CHILI / ARGENTINE : les Mapuches, les derniers Yaghans


Situation géographique





Le sage Colo-Colo, le chef Caupolican et le jeune guerrier Lautaro

 

Jamais on ne vit roi qui ait pu dominer

Cette fière nation de liberté éprise,

Ni un peuple étranger qui puisse se vanter

De  l'avoir, même un jour, sauvagement conquise

Pas même un seul voisin, voulant le prendre en faute

N'aura devant elle brandi sa fière épée :

Toujours indépendante et toujours indomptée,

Elle aura vécu sans lois et marché tête haute.

 

Alonso De Ercilla (1533-1594) La Araucana





Les Mapuches, "peuple de la terre" en mapudungun, leur langue sont les communautés aborigènes de la zone centre-sud du Chili et de l'Argentine connues également sous le nom ancien d'ARAUCANS .







Au Chili,  ils étaient au dernier recensement de 2002, 600.00 personnes. Ils vivent surtout dans les zones rurales de la région de l'Araucania ainsi que dans la région des lacs et la région métropolitaine ( Santiago du chili).
 En Argentine, ils sont environ 200.000 répartis dans la province de Neuquen, du Rio negro et deChubut.
La culture mapuche est répartie dans de nombreuses communautés : Picunches ( peuple du nord), Huiliches (peuple du sud), Pewenches ( peuple du Pewen ou pomme de pin), Cuncos, Mapuches ou Araucans, Puelches ( peuple de l'est), Poyas, Ranquels ( peuple des cannes), Tehuelches ( ou patagons), Lafquenches (peuple de la côte).


Son histoire :une histoire politique


L’origine même des Mapuches est incertaine. Hypothèse la plus probable : les Mapuches auraient émigré au Chili à partir de la pampa argentine, de la forêt amazonienne et des plateaux du Chaco paraguayen. Ils descendraient des Tupi-Guaranis. A l’arrivée des Espagnols (1541), les Mapuches occupaient une partie non négligeable du territoire chilien, et leur organisation communautaire, sociale et économique était bien définie, autour du « Lof », Leur population était en partie sédentarisée et s’élevait à environ un million de personnes. Ce qui contredit radicalement l’histoire officielle encore enseignée au Chili selon laquelle il n’y aurait eu, à l’arrivée des conquistadores, que des « bandes d’aborigènes » éparpillés, nomades, des groupes isolés de chasseurs.




A l'époque de la conquête, la couronne d'Espagne reconnaissait au peuple mapuche un territoire de 10 millions d'hectare, délimité au nord par le fleuve Bio-bio. Le droit mapuche ne comprenant pas de gestion administrative des terres, les communautés n'ont pas de titre de propriété. Cette situation juridique permet le déploiement des forces armées dans la région Mapuche et sa colonisation à des fins économiques. Cette colonisation appelée" guerre de pacification de l'Araucanie" se résout à un génocide de la population mapuche.








Récapitulatif historique

1541 : les espagnols arrivent au Chili

1554 : Lautaro, chef Mapuche défait les troupes espagnoles et fait prisonnier Valdivia, un des chefs militaires espagnols.

1641 : parlement et traité de Quilin : reconnaissance du fleuve Bio-bio comme frontière et de l'autonomie mapuche.

1726 : second parlement et traité de Negrete : confirme la frontière du Bio-bio, accords commerciaux, les Mapuches s'engagent à être "les ennemis des ennemis du roi d'Espagne" , engagement qui sera lourd de conséquence lors de la lutte des criollos.

1818 :la constitution proclame la république chilienne 'une et indivisible" subsumant ainsi toutes les populations autochtones résidant sur le territoire à la citoyenneté chilienne sans aucune reconnaissance spécifique. Le nouvel état accepte que les Mapuches restent souverains sur leur territoire d'une superficie de 10 millions d'hectare.

1868 / 1881 : "Pacification de l'araucanie" = guerre d'extermination et de déposession menée avec une sauvagerie inouïe contre le peuple Mapuche. Des dizaines de milliers sont massacrés, le bétail abattu, les communautés incendiées, le peuple Mapuche est confiné dans des "réductions" qui ne permettent pas l'autosubsistance. Leur territoire est réduit à 500.000 hectares.

1970 / 1973 : Gouvernement Allende :ce dernier restitue aux Mapuches 15.000 hectares mais il les considère citoyens chiliens et ne respecte pas leur identité.

