José Mujica : "Ce que le monde vit aujourd’hui, C’est une crise politique majeure …"

Publié le 1 Août 2013

José Mujica : "Ce que le monde vit aujourd’hui, C’est une crise politique majeure …"

Traduit par Maurice Lecomte

29 juillet 2013

http://www.cubadebate.cu/opinion/2013/07/29/jose-mujica-lo-que-hay-en-el-mundo-es-una-gran-crisis-politica/

Sur le point de repartir pour son pays, en exclusivité pour Presse Latine et Table Ronde, le Président d'Uruguay a commenté ses impressions sur la Cuba où il est revenu après plus d'une décennie, sur la lucidité de Fidel et les angoisses humaines qu'il partage avec le leader de la Révolution Cubaine, sur les excuses européennes à Evo et la demande caribéenne d'une indemnisation pour l'esclavage et aussi sur l’importance du dialogue pour la paix en Colombie et l'entrée du Venezuela au MERCOSUR, entre autres sujets.

Par Arleen Rodríguez Derivet (Mesa Redonda -Table Ronde)

et Odalys Troya Flores (Prensa Latina)

Une valise était prête dans un couloir proche, prélude à un départ immédiat et ceux qui sont soucieux de faciliter le dialogue remarquent deux choses : le tumulte incommode le Président, de telle sorte que si nous devons être quatre, nous n’avons pas à être huit pour le déploiement traditionnel de la technique que demande l'audiovisuel et, que nous disposons de moins d'une heure pour l'interview. Au bout d’un moment, il est apparu avec sa simplicité devenue une légende. Une veste verte en toile légère et un pantalon beige clair, en harmonie avec la saison. Après les salutations familières, sans prendre le temps pour les retouches que les caméras exigent, il était déjà assis en face des microphones, nous regardant avec ses yeux d'aigle dans l'attente des questions.

Arleen Rodriguez -A.R : Président,

"l'homme sortira de la préhistoire le jour où les casernes se convertiront en école",

avez-vous dit dans votre discours du 26 juillet à Santiago de Cuba lors de la célébration du 60ème anniversaire de l'Assaut de la Caserne Moncada. Je me demande si l’idée de considérer possible qu’un jour les casernes soient changées en écoles dans le monde entier est une phrase inspirée par la Moncada.

P. José Mujica -P.JM : c'est le stade de civilisation que nous vivons. Le développement technologique et scientifique de l'actuelle société crée des pouvoirs incommensurables pour le concept de guerre. La capacité de destruction potentielle qu’a la guerre contemporaine est quelque chose qui doit être confronté avec son prix humain.

On peut tuer à distance sans voir, ni savoir qui nous tuons. Et cela va être chaque jour plus intense. Nous avons à prendre conscience que la défense de la vie doit acquérir une autre échelle.

Il doit y avoir environ 10 puissances qui ont le pouvoir atomique, certains ne sont pas des grandes puissances : le Pakistan, l'Inde, Israël, la Corée du Nord. À tout moment peut apparaître un fou qui presse le bouton et après ? qui payera les conséquences ?

Pourquoi, de plus, les grandes puissances se réservent-elles le pouvoir de dissuasion nucléaire.

Sur la voie de la guerre sans appel l'Homme est l'une des plus grandes menaces pour la vie sur la planète. Il ne s'agit pas là d'un pacifisme niais de caractère religieux, non, c'est autre chose, il s’agit de la dimension acquise par la puissance technologique et scientifique appliquée à la guerre dans le monde actuel. Telle est la question, un sujet politique devant être discuté partout.

Et vous vous devez de redevenir un pacifiste actif parce que l'homme n'a jamais eu tant de capacité pour s'autodétruire lui même et que rien ne vaut plus que la vie humaine. C'est une manière de penser, d’autres peuvent en avoir une autre.

Le mot le plus fort du point de vue culturel est pour moi celui d’autodétermination à partir de la tolérance. Pour avoir l’estime de soi-même, il faut s'habituer à respecter ce qui est distinct et/ou différent, et il n’est finalement aucune richesse plus importante que celle de cultiver ce respect.

Maintenant, ceux qui croient avoir la vérité révélée et que ce qu'ils ont découvert est le dernier paradigme de l'évolution de l'homo sapiens, en plus d'avoir une position fanatique, travaillent dans le très court terme.

