Equateur : La nationalité Kañari
Publié le 26 Novembre 2018

By Bernard Gagnon - Own work, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=47590476
Nationalité autochtone qui fait partie des groupes constituant la nationalité Kichwa des hautes terres équatoriennes.
Ils vivent dans les hautes terres du su dans les provinces d’Azuay er de Cañar.
Le terme cañari se réfère à une confédération tribale précolombienne connue sous le même nom et dont descendent les populations modernes appelées Kañari.
Cette confédération était divisée en 2 tribus, les Tomebaba et les Chordeleg. Leur ulture était complexe et comprenait une architecture avancée ainsi que des croyances religieuses complexes.
Leur capitale était Tumipampa qui est devenue l’actuelle Cuenca.
Lors de la conquête Inca, ces derniers ont détruit et brûlé la plupart des constructions des Cañaris.
Les Cañaris sont connus pour avoir repoussé l’invasion inca grâce à une résistance acharnée qui dura de nombreuses années jusqu’à leur défaite infligée par Tupac Yupanqui pendant les XVe et XVIe siècles. Les survivants seront déportés à Cuzco mais pour autant leur descendance est toujours présente de nos jours même si une partie est métissée.
Province d’Azuay
►Canton de Cuenca : paroisses de Baños, Molleturo, Octavio Cordero, Quingeo, Santa Ana, Sidcay, Tarqui, Turi, El Valle.
►Canton de Gualaceo : paroisses de Gualaceo, Jadan, San Juan, Zhidmad.
►Canton de Nabón : paroisses de Nabón, El Progreso.
►Canton de Santa Isabel : paroisse de : Santa Isabel
►Canton de Zigzig : paroisses de Gima, Ludo.
►Canton d’Oña : paroisse de Susudel
Province de Cañar
►Canton d’Azogues : paroisses de : Pindilig, Rivera, Taday
►Canton de Biblián : paroisses de : Nazóan Francisco de Saugeo, Turupamba.
►Canton de Cañar : paroisses de Cañar, Chontamaraca, Chorocopte, General Morales, Gualleturo, Honorato Vásquez, Ingapirca, Juncal, San Antonio, Zhud.
►Canton de Tambo : paroisse d’El Tambo.
►Canton de Delag : paroisse de Delag.
►Canton de Suscal : paroisse de Suscal.
Langue : kichwa
Population : 150.000 personnes dont 25.000 à Azuay.
La nationalité est organisée en 387 communautés.

sur la carte n° 18
Histoire relative à la nationalité Kichwa des hautes terres équatoriennes
Cette nationalité s’est implantée dans tout le haut plateau équatorien y compris dans d’autres régions en raison de mouvements migratoires des différents peuples qui la composent.
Les Kichwa des Hautes terres équatoriennes se sont implantés dans les provinces suivantes :
►Carchi où était installé le peuple Pastos ;
►Imbabura : implantation des nationalités Otavalo, Karanqui, Natabuela et Kayambi ;
►Pichincha : la nationalité Kitucara ;
►Cotopaxi : installation du peuple Panzaleo ;
►Tungurahua : installation des nationalités Chibuleo, Salasaca et Kisapincha ;
►Bolivar : la nationalité Waranka ;
►Chimborazo : les Puruhás ;
►Provinces de Cañar et d’Azuay : installation de la nationalité Kañari ;
►Loja : implantation des nationalités Saraguro et Paltas.
Ces peuples sont liés par la langue kichwa, par un territoire qui leur a été confisqué pendant l’époque coloniale espagnole, par une cosmovision commune concernant la terre et l’univers et par des liens commerciaux existant bien avant l’arrivée des Espagnols.
Histoire
Ce sont des habitants immémoriaux de ces hauts plateaux équatoriens, ils étaient organisés en seigneuries et confédérations ethniques qui ont développé une culture fondée sur la propriété communautaire et le principe de réciprocité. Hélas, leur développement a été bouleversé par l’arrivée des Espagnols en 1492. Une nouvelle forme de production où la propriété qui appartenait à ces peuples est devenue la propriété absolue de la monarchie et des Espagnols. Un nouveau mode de vie arriva également avec les conquérants. Les Kichwas doivent quitter leurs territoires d’origine et partir à travers l’Amérique du sud, procédé qui permettait de contrôler toute forme de rébellion de leur part.