1973 / 1989 : dictature de pinochet : les mapuches sous la pression doivent restituer les terres données parAllende à de gros propriétaires, sous le couvert habituel de massacres, disparitions etc ...
Loi du 22 mars 1979 dite de "dissolution des communautés" : la propriété collective des terres est supprimée.
En 1978,  pinochet décide de subventionner les entreprises forestières qui planteront des pins et des eucalyptus au sud du Chili en vue d'un exportation massive : rasage des forêts natives pour en faire des forêts à "bois".

1989 : gouvernement Aylwin : ne change rien à la siutation mapuche.

1992 / 1993 : l'état chilien proclame la "loi indigène ": aucune mesure concrète mais elle reconnait néanmoins la dette historique envers les Mapuches. Pas de reconnaissance comme peuple. Les Mapuche décident de lancer des actions d'occupations de terres qui sont réprimées effroyablement. Des leaders mapuches son emprisonnés.

1994 / 2009 : la loi "anti terroriste " adoptée par pinochet s'exprime de plus en plus souvent car ces derniers sont entrés en résistance contre les expulsions et essaient toujours de récupérer les terres volées.







En Argentine, situation des mapuches :

En Patagonie, les Mapuches ont en face d'eux Benetton, qui est le plus grand propriétaire terrien d'Argentine avec environ 900.000 hectares.  Il exploite l'élevage d'ovins afin de satisfaire la demande en laine requise par son industrie textile,production à bas cout, main d"oeuvre bon marché mais GROS PROFITS. Début 2003, il a créé dans la région  d'Esquel , minera sud argentina S.A une entreprise de prospection aurifère qui a entrainé l'expulsion d'un couple mapuche et à la suite une mobilisation des mapuches.
Les autorités locales ont également expulsé 8 familles mapuches du village deLeleque afin de créer un site d'attractions dont est comprise une visite de la propriété benetton. Des milliardaires étrangers comme George Sonos et Sylvester Stallone ont aussi acheté des terres en patagonie pour des millions de dollars.











Habitat

Il est constitué de petites maisons dont le matériel varie en fonction de la situation de leur lieu de résidence. Dans le Sud ouest on utilise des briques de boue, dans le centre et le nord/ est des pierres de taille et dans les zones lacustres on emploie le bois. Les structures des toits sont en bois recouvert de branches de coirones ( broussailles patagoniques) enrobé d'une couche de boue. Les toits traditionnels sont peu à peu remplacés par des tôles, des lambris et autres isolants thermiques modernes. Le plancher est souvent en terre battue.

Ecomonie :

L'élevage est la base des ressources économiques des familles des communautés. L'élevage des ovins est majoritaire suivi de celui des bovins et des équins. La laine est utilisée au métier à tisser pour réaliser de vrais chef-d'oeuvres. Ils tissent également des ponchos, des couvertures, foulards , bandeaux et fabriquent des pièces en bois et en cuir.






Exode rural : à la suite des expulsions des terres , 65 % des Mapuches vivent désormais dans les villes à Santiago, Concepcion, Temuco. Les communautés rurales se réduisent car elles ne peuvent plus nourrir les populations. En ville, ils s'occupent dans des emplois précaires et oublient peu à peu leurs "racines " à cause d'une discrimination raciale très importante. En effet, ces communautés sont considérées par les Chiliens comme paresseuses attardeés, alcooliques, délinquantes. Ceci provoque unn situation d'infériorité et une marginalité qui fait obstacle à leur intégration.






La musique

La musique est essenteillement religieuse, invoquant souvent la terre mère ( nuke mapu) . Les instruments sont le cuitrun ( tambour) , les cascahuillas ( cloches), la pifilca ( sifflet en bois) la trutruca ( sorte de bambou), la torompe ( sorte de harpe buccale).

Les croyances

Elles sont basées sur le culte des esprits des ancêtres et des esprits ou éléments de la nature. Ces esprits ne correspondent pas à des divinités comme dans le monde occidental. Il ne leur élèvent pas de panthéon à leur image comme chez las autres peuples andins.
Les figures les plus importantes sont : le machi (chaman), le Ngenpin (autorité religieuse).
La fête rituelle est nommée nguillatum.


Les Mapuches célèbres

- GALVARINO :  selon la légende les espagnols lui auraient coupé les mains mais il aurait continué le combat après avoir attaché à ses bras de couteaux.

