Allain Leprest : Le chagrin

Publié le 26 Août 2014

Trois ans qu'il est parti le 15 août 2011.

Et encore un superbe texte.

En pensant à l'artiste écorché vif qui nous a offert le meilleur de lui.

Mais qui s'en souciait ?

Si peu (des initiés, des poètes au cœur et des gens qui tel que lui trimbalent leur sensibilité à fleur de peau dans un bouteille prête à jeter à la mer)

En cela, je fais un petit clin d’œil complice aux comp@s ramasseurs de bouteille.

Caro

Connais-tu l'herbe amère, le liseron, la plante
Toute noire et très belle enroulée dans la gorge ?
Ô que quelqu'un la dise, ô que quelqu'un la chante
Simplement sur le bruit d'un coeur et d'une horloge
Et le train de Dunkerque au loin sur son refrain
Le chagrin

Cet animal familier, ce chien qui te traînes
Dans les couloirs et les vieux escaliers du corps
Il est un peu méchant, pas très beau mais tu l'aimes
Il tire vers les ponts, le soir, quand tu le sors
Et tu as beau être son maître, tu le crains
Le chagrin

Son couteau à douleur et sa gouge artisane
A sculpter des oiseaux de bois sur les potences
Des épines aux lilas, des pétales aux larmes
Et tout le désespoir qu'il faut à l'espérance
C'est le meilleur de toi qui brille dans l'écrin
Du chagrin

Un jour il t'offrira son collier de morsures
Un jour, demain, ta main prendra dans la corbeille
Emplie de raisins ronds une grappe un peu sûre
Il a de belles vignes, il soigne bien ses treilles
Il a le temps pour lui, il presse grain par grain
Le chagrin

Laisse-le libérer ses sources sous tes cils
Son fleuve qui n'a que tes paupières pour grèves
Cet océan profond sans bateau et sans île
Qui met son grain de sel sur les phrases des lèvres
Tu peux lâcher la corde, il a le pied marin,
Le chagrin

A se sentir lavé, presque beau, transparent
Aux bras des vieux matins édentés de la ville
A appeler encore son règne de tyran
Ses carrefours muets, ses grands théâtres vides
Le vent chargé de clous, de soleils souterrains
Du chagrin

Ami, pardon, c'est à ton rire que j'accroche
Son manteau qui me tient bien froid quand il fait froid
Une enveloppe bleue déchirée dans la poche
Eteignez en sortant, et ne me plaignez pas,
Plaignez plutôt celui que n'a jamais étreint
Le chagrin
Le chagrin

Allain Leprest

Rédigé par caroleone

Publié dans #Leprest

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M
Encore des petites erreurs dans le texte de la toile :<br /> Couplet 1 : SIMPLEMENT sur le bruit d'un coeur et d'une horloge ...<br /> Couplet 2 : ce chien QUI TE traîne ...<br /> <br /> 3 ans déjà ! C'est vrai que les artistes qu'on aime semblent toujours être là ...<br /> Bises Caro
C
Voilà c'est rectifié pour ses belles paroles.<br /> <br /> Bises et bonne soirée<br /> <br /> caro
F
Du chagrin j'en ai eu lorsque j'ai appris qu'il avait décidé de tirer sa révérence.. mais il le fallait pour échapper au désespoir de la décrépitude... un grand Monsieur que j'ai eu le privilège de voir et d'écouter à Paris en 2009.<br /> Bisous Caro
C
Bonjour Fanfan,<br /> <br /> Oui c'est triste en effet de perdre de tels poètes.<br /> Et c'est triste quand on voit comme il était mis de côté alors qu'il avait un talent que peu possèdent.<br /> Mais c'est comme ça il était marginal et sa poésie le faisait vivre dans un monde à part (on sait un peu ce que c'est)<br /> Je crois que malgré tout il a fait le bon choix en décidant de sa fin et je crois que son oeuvre va grandir, grandir, grandir dans les années à venir. Il a laissé un héritage et ça ce n'est pas rien dans ce monde de consommation. Un héritage de mots et de chants, comme c'est la coutume chez les peuples premiers qui n'ont que cette façon de transmettre leurs valeurs et leurs histoires.<br /> <br /> Bises et merci de ta visite<br /> <br /> caro