Cameroun / Gabon : Les baka

Publié le 14 Juillet 2013

Cameroun / Gabon : Les baka
Les baka

Peuple forestier semi-nomade chasseur-cueilleur d’Afrique centrale qui vit au Cameroun (au sud est) et au Gabon.

C’est le plus vieux peuple du continent noir, celui de l’Afrique centrale.

Population : 30 à 40.000 personnes

Langue : baka

Ce sont des pygmées.

Le terme pygmée a acquis une connotation péjorative pourtant pour certains groupes il est un facteur d’identité.

Les pygmées doivent leur nom à leur petite taille, qui est comprise entre 1.40m et 1.60m suivant les régions où ils vivent. Leur origine est mystérieuse car ils n’ont pas de langue propre ni de mythes fondateurs et ne se connaissent pas les unes les autres.

Cameroun / Gabon : Les baka
Peuple de la forêt

Ils entretiennent ou ont entretenu des liens très étroits avec la forêt qui les protège et leur offre tout ce dont ils ont besoin pour survivre. Elle est un élément de leur identité, l’esprit de la forêt Jengi est un terme commun lié à tous les peuples pygmées. La forêt constitue un repère spirituel source de leur religion, un refuge matériel, leur permet de soigner.

Histoire

Pour reconstituer les fils ténus qui subsistent entre les populations actuelles, huit laboratoires du CNRS, du Muséum national d'histoire naturelle, de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) et de l'Institut Pasteur se sont livrés à une patiente étude que vient de publier la revue Current Biology. Les chercheurs ont pu établir un modèle historique de pa­renté entre 604 personnes du Ca­meroun, du Gabon et du Congo, dont des Pygmées Baka, Koya, Bongo, Bezan et Kola, en étudiant une vingtaine de leurs marqueurs génétiques. «Grâce à un programme informatique mis au point par l'équipe d'Arnaud Estoup à l'Inra de Montpellier, nous avons pu tester plusieurs millions de possibilités d'évolution historique, indique Paul Verdu, chercheur au Musée de l'homme, à Paris et premier au­teur de l'étude. Le scénario le plus compatible avec la situation génétique actuelle montre une origine commune de tous les Pygmées de l'Ouest, qui remonte à plus de 54 000 ans, et le début de leur fragmentation en divers peuplements il y a environ 2 800 ans.»(le figaro)

Cameroun / Gabon : Les baka
La chasse, la cueillette

Elle est pratiquée à l’aide d’arcs et de flèches ou de filets et de lances. Le gibier privilégié est le porc-épic, l’antilope (lance et filets).

Ils cueillent les champignons, les racines comestibles, les ignames, les baies, les noix, les chenilles, les plantes médicinales et collectent le miel.

Clans et lignages

La parenté repose sur une organisation clanique et lignagère. Elle s’établit par le principe de l’unilinéarité (filiation patrilinéaire et matrilinéaire) selon l’aire géographique.

La structure familiale

Elle est sur la base de la famille élargie avec des rapports bien distincts entre les membres qui ont des obligations mutuelles.

Le mariage est exogame, les membres d’une même tribu ne peuvent se marier, ils doivent aller chercher un conjoint dans une autre communauté. Désobéir à cette règle entraîne une condamnation de l’inceste et peut aller jusqu’à l’exclusion. L’adultère est une faute grave, les baka privilégient donc la monogamie.

Pour se marier l’homme doit subir des rites initiatiques (circoncision ou beka’a, épreuve de maturité). La jeune fille doit être nubile et posséder des qualités de bonne épouse : respect de la belle famille, courage, endurance au travail, obéissance au mari, capacité à éduquer des enfants.

Les rôles de chacun

Ils doivent respecter les aînés, les adultes doivent protéger les personnes faibles.

Les anciens

Ils représentent la sagesse et l’expérience accumulée au long de la vie, ils jouent un rôle de pater familiaris et transmettent aux jeunes générations leurs savoirs.

L’enfant

Il est synonyme de bonheur et d’unité de la famille. Il est le garant de la continuité et de la pérennité de cette famille. Mais il est d’abord l’enfant du peuple et in doit rendre celui-ci fier de lui. Il doit obéissance à ses parents et aux adultes il on le charge parfois de commissions dont il peut s’acquitter grâce à sa rapidité et sa force.

L’homme

Il doit défendre son foyer et sa famille et assurer leur subsistance. Il s’occupe de l’éducation des garçons une fois que ceux-ci ne sont plus confiés à leur mère les premières années de leur vie. A l’adolescence les garçons participent à la chasse, à la cueillette et apprennent les activités masculines qui les prépareront à leur futur rôle de chef de famille baka.

L’homme veille au maintien culturel et il est garant des traditions ancestrales mais il ne prend pas de décisions sans l’accord de sa femme.

La femme

Elle a de lourdes responsabilités, elle gère l’éducation des enfants, elle s’occupe des tâches ménagères, elle construit le mongulu et prend des décisions importantes pour la gestion de la famille. Elle est aussi gardienne des traditions qu’elle transmet aux enfants.

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Habitation

Le lieu de vie s’appelle le « bâlâ », c’est un campement se trouvant en pleine forêt proche d’un cours d’eau. Il est composé de plusieurs familles disséminées à travers la campement avec une salle commune pour les hommes qui est située dans un endroit surélevé. Une salle commune principale est située à l’entrée du campement qui permet aux visiteurs de prendre place à leur arrivée et où le chef reçoit ces derniers.