- CAUPOLICAN : un des plus célèbres,le chef de guerre le plus fort de la tribu

- LAUTARO : il a appris les techniques de combat des espagnols qu'il a enseigné par la suite aux siens après s'être enfui.

                                                              lautaro



- COLO COLO : il dirigea plusieurs combats contres les espagnols en particulier des destructions de Santiago et Concepcion.


Le peuple mapuche,comme vous l'avez compris est en lutte pour son autonomie, sa reconnaissance, sa dignité, la récupération de ses terres et la reconnaissance de la forêt naturelle lieu de vie ancestral et naturel. Le peuple mapuche se bat également pour faire libérer ses prisonniers politiques.

En Europe et dans le monde des associations oeuvrent à la diffusion des actions des Mapuches, culturelles, militantes, En France et également en Belgique ont souvent lieu des réunions de solidarité, des projections et diverses manifestations .
Vous trouverez régulièrement sur ce blog les infos relatives à toutes les actions entreprises et les liens suivants vers les sites intéressants :



lien mapuche international



réseau d'information et de soutien au peuple mapuche



mapuches.org



Le poète Pablo Neruda qui est né à Temuco et rend hommage dans ses mémoires à ses indiens Auraucans, à la forêt qu'il vénérait. Il  était très nostalgique en évoquant le passé de ses indigènes qu'il n'appelait pas encore sous le nomde Mapuche.
Un poème épique célèbre d'Alonso De Ercilla : La Araucania ( je ne sais pas s'il est édité en français, je le cherche en ce moment)

Cet article est évolutif, si vous souhaitez y apporter des modifications, ce sera avec plaisir que je le ferai.

 

 

 





 

 

 

CHILI: Les derniers Yaghans

 

 

 

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220px-Puerto_Williams_04345.jpgIle Navarino et Puerto Williams 

 

 

 

 

Sur le territoire de l'extrême-sud américain formé après le retrait des glaces qui fit apparaître le détroit de Magellan et la Terre de feu, il y a quelque 6.000 à 10.000 ans, vivaient dans des conditions presque inimaginables quatre ethnies distinctes :

 

 

* Les Onas ( ou Selkman) . De robuste stature, probablement de même origine que les Tehuelches ( Aonikenk) de Patagonie continentale, ils auraient été retenus sur la Terre de feu dans leur nomadisme du fait de cette coupure par le détroit de Magellan. Ils subsistaient par la cueillette et la chasse, notamment au guanaco. Des 4.000 qu'ils étaient en 1880, la colonisation de leurs territoires, les tueries par les chercheurs d'or et les éleveurs, la christianisation par les salésiens de l'île Dawson entre 1890 et 1939 firent tomber leur nombre à une dizaine, essentiellement métis dans les années 1960. La dernière Ona non métissée Angela Loij est morte en mai 1974.

 

 

 

 

 

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                                                    L'ethnologue Anne Chapman avec la denière Ona Anjela Loij

 

                                        

 

* Les Aush ( ou Manenenk) . Sans doute arrivés plus tôt encore et fixés plus loin sur l'extrémité sud-est de la Terre de feu, ils disposaient là, outre la cueillette et la chasse, des ressources du rivage marin. Parents mais distincts des Onas, ils ont dès les débuts du XXe siècle disparu comme ethnie ayant ses caractéristiques et sa culture propres. Il n'en restait plus qu'une seule famille non-métissée en 1911 et un seul individu en 1926.

 

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                                 Felipe Alvarez le dernier yaghan mort en 1977, photo Robert Lechêne 1967 

 

 

 

* Les Yaghans ( ou Yamanes). Occupant au sud de la Terre de feu, de l'autre côté du canal Beagle, un vaste triangle allant jusqu'au Cap Horn, physiquement plus petits que les Onas, ils s'en distinguaient surtout par leur mode de vie essentiellemnt maritime. Naviguant par familles entières avec un feu de braise à bord de leurs canots, ils sillonnaient les canaux, alentour de l'île Navarino, ne faisant de haltes à terre que dans des huttes provisoirement dressées sur des monticules voisins du rivage. De 3.000 environ qu'ils étaient en 1848, on n'en compte plus que 1.300 en 1880 et moins de 400 cinq ans plus tard. Désemparés, sédentarisés, ils n'étaient plus dans les années 1950 que quelques dizaines, métissés pour la plupart, résidant dans l'île Navarino sur la baie de Mejillones, d'où les autorités chiliennes les ont transférés près de la nouvelle base navale de Puerto Williams à Villa Ukika qualifié de village des derniers Yaghans. Le dernier Yaghan non métissé, Felipe Alvarez y est décédé en 1977. Des deux dernières Yaghanes de souche, les soeurs Calderon, Ursula est morte en 2003 à l'âge de 77 ans, ne laissant plus que sa cadette Cristina née en 1928.