Inévitablement le monde globalisé se resserre de plus en plus, alors nous avons à organiser une philosophie et une manière de vivre avec un ensemble de valeurs qui nous permettent de vivre ensemble avec des contradictions et cela a comme base le respect de ce qui est différent.

Mais bien sûr, nous héritons du vieil État national avec la lutte pour nos propres intérêts respectifs. Je ne crois pas que le monde vive une crise écologique … ce qui existe dans le monde, c'est une crise politique.

L'homme a déclenché un type de civilisation qui n'a pas de gouvernance. Et c'est là où gît le problème. En réalité les problèmes écologiques sont la conséquence, ils ne sont pas la cause. C’est dans cette direction que nous avançons, je ne vais bien sûr pas détailler ici, du moins ai-je pris la liberté de le dire.

AR : Tout ceci se rapproche de ce que nous entendons venant de Fidel. Comment s’est passé votre rencontre avec Fidel ?

PJM : Remarquable, parce qu'évidemment Fidel est encyclopédique. Il a de vieilles préoccupations qui se reflètent dans le Fidel d'aujourd'hui.

Il ne se préoccupe de rien moins que de pouvoir obtenir et sélectionner des variétés de végétaux verts hautement protéiniques qui pouvaient être la base servant à préparer des rations concentrées permettant de réduire la consommation en grains des animaux.

Pour les gens qui ne sont pas familiers de ces sujets cela peut sembler une préoccupation secondaire. Je crois qu'elle a à voir avec l’alimentation humaine parce que les plus grands consommateurs de grains qui existent sont les animaux qui accompagnent l'homme.

Par exemple, les Chinois ont ordinairement besoin d’environ 700 millions de porcs. Un kilo de porc bien élevé leur coûte six à sept kilos d'aliment et ils ont aussi besoin d’environ 4.500 millions de poussins, et chaque kilo de poulet peut leur coûter autour de cinq kilos d’aliments, faites les multiplications, et je ne vous parle là que des Chinois.

Cela veut dire que la consommation de grains par les animaux qui nous accompagnent dans la vie et il faut rajouter ceux qui donnent du lait, …etcétéra, est d'un caractère colossal. La préoccupation que Fidel a devait préoccuper l'humanité.

Des végétaux existent ayant une feuille très protéinique. Sous mon climat, je suis dans un climat tempéré, il y a une vieille plante, arabe d'origine, la luzerne, luzerne veut dire bonne plante, elle a une composition en calcium et protéines avec des valeurs nutritives supérieures au maïs, par exemple.

Donc, le problème que Fidel se pose n'est pas une folie, et je le trouve passionné en cela qu’il expérimente. Et certains, ne connaissant rien de cela diront qu'il s’agit là de lubies d'un vieux. Non, non. Ce sont des préoccupations très sensées d'un homme préoccupé par ce qui arrive aux humains.

Et c'est aussi une leçon pour les jeunes gens qui peuvent le sentir parfois ennuyeux. À la vie il faut trouver un contenu, il faut chercher un contenu conformément aux circonstances. Et voilà en quoi je crois que Fidel est un exemple du comment une vieillesse peut se transformer en chose très utile.

AR : Avec d'autres mots, lors du Río+20 son discours semblait être chargé de la même angoisse qui le tourmentait 20 ans avant Río. Je veux dire, comment le marché pousse l'humanité dans une impasse, vers l'abîme.

P.JM : Si l'économie ne croît pas, nous avons une tragédie. Pour que l'économie croisse il faut stimuler la consommation, pour stimuler la consommation on dit maintenant "il faut innover". De vieilles choses sont souvent présentées sous de nouvelles formes pour exploiter le désir de variété et la curiosité que les êtres humains portent en eux-mêmes, cherchant toujours des choses différentes.

Ensuite, un système de très forte propagande en vue de cette exploitation de masse est le moteur du développement permanent et systématique de l'augmentation de la consommation parfois incongrue, parce que n’ayant pas précisément à voir avec le développement des biens matériels fondamentaux à la vie, mais au développement d'un nuage de consommation superflue qui par la suite fausse nos capacités matérielles à nous occuper de la consommation réellement fondamentale pour la vie humaine.

Tout ce que nous consommons n’a pas le même poids, mais [ce système] a en plus déformé les choses que nous sommes amenés à faire : la durée des ampoules doit être courte, les téléphones portables sont à renouveler tous les quatre mois et ainsi de suite.