Ils furent soumis au travail forcé dans les mines, les ateliers de construction, la construction de routes et de villes coloniales et d’encomiendas. Ce travail se déroulait dans des conditions inhumaines. Par exemple, pour les hommes autochtones qui travaillaient dans les mines cela signifiait tout simplement la mort.
L’encomienda* était le point d’articulation de la société coloniale, moyen permettant le contrôle du travail indigène, permettant aux espagnols de recevoir des tributs des communautés indigènes, d’organiser la production agricole et artisanale, de contrôler la domination idéologique par le biais de l’évangélisation.
Les obrajes* constituaient le travail obligatoire s’adressant aux femmes qui devaient migrer vers les centres de production textile en tant que mitayos. Ce travail était également réalisé dans des conditions insalubres provoquant souvent le mort de femmes indigènes.
Les travaux des indigènes dans la construction de routes et de bâtiments dans les villes coloniales ont permis aux peuples de transposer leur savoir-faire architectural et de perpétuer leur relation avec la nature dans les églises (décoration intérieure basée sur leur cosmovision). Cette opportunité a néanmoins côuté la vie à nombre d’entre eux.
Entre 1810 et 1830, époque de l’indépendance des colonies de la domination espagnole, on note aucun changement dans les circonstances d’exploitation et de soumission des peuples y compris dans les 70 premières années de la République.
Après la révolution libérale le 5 juillet 1895 à laquelle participèrent beaucoup d’indigènes, d’importants changements auront lieu dans la législation relative à la terre et à la situation des indigènes. La collusion entre partis, l’emprisonnement pour dettes, ‘intervention de l’église dans les affaires de l’état sont éliminés et les grands domaines appartenant à l’église sont expropriés et transférés à la propriété publique.
L’élimination du concertaje* (accord agricole) conduit à la libération de la main d’œuvre indigène dont la plupart migrent vers la côte pour offrir leur force de travail. Ils vont tomber dans une autre forme d’assujettissement avec les propriétaires des plantations.
Le huasipungo* était une autre forme de soumission au travail des peuples indigènes. Cette pratique est née avec la libération des indigènes du concertaje, une pratique consistant à donner un morceau de terre à l’indigène en échange de quelques journées de travail dans la grande hacienda.
Le huasipungo donne naissance à 2 formes de groupement indigène :
►Les huasipunguerons et les roturiers libres.
Les premiers sont situés à l’intérieur du domaine, les seconds dans les centres paroissiaux religieux au marché.
Dans ce nouvel ordre de propriété foncière, il y a eu une augmentation démographique des communautés indigènes donnant lieu à des migrations de la campagne vers les villes, à différente soulèvements exigeant le droit à la terre, des luttes qui, dans les années 60 aboutirent à la première réforme agraire qui va bénéficier à très peu de huasipungueros.
Les années 70/80 sont consacrée par ces personnes à la constitution d’une organisation régionale garantissant et dirigeant leurs luttes, ECUARUNARI.
Le niveau de sensibilisation et d’organisation s’accroit parallèlement aux soulèvements pour la reconnaissance de ces peuples.
Au sujet des obrajes :
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obrajes dans le corregimiento de Quito https://ealincangouce.wixsite.com/historia-del-ecuador/get_involved
Il s'agissait d'usines textiles de laine, de coton et de cabuya (agave), qui produisaient également des espadrilles, des sacs, des mèches, des selles, des chapeaux, de la poudre à canon, etc. et où les indigènes étaient obligés de travailler, jour et nuit, souvent jusqu'à leur mort.
« Chaque Indien travaillait 312 jours par an, et le maximum qu'ils pouvaient gagner pendant cette période était de 40 pesos, chacun pesant 8 réaux... Dans chaque Obraje, il y avait une prison, des fers, des chaînes et des coups de fouet. Les enfants ont été cruellement maltraités. De leur salaire étaient déduits les impôts et la pension synodale du prêtre. L'Indien payait sa nourriture et ses vêtements ; et bien souvent même des médicaments étaient déduits de leurs misérables salaires, qui leur étaient vendus à un prix très élevé, même lorsque l'excès de travail les laissait avec quelque maladie... Les Indiens étaient épuisés en peu de temps : le travail auquel ils n'étaient pas habitués était la cause de la mort de beaucoup d'entre eux" (Roberto Andrade.- Histoire de l'Équateur, volume I p. 109) .