 

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                    Derniers Alakalufs, photo Emperaire 1947

 

 

 

* Les Alakalufs ( ou Kawesqar). Vivant comme les Yaghans à bord de leurs canots, ils sillonnaient pour leur part vers l'ouest les multiples canaux du littoral du Pacifique. De longue date maltraités par les équipages de passage par le détroit de Magellan, littéralement clochardisés dès le courant du XIXe siècle, où ils étaient encore quelques milliers, les Kawesqar n'étaient déjà plus qu'une centaine au début du XXe siècle, parqués en 1940 par le gouvernement chilien près de sa base d'hydravions de Puerto Eden sur l'île Wellington. Le recensement de 1971 fait état de 47 Kawesqars au Chili, la "calypso" du commandant Cousteau de passage à Puerto Eden en 1978  n'y en trouve qu'une vingtaine. Les 15 dernières Kawesqars recensés en 2006 survivent misérablement à Puerto Eden. Il n'y en aurait plus que 6 authentiquement de souche en 2009 au passage de l'expédition, de Christian Clot.

 

 

 

Danseurs du Hain,photo Gusinde,1923

                                  Danseurs du HAIN, photo Gusinde 1923

 

 

EXTINCTION, EXTERMINATION

 

 

 

Au bout de leurs milliers d'années d'une existence adaptée aux conditions les plus inimaginables de la planète, découverts par les blancs, les Fuégiens n'ont été considérés que comme des sauvages, des spécimens d'une humanité primitive, voire

des sous-hommes. Ils ont donc été traités comme tels, expulsés de leurs territoires par les chercheurs d'or et les éleveurs de troupeaux, chassés comme des bêtes, abattus ou parqués, certains même exhibés comme les onze Onas exposés dans des cages de fer à l'expo de Paris de 1889.

D'autres motivations comme celles de les "civiliser" et de les christianiser contribuent non moins radicalement à leur extermination. Lavés et habillés à l'européenne, ils n'ont plus les protections naturelles qui permettaient à leurs organismes d'affronter le climat et sont au contraire exposés à toutes les épidémies, tuberculose, typhus, varicelle. La rougeole importée en 1884 par une expédition venue de Buenos-Aires élimine d'un coup plus de la moitié des quelques 1000 Yaghans de la Terre de Feu.

Sédentarisés de force, amputés de leur héritage socio-culturel, les rares survivants soit se clochardisent, soit sombrent dans la mélancolie et le silence, se refusant même à parler leur propre langue devant leurs oppresseurs.

 

 

 

Femmes-yaghanes-devant-leur-hutte-photo-la-Romanche-1882.jpeg

                       Femmes yaghanes devant leur hutte, photo la Romanche 18....

 

 

LES CONNAITRE

 

 

 

Si l'aviso français " La Romanche" en mission en 1882-1883 pour l'année polaire internationale a rapporté 323 précieuses photographies des Yaghans rencontrés ( qui succomberont à une épidémie de tuberculose après son départ), la recherche d'une connaissance ethnologique et anthropologique sérieuse et sans préjugés des ethnies fuégiennes n'a commencé qu'alors que leur extinction était déjà en phase finale.

 

* En 1910, le missionnaire salésien Alberto Maria de Agostini ( 1883-1960), ethnologue, géographe, photographe, alpiniste, commence l'exploration des terres magellanes, avec escalade des sommets et séjours auprès des populations locales. Il écrira 22 ouvrages de ses "Trente années en Terre de Feu" et témoignera de ses contacts avec les Fuégiens par de nombreuses photos et un film, "Terre magellane" en 1928.

 

* Entre 1918 et 1924, le missionnaire autrichien Martin Gusinde ( 1886-1969) fait quatre expéditions en Terre de Feu. Il y rencontre les indigènes fuégiens dont il dénonce l'extermination et procède à l'étude minutieuse de leurs cultures accompagnée de centaines de photos, Onas en 1918/1919, Yaghans en 1919/1922, Alakalufs en 1922/1924. Il consacrera les quarante années suivantes à l'écriture des ouvrages relatant et commentant son expérience.