Tout doit être utilisé et jeté de façon permanente, puis entassé comme ordures qu'après nous ne savons que faire. Après, avec les ordures nous avons un problème monstre et quand nous jetons toutes ces ordures, nous gaspillons de l’énergie humaine, des moyens matériels, et après nous nous plaignons de ce que nous avons attenté à la nature parce que nous avons construit une civilisation basée sur le gaspillage.

Comme Fidel, j’ai pensé que c'était une conséquence du capitalisme, mais au regard de la dimension atteinte je crois que c’est plus que cela. C'est évidemment une conséquence du capitalisme, mais à ce stade c’est un modèle de civilisation, parce qu’il s’agit d’un mal.

Il y a de nombreuses années je suis allé dans l’ancienne Union soviétique, à Lomonosov, et je portais une chemise en nylon qui venait de récemment paraitre, je parle des années 50. C'était une chemise insupportable, mais c'était une nouveauté et les étudiants soviétiques pauvres la regardaient. Ils ont voulu la négocier.

La magie qu’a la marchandise est particulière. Et les masses sont désarmées vis à vis de cela. Elles vont comme les mouches à la lumière et se rendent partout. Nous sommes en danger de cette culture subliminale.

Cela fait plus de 100 ans que Coca Cola fait sa propagande, il n'est pas fatigué de faire sa propagande, il renouvelle les méthodes et envoie, et envoie.

La sottise/l’absurdité est cette civilisation que nous avons montée, où il faut être toujours plus cruel. Ce n'est pas seulement que le capitalisme soit le modèle civilisateur, c’est que nous y soyons tous dedans.

Pour ma part je pense que la culture a un rôle important, la culture menée, et je pense avoir dit qu'il est plus facile de changer matériellement une société que de réaliser son changement culturel.

Et je ne plaide pas pour que l'homme retourne aux cavernes ou à une société primitive, non, ce n'est pas ça, il s’agit de sortir de la bêtise/du non-sens, ce qui est une autre histoire. Sortir de la bêtise.

AR : Le 26 juillet le Caricom a poursuivi l'Europe en vue d’une indemnisation de l'esclavage et ces jours derniers l'Europe s'est excusée auprès d’Evo Morales: quels commentaires ces deux nouvelles méritent-ils ?

PJM : Pour la seconde, Evo Morales, c’est une image de ce que sont capables d’obtenir les peuples latino-américains si nous avons l'intelligence et le courage de marcher ensemble, ce qui requiert d’accepter les diversités que nous avons à l'intérieur. Être moins juges entre nous et beaucoup plus solidaires.

Indubitablement, les excuses qu'ils ont accordées à Evo n’auraient jamais été obtenues si la Bolivie avait été seule à les réclamer, mais cela a été générique.


Je suis très content parce que cela s’est déroulé comme je l’avais pensé dès le début. J'ai dit intentionnellement dans un endroit adéquat qu’ils avaient mis les pieds dans un endroit où ils n’auraient pas dû et que l'unique porte de sortie était d'accepter de dire ouvertement "nous nous sommes trompés", et à la fin c’est ce qu’ils ont fait.

Je me réjouis parce que c'est une récompense et une reconnaissance, lorsque nous parvenons à prendre des décisions d’ensemble.

Nous, Latino-américains, nous n'avons jamais marché si près. Jamais. Je ne sais pas si c'est la sédimentation des vieilles luttes qui a créé une espèce de fertilité dans le sol social apparaissant maintenant dans cette jointure exprimée, avec des gouvernements d'un bord et de l'autre, les uns plus à gauche, les autres plus au centre, d’autres de centre-droit, et d’autres encore pouvant être catalogués plus de droite, et cependant s’accordant dans et pour certaines décisions.

Puissions-nous être humbles, ne pas être dogmatiques, ni sectaires avec ceux avec qui nous avons des divergences, ne pas nous jeter nos différences à la figure et nous donner tout ce dont nous avons tant besoin les uns des autres, car ensemble nous sommes forts, et dans ce monde malheureusement, ne dictent des conditions sur la scène internationale que les plus forts.