https://www.enciclopediadelecuador.com/obrajes/
Au sujet de l’encomienda
Système d'« esclavage » que les Espagnols exerçaient sur indigènes d'Amérique. L'encomienda était une ancienne institution espagnole du Moyen Âge, et consistait en un territoire qui fournissait des revenus à un noble. En Amérique, cela a changé d'une manière vraiment dramatique et est devenu simplement « une disposition royale par laquelle le roi d'Espagne donnait des terres et des Indiens à perpétuité, comme prix, en récompense des souffrances endurées par ses soldats qui ont étendu les domaines de l'Espagne aux Antilles. La terre reçue à perpétuité était appelée Encomienda ; le noble espagnol qui la recevait pour avoir tué et exploité des Indiens était l'Encomendero et la mine de richesse et la source d'exploitation dans l'Encomienda, c'est-à-dire l'Indien, était appelé Encomendado » (M. Navas Jiménez.- Histoire, géographie et éducation civique ; n° 2, p. 41) . L'encomienda obligeait les Indiens à payer de lourds tributs aux encomenderos, et ceux-ci, en réciprocité théorique, à christianiser l'Indien ; le défendre des « cannibales » ou des attaques d’autres peuples ; et leur apprendre les travaux agricoles et comment laver l'or.
Ces encomiendas ont finalement laissé les Indiens dans une grande misère. (https://www.enciclopediadelecuador.com/encomienda/)
Sur le concertaje et le huasipungo
Les ouvriers ou « péons » vivaient dans les haciendas avec leurs familles. Ils « passaient des accords » (des engagements) avec les propriétaires, les « patrons » pour les
travaux. C'est pourquoi on les appelait « conciertos ». Ils avaient un salaire, mais ils ne le recevaient jamais, car ils étaient endettés envers leurs patrons. Les ouvriers demandaient à leur employeur des avances de fonds pour payer les impôts et les obligations religieuses, comme les baptêmes, les mariages, les enterrements et autres.
La relation entre les peones et les patrons n'était libre qu'en théorie. En réalité, il s’agissait d’une forme de travail obligatoire, puisque l’employeur pouvait emprisonner le travailleur pour lui faire payer la dette. Parfois, les péons recevaient une portion de terre du propriétaire, le « huasipungo », qu’ils travaillaient avec leur famille.
C'est pourquoi on les appelait « huasipungueros ». Les dettes ne s'arrêtent pas même avec la mort du travailleur concerté. Elles passèrent à sa veuve et à ses enfants. L'ouvrier était soumis au patron, qui avait le soutien du clergé et des autorités de l'État. Le curé prêchait la soumission et faisait payer des services religieux qui perpétuaient la dette. Le lieutenant politique de la paroisse et d'autres autorités pouvaient envoyer en prison ceux qui ne payaient pas leur dette Le concertatje a eu lieu dans tout le pays, mais il a été plus fort dans la Sierra. (https://themeeveryday.blogspot.com/2011/09/el-concertaje.html)
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Organisation politique
La structure de base est la famille organisée en communauté, l’autorité maximale de toutes les communautés est l’Assemblée Communautaire puis les organisations de second degré sont le congrès, le conseil directeur et le conseil exécutif.
Dans la communauté, le travail est organisé sur la base des besoins de celle-ci s’inscrivant dans l’amélioration de l’infrastructure communautaire, la célébration des fêtes, la transmission orale, la pratique des connaissances ancestrales. Ces pratiques ancestrales sot essentielles pour renforcer l’identité et le sens s’appartenance.

ruines de Pumapungo, Cuenca- By PAULOGARCIA2005 - Own workThis image was created with Photoshop Photomerge (stitched images may differ from reality)., CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=18280151

Economie
L’économie du peuple Kañari est basé sur l’agriculture d’autoconsommation familiale ainsi que la vente du surplus sur les marchés locaux et provinciaux.
Les cultures sont : maïs, orge, légumes, céréales, tomates en arbre, babaco, poivrons.
L’élevage de bétail pour le lait et la viande entre également dans l’autoconsommation et pour le marché local.
Ils élèvent également mais de façon secondaire d’autres animaux comme les porcs, les moutons, la volaille, els cobayes, les lapins pour la vente.
Un autre revenu économique est obtenu par l’effet de la migration de certains habitants de leurs communautés, un phénomène démographique qui a beaucoup affecté la famille et l’organisation communautaire. 60% des familles kañaris dépendent de ressources reçues de membres de leurs familles travaillant à l’étranger, au moins un membre de chaque famille s’est rendu aux EU et en Espagne pour chercher du travail.
Alimentation
Leurs repas de base sont composés de céréales, farines et légumes, des produits plantés dans les chacras de la communauté avec leur propre technologie.
