Chiapas - Les dangers du colloque du Patrimoine Culturel Immatériel ou comment "rentabiliser" les peuples indigènes ?

Publié le 18 Novembre 2016

(...) Si nous ne pouvons pas douter de l'émergence de conserver une culture, nous doutons beaucoup des façons dans lesquelles ils pensent le faire. La meilleure manière ne serait-elle pas de respecteer et d'affirmer les accords de San Andres ?
Respecter la convention 169 de l'OIT ? 
Donner aux peuples autochtones leur propre autodétermination, leurs propres gouvernements (...) ?

Annonce d'un colloque avec le thème du "Patrimoine culturel immatériel des Peuples Originaires" organisé par la secrétaire de la culture et le gouvernement du Chiapas à travers le conseil d'état pour les cultures et les arts du Chiapas, et par la Coneculta, dans la ville de San Cristobal à partir du 16 novembre.

Si certifier les Peuples Originaires du Chiapas comme patrimoine culturel immatériel est un vieux projet, il semblerait qu'à présent ils donnent un nouveau coup pour obtenir cet objectif.

Il est difficile de penser le fond de cet objectif de l'UNESCO et du gouvernement de mettre les Peuples autochtones du Chiapas sur la liste du Patrimoine culturel immatériel. On peut évidemment critiquer les façons de le faire : le fait de ne pas prendre en considération les peuples et les consulter avec toute la difficulté de choisir ceux qui représentent les peuples tsotsiles, tzeltales ou tojolabales est l'une des premières limites, mais il faut voir également le fond du débat.

Certainement, cette décision semble unilatérale,  elle est née à partir de la conjonction ONU (UNESCO) et du gouvernement fédéral et étatique, ceux qui nous avaient déjà surpris avec leurs plans de villes rurales qui restent aujourd'hui comme des éléphants blancs simplement abandonnés.

Contre l'argument donné par l'ensemble de la sauvegarde des cultures vivantes du Chiapas et lutter contre sa folklorisation on peut opposer un exemple déjà existant. Dans les villes ou les endroits appartenant au patrimoine mondial de l'humanité, un tourisme massif arrive. Il est très connu que les villes ou les lieux touristiques mis sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité sont devenus des endroits pour le tourisme de masse.

Une ville comme Luang Prabang au Laos, par exemple, a souffert d'une forte gentrification après être entrée sur cette liste, en faisant perdre le tissu social, la vie des quartiers et elle a donné lieu à un changement intégral de la vie économique, en passant des économies traditionnelles vers l'économie de service au tourisme.

Avec celui du patrimoine culturel immatériel des peuples la question est plus forte qu'avec une ville ou un édifice, les conséquences n'auront pas les mêmes impacts parce que si un peuple ou une ville perd des traditions et une culture locale, il réussissait encore à conserver ses édifices et une trace de ce qui a été. Les impacts d'un tourisme de masse visitant les Peuples apportera des conséquences irréversibles. 

Au touriste ne lui importe peu la culture en général et il vient seulement chercher sa photo

L'arrivée d'un tourisme relativement de masse au Chiapas, pour "voir" ces peuples et endroits sacrés de la liste de l'UNESCO pourrait générer une acculturation et habituer les peuples à recevoir le touriste, au lieu de continuer avec sa vie et son économie traditionnelle.

Ainsi nous nous demandons si le véritable objectif du certificat de l'UNESCO est de conserver et garder les cultures ou s'il est de diffuser ce patrimoine pour augmenter le tourisme. 

On ne peut pas étiqueter le Peuple Tsotsil, par exemple, comme Patrimoine culturel immatériel. C'est assimiler toutes les composantes de ce Peuple immense. La culture, les vêtements, la langue, l'art... sont assez différents entre les Sanpedranos de Chenalho, les Chamulas de San Juan, et les Sanandreseños par exemple.