Pour l'autre, celle des caribéens, c’est une juste cause, et comme pour les africains quand ils réclament les centaines de millions qui leur ont été volés, je crois que l'Occident ne pourra jamais rembourser la dette qu'il a, mais la reconnaitre …

Il y a quelque temps, j'étais dans un pays, la Nouvelle-Zélande, les générations actuelles ont bien compris la dette qu'ils ont avec les Maoris, et elles y font face.

Cela se passe dans le monde contemporain, il y a des endroits où l'homme blanc indemnise les descendants des victimes exploitées de leurs générations précédentes, la Nouvelle-Zélande est un cas, et il faut le diffuser.

AR : Dans votre discours du 26 juillet à Santiago de Cuba on vous a vu très confortable malgré la chaleur, le soleil. Qu'est-ce que pensait Mujica après avoir écouté l'Amérique latine et les Caraïbes s'exprimer lors de cet évènement ?

PJM : Je viens du sud, Montevideo est la capitale la plus méridionale de toutes les capitales et le sud existe aussi comme un ensemble de culture et une manière d'être très différents de ceux des Caraïbes.

Notre sud, au Río de la Plata particulièrement, est un milieu critique, narquois, sceptique, mélancolique, nostalgique, il suffit d'écouter les paroles du tango pour en avoir une idée, pensez à ce que sont certains de nos écrivains, Benedetti, plutôt méditatif …

Aux Caraïbes, les gens ont quelque chose en lien avec l’éclosion de la nature, avec la forêt tropicale, luxurieuse, bavarde, sociable, terriblement joyeuse et où il y a eu une forte pénétration de la négritude. Il y a en effet une culture musicale qui passe par les hanches qui lui donne un ton proverbial.

Il n’est pas étonnant que mon discours ait été un peu différent. Che était différent, acide comme le diable et agitateur. Il a apporté de sa culture au Rio de la Plata, mais bon nous parlons la même langue, nous nous comprenons parfaitement. Nous avons participé ensemble à une série de rêves communs.

Ma génération a été très ébranlée par la Révolution cubaine.

J'appartiens à un petit pays qui, dans les années 1920 et 1930, avait un revenu par tête d’habitant que pouvait avoir la France ou la Belgique, un pays qu'ils ont été amenés à nommer la Suisse de l'Amérique. Il n'a pas été celui que j'ai connu. C’est celui dans lequel je suis né, mais il est mort quand je suis né.

Ensuite, ma génération a assisté à sa décadence. Quand tu vis bien et que tu dois abruptement reculer tu subis beaucoup plus que quand tu es habitué à n’avoir pas beaucoup pour avoir manqué toute ta vie.

Les pauvres formés dans la pauvreté ont une énorme force et une énorme résignation. Lorsque les choses s’améliorent un peu, les précédentes tombent dans l’oubli et quand un coup dur se présente, le désespoir se répand. C’est ce qui est arrivé à ma génération, comme en Argentine aussi.

En réalité la moitié du produit intérieur brut latino-américain des années 30 était argentin. Tout cela a abruptement changé avec les relations d'échange après la deuxième Guerre mondiale. Nous avons alors assisté à un autre monde et voilà que nous commençons à paraître au reste de l'Amérique latine.

Notre culture, notre manière d'être expriment aussi notre histoire.

Odalys Troya Flores -OTF : Vous vous êtes rapporté il y a quelques minutes à l'unité réalisée en Amérique latine et ce comme jamais, ce qui nous rapproche du rêve des libérateurs. Cependant cette intégration comporte des dangers, tant à l'intérieur du continent que depuis son extérieur: pouvez-vous nous en parler ?

P.JM: Oui, il y aura toujours des dangers. Le plus grand danger, c'est nous-mêmes, que l’Etat national nous tende un piège, que les intérêts légitimes de chacun de nos peuples, parfois, nous raccourcissent la vision et nous conduisent à des attitudes d'auto-défense qui soient profondément égoïstes.

Ensuite, il y a l'autre danger, celui venant du dehors, le chant des sirènes pouvant nous parvenir et nous désorienter à partir des tensions que nous avons sur la région autour du marché mondial et qui sont très fortes.

Par exemple, ce que je veux dire. Le principal client du Brésil, de l'Argentine, du Paraguay, de l'Uruguay c’est la République Populaire de Chine. C’est actuellement le principal acheteur, et il est très difficile de renoncer à cette région, mais il faut aussi avoir une politique intelligente parce que la vente de masse des matériaux se réalise à moindre coût - et heureusement qu'ils ont amélioré les termes de l'échange ...

