Bolivie : Le peuple Leco
Publié le 24 Octobre 2018

Peuple autochtone de Bolivie originaire de l’Amazonie sub-andine et vivant dans le département de La Paz.
Autodésignation du peuple : leko
Langue : leco, un isolat linguistique pratiquement éteint. Depuis le 11 septembre 2000, c’est l’une des langues autochtones officielles de Bolivie (décret suprême n° 25894) et elle est incluse dans la constitution politique lors de sa promulgation le 7 février 2009.
Le principal document par lequel la langue et la grammaire sont connues est une doctrine chrétienne compilée par le missionnaire Andrés Herrero au début du XIXe siècle.
Autodésignation de la langue : rik’a
189 locuteurs
Localisation
Département de la Paz
Provinces de Franz Tamayo et Larecaja
Municipalités de Apolo et Guanay
Population : 13.527 personnes (2012)
Zone géographique
/image%2F0566266%2F20250505%2Fob_e47bc7_lago-chalalan.jpg)
végétation dans le Parc national Madidi Por Rodrigo Mariaca - Trabajo propio, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=50866227
Ils vivent aussi bien dans l’espace sous-andin et dans une partie des plaines amazoniennes. Certaines parties de leur territoire sont située dans le Parc National Madidi et dans l’aire naturelle de gestion intégrée du même nom. Des réserves d’or se trouvent sur leur territoire et attirent des aventuriers et des exploitants depuis des siècles.

Les éleveurs de bétail ont défriché la montagne jusqu’aux collines dans toute la région d’Apollo ne laissant qu’une végétation rare.
Leur zone géographique est irriguée par les rios Kaka et ses affluents les rios Tipuani, Mapiri, Turiapo et Yuyo.
/image%2F0566266%2F20250505%2Fob_e0b7fc_rio-kaka-beni-bolivia.jpg)
rio Kaka Por Chris Feser - originally posted to Flickr as On Kaka river, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5574983

Histoire
Les Lekos étaient connus comme d’excellents navigateurs voyageant sur ces rivières puissantes.
Pendant la période précolombienne, ils entrent en relation avec l’empire inca et les Aymaras avec lesquels ils étaient intégrés.
Début XVIIe siècle : ils entrent en contact avec les Espagnols (échange de produits, actions guerrières).
Les premières mentions sur les Lekos sont celles du père Miguel Cabello de Balboa.
Pendant la période coloniale, ils entrent en conflit avec les grands propriétaires terriens producteurs de coca dans la région des yungas.
1617 : pedro de Legui Urquiza mène une campagne contre les Lekos et il est vaincu et tué par eux.
XVIIe siècle : un important soulèvement leko a lieu selon certaines sources, le soulèvement de Zongo menée par le cacique Guanaiquile et son beau-frère Gabriel Hayla. (en savoir plus zongobolivia.wordpress.com).
Pendant la colonie et la 1ère république, les Lekos sont utilisés par les missionnaires et les marchands, plus tard par les colons et les chercheurs d’or en tant que bons navigateurs ce qui continue le processus d’acculturation et leur appauvrissement.
1699 : fondation de la mission d’Aton par les franciscains, consolidée en 1737. Cette fondation sera suivie par d’autres comme Concepción de Apolobamba et Santa Cruz de Valle Ameno. De la mission d’Atón est venu le cacique Santos Pariamo qui a combattu les Espagnols dans un contexte de guérilla. Il est devenu capitaine de l’armée patriote et fut renversé en 1815 et opta pour le suicide avant de tomber dans les mains des Espagnols.
Entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, les franciscains, les dominicains, les augustins tentent de les regrouper pour effectuer des travaux ; ce seront les augustins qui réussiront cette « mission ».
Fin du XIXe siècle : premier boom du caoutchouc. Les propriétaires terriens commencent à s’accaparer les meilleures terres des Lekos. Ceux-ci seront transférés en tant que semi-esclaves. Ils sont sur le point de disparaître en tant que peuple indigène, certains survivent dans des zones reculées. Ils se mêlent à des indigènes des hautes terres mais conservent néanmoins leur façon d’être et de penser de peuples des basses terres.