 

* Entre 1946 et 1948, l'ethnologue français José Empéraire ( 1912-1958) partage à Puerto Eden la vie des derniers Alakalufs, dont le nombre passe de 99 à 88 dans ces deux seules années. Il consigne dans son livre " Les nomades de la mer" son ultime témoignage de ce qu'avait été le quotidien de cette ethnie partiquement éteinte depuis.

 

* L'ethno-antropologue franco-étatsunienne Anne Chapman ( 1922-2010) recueille en 1964 les récits de Lola Kiepja, selkman presque nonagénaire, reconstruit avec elle une généalogie de quelque 3.000 membres de l'ethnie selkman. Après la mort de Lola en 1966, Anne Chapman réalise un film documentaire " El pueblo Ona", basé sur les souvenirs et les réflexions d'Anjela Loij, alors seule survivante selkman qui mourra en 1974. En 1985, elle travaille avec les quatre dernières femmes yaghanes à Puerto Williams et recueille notamment les très riches récits de l'une d'elles Cristina Calderon.

 

* A quoi il convient d'ajouter le livre de "Aux confins de la terre, une vie en Terre de Feu ( 1874-1910)" de E. Lucas Bridges, fils du pasteur anglais Thomas Bridges, qui relate dans le détail et avec sympathie ses plus de trente années de relations avec son environnement yaghan et ona.

 

 

 Villa Ukika,photo Pablo Helguera

 Villa Ukika, photo Pablo Helguera

 

 

 

Démentant les appréciations sommaires et méprisantes qui faisaient des Fuégiens " les plus ignobles brutes de la race humaine" ( Thomas Mayne-Reid, 1878), ces études ethnographiques doublées de contacts humains ont mis en lumière l'extraordinaire richesse culturelle de ces peuples.

Comme leurs modes de vie, leurs coutumes exprimaient leur connivence étroite avec une nature terrible dans tous ses aspects : le relief, le froid, les ressources rares. Il est ainsi apparu que les amas énormes de coquilles de mollusques formant des tumulus au long des rives du canal Beagle étaient non des détritus accumulés là par les Yaghans mais une expression monumentale de leur reconnaissance en ne rejetant pas à la mer ce qu'elle leur avait donné pour se nourrir. Edifiés au fil des siècles, ces conchales, visibles de loin, escales d'une ou plusieurs nuits pour les "nomades de la mer" se sont avérées être un substrat ancestral de la société comme de la culture yaghanes.

Alors que Darwin avait assuré qu'ils ne parlaient "pas plus d'une centaine de mots", ces études ont établi que les langues parlées par les Fuégiens étaient d"une considérable diversité de vocabulaire permettant une expression complexe et précise.

 

En témoigne, quand ces langues ont aujourd'hui pratiquement totalement disparu, le dictionnaire yamane-anglais de 32.000 mots et inflexions que le pasteur Thomas Bridges s'était dès les années 1860 et jusqu'en 1879 attaché à dresser et qui n'a pau avoir son équivalent dans aucune des autres ethnies fuégiennes. José Empéraire avait, à Puerto Eden, rassemblé l'essentiel du non moins riche vocabulaire de l'alakaluf, alors que déjà personne ne le parlait plus. Ce qui a pu être recueilli de mythes et récits auprès des derniers survivants fait apparaître des langues comme les vecteurs de véritables littératures orales d'un  grand souffle d'inspiration et d'une émouvante poésie.

Après E.Lucas Bridges, Martin Gusinde, suivi par Anne Chapman se sont attachés à reconstituer le secret du Hain, spectaculaire et mystérieuse cérémonie initiatique des Onas dont le rituel immuable s'était transmis au fil des siècles, sinon des millénaires.

Martin Gusinde avait obtenu des Onas en 1923 la permission de faire des photos des acteurs nus et peints de ce qui aura été peut-être le plus vieux théâtre du monde. Anne Chapman a pu aussi enregistrer de Lola Kiepja l'une des dernières de ces Onas, une centaine de chants traditionnels ou chamaniques.