Nous prendrons quelques mots du défunt Sup Marcos, du 9 mars 2001 :

POUR EUX, NOS HISTOIRES SONT MYTHES,
NOS DOCTRINES SONT LÉGENDES,
NOTRE SCIENCE EST MAGIE,
NOS CROYANCES SONT SUPERSTITIONS,
NOTRE ART EST ARTISANAT,
NOS JEUX, DANSES ET VÊTEMENTS SONT FOLKLORE,
NOTRE GOUVERNEMENT EST ANARCHIE,
NOTRE LANGUE EST DIALECTE,
NOTRE AMOUR EST UN PÉCHÉ ET UNE BASSESSE,
NOTRE MARCHE EST SE TRAÎNER,
NOTRE TAILLE EST PETITE,
NOTRE PHYSIQUE EST LAID,
NOTRE MODE DE VIE EST INCOMPRÉHENSIBLE.

POUR NOUS REGARDER, ILS REGARDENT EN ARRIÈRE ET VERS LE BAS.
POUR EUX, NOUS RECONNAÎTRE EST SE RECONNAÎTRE SUPÉRIEURS.
POUR EUX, NOUS VOIR EST NOUS VOIR SOUMIS.
POUR EUX, NOUS REGARDER EST NOUS ORDONNER.
POUR EUX, NOUS DONNER UN LIEU EST NOUS SIGNALER LA TOMBE, LA PRISON, L'OUBLI.

Chez les différents peuples qui ont déjà eu cette certification, il y a eu des bagarres et des disputes pour faire certifier tel courant de danse ou d'art, au lieu de tel autre, de plus des études ont montré qu'existent quelques doutes sur le processus de certification, on ne sait pas qui a la légitimité de choisir ou de décider. Avec quels critères ?

De la même manière qu'entrent des doutes dans l'idée de fixer une culture avec cette certification, "ainsi c'est la culture de ce peuple" et ainsi ne pas la laisser suivre son évolution.

On peut remarquer que dans ce colloque il y aura un objectif spécial pour les lieux sacrés, dans la liste proposée sur leur page, on désigne déjà quelques lieux sacrés à mettre sur la liste... comme c'est le cas de Mol Ch'ixilton de Chenalho, des carrerantes de Venustiano Carranzar, el Tequio Meque et la cuisine Zoque, du volcan Tacaná, du guérisseur mam d'Union Juarez....

Il est connu que l'État cherche de quelque manière que ce soit à s'approprier ces lieux au travers de l'ENAH, de la CONECULTA et peut-être maintenant au moyen de cette référence internationale. Nous doutons beaucoup qu'après être rentré dans la liste"sacrée" de l'Unesco, ces endroits ne soient sauvegardés, et il nous est difficile d'imaginer un tas de touristes faisant leurs photos des indigènes en train de faire leurs rituels dans ces lieux qui sont encore libres de Kaxlan.

Ces lieux sont aux peuples, ils ne peuvent pas être des lieux touristiques car ils perdraient l'essence d'être sacré. La majorité des lieux sacrés des peuples originaires ne sont pas des constructions humaines mais des lieux sacrés octroyés par la Terre Mère et c'est pourquoi ils sont sacrés, ce ne sont pas des lieux adaptés pour des gens qui veulent seulement turismer en les contaminant par leur simple présence. 

Si nous ne pouvons pas douter de l'émergence de conserver une culture, nous doutons beaucoup des façons dans lesquelles ils pensent le faire. La meilleure manière ne serait-elle pas de respecter et d'affirmer les accords de San Andres ?
Respecter la convention 169 de l'OIT ? 
Donner aux peuples autochtones leur propre autodétermination, leurs propres gouvernements, sans rendre de compte à l'état capitaliste qui veut faire de ces peuples une marchandise de plus, pour un tourisme cherchant des expériences toujours nouvelles et faire tourner ces peuples comme des consommateurs futurs, grâce aux peu de dollars et d'euros qui resteront dans leurs mains après que le gouvernement, l'ENAH et les agences de voyages auront enlevé une grande partie de cet argent ?

Enfin, il est dérangeant de voir que dans le programme de ce colloque ne sont pas inclus les Peuples autochtones dans les exposés ou dans l'analyse, mais ils seront uniquement présents pour "une cérémonie propitiatoire traditionnelle", "une présentation du groupe musical traditionnel Yaxk'in de Chamula", d'Ecatepec et un groupe de danse de Zinacantán"


Avec ces indicateurs-ci ils nous éclairent sur l'intention réelle de ce colloque.

 

Traduction carolita d'un article paru sur le site Espoir Chiapas le 16 novembre 2016 : 

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