Economie
Ils ont presque totalement abandonné l’économie itinérante traditionnelle, descendant et remontant les rivières du territoire. Leurs ressources principales proviennent de l’agriculture pour l’autoconsommation
Principales cultures : riz, maïs, manioc, agrumes, cacao, patate douce, banane.
Ils vendent de la coca et du café, parfois de la patate douce.
71% des familles Leko d’Apolo se consacrent à la culture de la coca, une activité traditionnelle dans la région, qui remonte avant l’arrivée des Espagnols.
Ils élèvent des porcs, des moutons, des poulets pour l’autoconsommation car ils ont peu de possibilité, de nos jours pour chasser et pêcher. Les vaches sont destinées à la vente pour les revenus.
/image%2F0566266%2F20250505%2Fob_12e875_oenocarpus-bataua-fruits.jpg)
fruits de l'oenocarpus bataua Par Roniere Brandão de Souza — Travail personnel, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=121483050
Les communautés les plus reculées ont encore des forêts et peuvent récolter des fruits sauvages (chima, majo dont certains fabriquent du lait de majo, oenocarpus bataua) pour la vente et ils obtiennent du miel d’abeilles sauvages, du copal, de l’encens, de l’urucu par des intermédiaires et le vendent aux entreprises.
Certains vendent leur force de travail à l’extérieur des communautés et dans l’exploitation minière.
Cosmovision
Les morts étaient enterrés avec tous leurs biens y compris des boissons et de la nourriture.
Il existerait, près de la communauté d’Irimo, un sanctuaire où un oracle de la divinité K’ak’a est consulté mais seulement par ceux qui parlent encore la langue maternelle.
Dans le cadre de la santé, les Lekos ont encore des connaissances de la médecine traditionnelle.
Projet de conservation
Un processus a été entrepris avec les peuples Tacana et Leco de Apolo, faisant partie du programme de conservation Gran Paisaje Madidi-Tambopata, mis en œuvre par la Wildlife Conservation Society en 1999 et couvrant une superficie de 142.000 km2 entre la Bolivie et le Pérou (lien blog)
Danses traditionnelles
Ils pratiquent encore quelques danses traditionnelles comme le Tiri-tiri, le Machichi et le Torito.

Les Leco ont des problèmes avec les organisations paysannes, dont l'accès à la terre est affecté par la création du TCO leko. A quelques exceptions près, les peuples indigènes n'ont pas été conseillés et aidés dans l'installation des autonomies indigènes, malgré le fait qu'ils ont des territoires dont les ressources doivent être défendues contre les pillards de ressources et les invasions de tierces parties. Sur le plan éducatif, les communautés Leko exigent que les écoles de tous les niveaux et de toutes les classes évitent aux jeunes enfants d'avoir à marcher jusqu'à deux heures pour assister aux cours dans les centres ruraux. Ils préconisent également l'introduction d'une éducation trilingue en espagnol, en rik'a et en quechua, qui sont les langues parlées dans les communautés de la région.
Problèmes de santé
Un document de Debates indigenas du 1er novembre 2021 nous apprend que les activités minières dans le rio Kaka se sont intensifiées et l'utilisation du mercure pour amalgamer le métal précieux a augmenté. Les communautés indigènes Lecos cultivent leur nourriture et pêchent dans ces terres et ces eaux polluées. Bien que les risques soient évidents, il n'existe pas d'études sur la manière dont cette communauté est affectée et exposée dans sa santé, ni de politiques publiques pour y remédier. Liens en fin d’article
Sources : pueblos indigenas.bvsp.org, wikipédia en espagnol
Articles complémentaires
2018 : Bolivie : les bons résultats de la gestion territoriale des peuples Tacana et Leco
2020 : Des indigènes dénoncent l’exploitation vorace de l’or en Amazonie
2021 : Le lent empoisonnement au mercure des indigènes Lecos en Bolivie
2021 : Crainte de 6 peuples indigènes suite à la réactivation du projet hydroélectrique Chepete-El Bala
2024 : Un frein à l’exploitation minière illégale en Bolivie
/image%2F0566266%2F20210610%2Fob_9d8eb4_dsc04024-jpgm-jpgmm.jpg)