Un aliment traditionnel est le cochon d’Inde avec des pommes de terre ; mote et chicha sont appréciés lors des fêtes où lors de la visite de proches.
Pratiques médicinales
Les savoirs médicinaux ne sont pas perdus et sont encore pratiqués dans la communauté, surtout par les femmes. Ils savent soigner les maux courants, les parasites infantiles, les douleurs dentaires avec des plantes ou des secrets gardés par les personnes âgées, ce savoir a été reçu par transmission orale. Quand un remède traditionnel n’est pas efficace, ils se tournent alors vers la médecine allopathique pour résoudre le problème.
Coutumes
Malgré l’imprégnation de cultures importées par la société dominante, les Kañaris préservent encore les leurs ainsi que leurs croyances. Ils savent semer en respectant un calendrier lunaire, ils préservent la relation et le respect de la nature, ils prennent soin de la terre et ont le respect des personnes âgées.
Malgré cela, les dirigeants reprennent en mais le maintien de la culture traditionnelle et son renforcement.
Cosmovision
Les croyances sont liées à des légendes orales comme la légende des guacamayas, une version du déluge kañari, identique à celui d’autres cultures de l’Antiquité.
Voici une version
En des temps reculés, les terres des actuelles provinces d'Azuay et de Cañar étaient peuplées par les Cañaris.
Les anciens racontent qu'un énorme déluge inonda le pays, si bien qu'il ne resta que deux survivants : deux frères qui réussirent à grimper au sommet d'une montagne et à se réfugier dans une grotte au sommet.
Jour et nuit, les pluies continuaient, mais ils ne pouvaient pas atteindre le sommet, car les montagnes s'élevaient au-dessus du niveau de l'eau.
Enfin, après plusieurs jours, la pluie s'arrêta et un magnifique arc-en-ciel apparut dans le ciel.
Les deux frères se retrouvèrent seuls dans un monde totalement inhabité et silencieux. Ils avaient très faim, mais il n'y avait rien à manger.
Après avoir beaucoup marché, ils retournèrent à la grotte. En entrant, leurs yeux furent éblouis par de délicieux mets servis sur une pierre. Ils se régalèrent et ce n'est qu'après avoir terminé qu'ils se demandèrent qui était celui qui les servait ainsi.
La même chose se produisit pendant plusieurs jours, et ils ne purent plus se demander qui leur apportait une nourriture aussi délicieuse. Ils se cachèrent pour attendre et furent étonnés de découvrir que deux beaux aras, des oiseaux aux couleurs vives avec un visage de femme, portaient la nourriture sur leurs ailes et préparaient la table.
Les frères attrapèrent les aras, qui se transformèrent en deux belles femmes qui acceptèrent de les épouser. Ces deux couples survivants du déluge repeuplèrent la terre des Cañaris. Depuis lors, les aras sont des oiseaux sacrés pour les indigènes.
(source )
La légende sur l’origine des serpents est une autre légende importante sur leur propre origine, mélangeant 2 éléments de leur narration, le serpent et la lagune de Culebrillas, où lors du déluge un grand serpent ouvrit un chemin pour que eaux reprennent leur cours et se cache dans cette lagune. De ce fait , les lagunes sont des lieux sacrés et objets de cultes religieux pour les Kañaris.
Trois lagunes sacrées gardent dans leurs profondeurs le démiurge cañari : Culebrillas (Nudo del Azuay) , la lagune de San fernando (province d’Azuay) et une autre lagune dans la vallée de Yunguilla (Aguaiza Galabay, 2013, p.26)
D’autres légendes sont la légende des Cajones et la légende du cavalier.
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Lagune de Culebrillas
Tenue vestimentaire
Leur habit traditionnel est composé :
Pour les femmes
d’un chapeau de laine pressée de forme ronde, les cheveux sont longs portées en tresse, des colliers et des boucles d'oreilles en argent propres à leur cosmovision, un reboso (châle illiglla ou hualcarina), une blouse blanche brodée, une jupe de laine de différentes couleurs, principalement noire avec une bordure brodée.
Pour les hommes
Un chapeau blanc de laine pressée, de forme ronde, une chemise brodée au cou et aux manches, un poncho (cushma) court en laine, une ceinture en tissu (chumbi) à la taille, un pantalon noir en laine.
Seul 40% de la population kañari utilise encore ce costume.
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Musiciens Kañari -, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1138826
Sources : ecuador travel, wikipedia, CONAIE.org,
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