Notre processus d'industrialisation nationale n'est pas facile parce que la grande compétitivité des produits manufacturés chinois est pour nous incompatible. D'un côté vous avons à vendre et de l'autre nous devons être prudents pour ne pas nous désindustrialiser. Voyez ce stress.

Ensuite, nous avons les organisations internationales et la politique des États-Unis qui sont pour nous des clients tout à fait secondaires et à qui nous achetons trois, quatre pour cent. Ils ont pris leur retraite d’une grande partie de cette région.

Si nous parlons de l'investissement de l'impérialisme dans notre pays, c’est à rire. L'impérialisme n'investit pas un sou depuis des années. Ceux qui investissent, ce sont d'autres. Il y a des changements qui sont très importants.

Nous avons un gigantesque marché potentiel intérieur, ce sont les pauvres d’Amérique latine. C'est le plus grand marché direct que nous ayons et nous devons avoir des politiques visant à le développer en misant sur la croissance de ce marché.

Mais nous aurons inévitablement des obstacles dans le monde, mais nous aurons aussi une aide. Comment nous en sortirons-nous ? Je ne sais pas. Dans l'histoire il n'y a rien de préfixé, cela dépendra de la lutte que nous allons mener.

Je pense que le Brésil doit assumer une position de leadership incontesté, parce que c'est qui a plus de poids, qui dirige la paie pour le dîner, et qu'il devrait le comprendre. Je n'ai aucun doute que les décideurs politiques brésiliens le comprennent parfaitement. Mais j’ai peur que certaines forces économiques du Brésil ne le comprennent pas, et c'est là une contradiction dangereuse.

Nous n'avons pas d'avenir rectiligne prédéterminé. Ce que nous avons réalisé peut éclater en morceaux, tout dépend de la maturité dont nous ferons preuve et que serons en mesure de gérer.

OTF: Le 15 Août Horacio Cartes doit assumer la présidence du Paraguay, et le pays doit réintégrer le Marché commun du Sud (Mercosur), sans embrayer sur la demande des groupes d'extrême droite, que la présidence pro tempore du bloc que le Venezuela détient maintenant soit transférée au Paraguay, que pensez-vous de cette position, et quelle importance pensez-vous que le groupe accorde au Venezuela?

P.JM: Je suis prêt à signer pour faire cadeau au Paraguay de toutes les présidences qu’il voudrait jouer au Mercosur. Il n'y a pas de problème. En ce qui concerne le Mercosur, il s'agit d'une présidence d'aspect décoratif, la réalité est ailleurs et contourne la présidence. Mais il y aura des hommes qui pensent que c'est une chose importante. La vie est compliquée, rien de plus.

Concernant spécifiquement le rôle du Paraguay dans le Mercosur. Le Paraguay ne conviendra à aucun pays composant le Mercosur en raison de sa position méditerranéenne sur le continent. Le Paraná et la rivière La Plata quittent le Paraguay, cela se passe un peu comme ça pour la Bolivie, vous ne pouvez n’en sortir ni d’un côté, ni de l’autre. La communication est un fait stratégique.

Et attention, la sanction qui a été prise est plutôt symbolique et n'a rien à voir avec l'économie, car le commerce n'est pas arrêté ou la circulation bloquée. Et je pense que le gouvernement qui adviendra au Paraguay aura beaucoup de pragmatisme et d'intelligence pour comprendre ces choses.

En ce qui concerne le Venezuela, c’est le pays le plus menacé en Amérique latine, tout simplement parce qu'il a beaucoup de pétrole. Les dernières années ont démontré que c’est le pétrole qui lui vaut ces agressions.

La protection du Mercosur contribue à renforcer sa respectabilité, non pas parce que le Mercosur est une puissance militaire de dissuasion, mais politiquement, principalement par le poids du Brésil dont l’effet contribue à devoir penser trois fois chaque aventure.

J'ai confiance dans une partie de la société américaine, vous ne pouvez pas tout mettre dans le même sac.

Mais il y a des secteurs de la société américaine carrément agressifs, mais heureusement pas tous aux Etats-Unis. Je pense qu'il y a des courants plus politiques de personnes indépendantes qui ont une autre tête. On ne peut pas commettre la grossièreté de simplifier les choses qui sont complexes.