 

 

CRISTINA , LA DERNIERE DES YAGHANS

 

 

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                                      Cristina Calderon, la dernière yaghane

 

 

 

 

Si totalement les Aushs et les Onas et presque totalement les Alakalufs ont à ce jour disparu comme ethnies, se diluant silencieusement dans le métissage, l'histoire des Yaghans aura été un peu différente.

Il semblerait que dans les premières décennies du 20e siècle, pour échapper aux missionnaires et aux colons , les survivants aient cherché refuge dans les canaux voisins du Cap Horn, pour finalement s'établir au nord de l'île Navarino, sur les rives de la baie Mejillones bordant le canal Beagle.

De cette période subsiste un cimetière de 79 tombes datées de 1928 à 1959, l'une d'elles indiquant 1916 comme date de naissance du défunt à Mejillones.

En créant en 1953 la base navale de Puerto Williams, l'état chilien décide d'y placer sous sa surveillance en un lieu-dit Villa Ukika ce qui reste des Yaghans, essentiellement ceux de Mejillones qui y sont de 1955 à 1958 transplantés par l'armée.

Presque tous sont métissés, sauf exceptions d'ADN yaghan pur : Felipe Alvarez, le dernier des Yaghans mâles qui mourra en 1977, Rosa Yagan Lakutaia mourra en 1983, Ursula Calderon qui mourra en 2003 et sa soeur Cristina Calderon.

 

Dans ces dernières décennies du 20e siècle, les progrès de communication des  transports font que des relations et des images de la Terre de Feu touchent le monde entier. L'évolution des mentalités fait qu'on prête plus attention au sort des peuples premiers, dont les fuégiens. Ayant pratiquement fini de les faire disparaître, le Chili se découvre des avantages sans aucun rique à maintenant les honorer.

 

En 1976, le cimetière yaghan de Mejillones est déclaré monument national, en vertu d'une loi qui inclut également les conchales. Les obsèques d'Ursula Calderon en 2003 y sont vidéo-enregistrées. En 2007, un musée portant le nom de Martin Gusinde, consacré à la connaissance des Yaghans, est construit aux frais de l'état à Puerto Willaims.

En 2009, Cristina Calderon, dernière yaghane de souche et parlant encore la langue est déclarée " trésor vivant de l'humanité" par le comité national de la culture et des arts.

Martin Gonzales, fils de Cristina, est envoyé à Washington par le gouvernement pour une rencontre internationale des peuples indigènes.

Mais ces évolutions n'ont pas non plus laissé sans réagir les quelques dizaines de yaghans d'Ukika-Puerto-Williams, même métissé sauf Cristina Calderon.

 

En 2003, constitués en "groupe de travail du peuple yaghan" ils publient un manifeste demandant des mesures qui traduisent la reconnaissance de leur existence historique et actuelle ( qu'ainsi 'l'île Navarino et la mer adjacente soient déclarées territoire du peuple yaghan) et présentant des revendications intéressant leur communauté dans une série de domaines, économie, santé, éducation, culture etc...

Ils demandent au gouvernement chilien rien moins qu'un nouveau traité ( il ne leur sera concédé que la propriété de la surface d'Ukika).

 

 

 

Cette même année, âgée de 75 ans , Cristina Calderon participe à Codpa à la première rencontre du réseau chilien de femmes des peuples d'origine ( aymaras, mapuches, atacamas, kollas). Sa  fille Lidia Gonzalez Calderon anime le jardin d'enfants Ukika, créé en 1990, dédié à la valorisation de la culture yaghane. Cristina Zarraga, petite fille de Cristina Calderon, s'emploie à recueillir de la bouche de sa grand-mère contes, récits, choses de la vie yaghane : elle publie en 2005 son premier livre " Hai kur Mamashu shis" ( Je veux vous raconter une histoire) puis " hooa Usi Mitsana " ( Remède de ma terre), consacré à la médecine naturelle yaghane.

 

Quand Cristina Calderon s'éteindra et sera conduite au cimetière ancestral de la baie Mejillones, les télévisions de tous pays en diffuseront des images. A la différence de celle des Aushs, des Onas et des Alakalufs, la fin génétique des Yaghans ne sera pas une disparition mais un évènement d'audience mondiale.

L'humanité saura qu'elle aura perdu une part d'elle-même, minuscule, mais depuis 6.000 ans la plus résolue à exister dans la plus inhumaine extrémité du globe.

 

 

 

Robert Lechêne

 

 

Que je remercie sincèrement pour ce bel article.

 

Caroleone

 

 

 











 
















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