-ci, en réciprocité théorique, à christianiser l'Indien ; le défendre des « cannibales » ou des attaques d’autres peuples ; et leur apprendre les travaux agricoles et comment laver l'or.

Ces encomiendas ont finalement laissé les Indiens dans une grande misère. (https://www.enciclopediadelecuador.com/encomienda/)

 

Sur le concertaje et le huasipungo

 

Les ouvriers ou « péons » vivaient dans les haciendas avec leurs familles. Ils « passaient des accords » (des engagements) avec les propriétaires, les « patrons » pour les
travaux. C'est pourquoi on les appelait « conciertos ». Ils avaient un salaire, mais ils ne le recevaient jamais, car ils étaient endettés envers leurs patrons. Les ouvriers demandaient à leur employeur des avances de fonds pour payer les impôts et les obligations religieuses, comme les baptêmes, les mariages, les enterrements et autres.
La relation entre les peones et les patrons n'était libre qu'en théorie. En réalité, il s’agissait d’une forme de travail obligatoire, puisque l’employeur pouvait emprisonner le travailleur pour lui faire payer la dette. Parfois, les péons recevaient une portion de terre du propriétaire, le « huasipungo », qu’ils travaillaient avec leur famille.
C'est pourquoi on les appelait « huasipungueros ». Les dettes ne s'arrêtent pas même avec la mort du travailleur concerté. Elles passèrent à sa veuve et à ses enfants. L'ouvrier était soumis au patron, qui avait le soutien du clergé et des autorités de l'État. Le curé prêchait la soumission et faisait payer des services religieux qui perpétuaient la dette. Le lieutenant politique de la paroisse et d'autres autorités pouvaient envoyer en prison ceux qui ne payaient pas leur dette Le concertatje a eu lieu dans tout le pays, mais il a été plus fort dans la Sierra. (https://themeeveryday.blogspot.com/2011/09/el-concertaje.html)

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Sources : CONAIE.org, movimientos.org, wikipedia en espagnol

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Equateur, #Peuples originaires, #Kichwa, #Kisapincha

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