Il convient d’essayez de ne pas alimenter par les circonstances cette partie la plus réactionnaire de la puissante société nord-américaine, et je pense qu'un solide système d'alliance permet de penser cela.

Et le Mercosur sera fonction de la présence du Venezuela, qui assure le pouvoir de l’alliance. Avec le Venezuela, le Mercosur devient une puissance, il faut énormément multiplier son potentiel.

Mais je ne vois pas le Mercosur comme une tâche définitive et terminée, le Mercosur est le poumon de la lutte pour l'unité sud-américaine et, si possible plus. Il faudra aussi convaincre le Brésil de cela. Le Gouvernement brésilien l’entend, mais la société brésilienne comme dans tout grand pays est préoccupée par les problèmes internes.

Nous avons de nombreux défis à relever, nous n'avons encore atteint aucun succès.

OTF: A propos d'un autre élément du contexte latino-américain, vous avez dit que le processus de paix en Colombie a "une importance cruciale", et même le président Juan Manuel Santos a dit qu'il veut que vous suiviez de près ce processus. Quelles sont vos considérations à cet égard?

PJM: Vous devez vous reporter à ce que j'ai dit plus tôt, relativement aux raisons faisant que je crois qu'aujourd'hui, la guerre n'est pas une réponse.

Pourquoi considérer que le processus de paix est le phénomène politique le plus important qui se passe dans l'Amérique d'aujourd'hui? Parce que c'est la garantie d'éviter une intervention, parce que c'est une garantie qu'il n'y ait pas de risque d’explosion qui traîne sur le continent suite à une quantité de choses qui sont imprévisibles.

On ne peut pas jouer à l'apprenti sorcier, il ne faut pas donner une mitrailleuse à un singe, un singe est une belle créature, mais vous ne devez pas faire ça.

Une guerre qui se poursuit encore, sans horizon et sans issue, autre qu’être le poison de la société dans son ensemble est aussi une occasion d'aventure pour ceux qui viennent de l'extérieur. Une intervention, c’est ce dont nous n’avons vraiment pas besoin.

La Colombie est un pays au potentiel énorme qui est à l'angle de deux océans, qui a accès aux deux sites, une jungle merveilleuse.

Il est facile de démonter que cette chose qui dure depuis 50 ans doit avoir généré beaucoup de colère, beaucoup de blessures, de nombreuses blessures et que les hommes ont amplement intériorisé le désir de régler de vieux comptes.

Donc, nous essayons d'aider autant que nous le pouvons et je félicite Cuba pour la main qu’il donne ainsi que la Norvège pour la garantie qu’elle offre.

Et j'ai aussi demandé au Pape [de s’engager] parce que la société colombienne est très catholique. Et les sermons dans toutes les églises peuvent aider à créer une opinion favorable.

Il nous faut aussi reconnaître les difficultés. Plus une guerre s’est prolongée, plus il est nécessaire de cultiver les antidotes à la haine qui a été générée.

OTF: En Octobre 2014, il y aura des élections en Uruguay, quelles sont les attentes du Frente Amplio -Front Large ?

PJM: Nous pensons que nous allons suivre notre projet, nous prenons le temps, nous sommes lents, nous jetons un petit pont, ruminons, sommes comme nous sommes. Je pense que l'expérience du Front élargi va se poursuivre et donc fondamentalement politique durant ces huit années où ont été mis en œuvre les principaux axes [de cette politique] qui sera maintenue et affirmée. Je suis optimiste.

●●●

Il s’agit effectivement de politique,

celle des peuples à l’encontre de celle des marchés,

à savoir la bourgeoisie prédatrice impériale.

Soit de l’économie politique[à l’attention du peuple = gouvernance],

soit de l’économie[aveugle au peuple = non gouvernance].

En outre, José Mujica a connu la dégringolade de la Suisse d’Amérique. C’est à mon avis ce que nous sommes présentement en train de vivre sous nos latitudes, depuis notamment l’intégration de la France dans la fameuse Europe au mépris de la position de son peuple exprimée en 2005. Nous résignerons-nous à notre propre décadence, où bien réagirons-nous ? Telle est, en ce qui concerne notre peuple, la question politique.

ML

Source : Maurice Lecomte que je remercie vivement

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Uruguay

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