La hutte se nomme le « mongulu ». elle est construite par les femmes qui apprennent la construction aux filles qui apprennent surtout par l’observation. Cet acte donne à la femme baka une grande responsabilité dans la communauté et les hommes ne peuvent alors prendre de décisions sans la consulter.

Le mongulu est construit avec des branches de jeunes arbustes longues de 2 mètres auxquelles on a enlevé toutes les feuilles. Ils sont enfoncés en arc de cercle formant la base et l’armature, les sommets se rejoignant pour former une voûte.

D’autres arbustes sont assemblés en quadrillage pour la toiture, la femme place des feuilles de marantacées disposées en écailles de poisson pour recouvrir le tout.

Il n’ y a qu’une seule pièce dans l’habitation. La promiscuité y augmente la chaleur parfois nécessaire pour lutter contre le froid. Le feu y est toujours allumé car il chasse les moustiques et éloigne les animaux féroces. Il n’y a pas de meubles, le lit est constitué de fougères étendues au sol. L’habitat change de nos jours du fait de la sédentarisation.

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Pratiques rituelles

Elle sert à la prédiction du futur, à favoriser la chasse grâce à l’intervention des esprits, à rétablir l’ordre au niveau de la communauté, à susciter la bienveillance de l’esprit de la forêt.

Le jengi donne aux hommes et à la communauté accès à la protection de la forêt ainsi que le pouvoir de garder les esprits de la famille du jengi qui marchent à côté des éléphants et guident le gibier vers les chasseurs.

Croyances

Ils croient en un dieu créateur nommé Komba qui est un être suprême ayant créée l’univers dans lequel vivent les hommes mais un dieu de la forêt existe, fort important aussi nommé Edjengui. Les baka croient en une vie après la mort, les « més » (esprits) peuplent la forêt dans un sanctuaire dans lequel ils peuvent se réincarner dans un animal ou un arbre. Leurs croyances sont totémiques, avec l’existence de tabous : interdiction de consommer certains animaux, d’abattre certains arbres considérés comme des totems.

Quelques interdits :

Aux femmes enceintes :

  • Interdiction d’uriner dans un cours d’eau = risque d’avortement
  • Interdiction d’avoir des rapports sexuels avec un autre homme que le mari = complications au moment de l’accouchement

A l’homme dont la femme est enceinte

  • Interdiction de tuer un animal = mort du fœtus ou avortement de la femme

Sédentarisation

Ils essaient de se sédentariser (je serais tentée de dire par la force des choses) et se rapprochent des agriculteurs bantou. La cohabitation est difficile car les baka sont victimes de racisme et asservis et exploités. Ils aident les bantou à défricher les plantations de cacao, de bananes plantain et participent aux travaux des champs, ils chassent pour les bantou. Certains sont repoussés par les exploitants agricoles et se replient dans la forêt.

Les problèmes qu’ils rencontrent

Ils n’ont aucun accès à l’éducation ou très peu et ne sont pas consultés pour les prises de décision les concernant, concernant leurs territoires, ce qui complique fortement leur combat pour les terres.

Racisme

Une forte idéologie raciste se cache derrière les problèmes rencontrés en général par les peuples de la forêt. Pour les éleveurs et les communautés pastorales de la région, les peuples de la forêt ne possèdent ni terre ni bétail et sont des arriérés, des misérables ou des êtres inférieurs et ils sont traités comme une caste d’intouchables.

Expropriation des terres

Les peuples de la forêt sont menacés de nos jours car ils sont expulsés de leurs terres forestières traditionnelles pour laisser la place à l’exploitation forestière et minière, aux parcs nationaux et de conservation, à l’agroforesterie et l’agriculture. Ils sont appauvris, marginalisés, ils perdent peu à peu leur bagage de diversité culturelle et leurs moyens de survie.

Les communautés baka ont été contraintes de quitter leurs terres et abandonner le mode de vie nomade. Ils vivent la plupart dans des campements le long des routes et ils sont victimes de discrimination et d’atteintes aux droits humains de la part de la société dominante. Ils sont soumis à la pauvreté et la malnutrition, à l’alcoolisme et leurs droits qui sont sensés les protéger ne sont pas mis en application par le Cameroun.

Des conventions existent dans ces pays, telle que la charte africaine des droits de l’homme et des peuples mais ils n’ont pas ratifié la convention 169 de l4OIT en faveur de la reconnaissance des terres ancestrales.

Leur dépendance de la forêt devient de plus en plus difficile à mesure que la production de celle-ci diminue à cause de la pression démographique et de la récolte excessive. Les gardes forestiers de plus contrôlent l’accès aux forêts et empêchent les baka de chasser le gibier même à des fins de subsistance. Ils leurs confisquent le produit de leur chasse et le consomment eux-mêmes.

Extraction minière, exploitation forestière

L’extraction minière (cobalt entre autre) et l’exploitation du bois (ébène) sont des secteurs majeurs où le Cameroun espère faire d’énormes profits pour son plan de développement à l’horizon de 2035. Ces secteurs fournissent ¼ des revenus d’exportation du Cameroun.

AFRIQUE CENTRALE - PYGMEES
Déclaration des Pygmées d’Afrique Centrale au Forum International d’Impfondo

Gos G. Lenckonov/CSA, du 17/04/2007

Revendications

1- Nous réaffirmons le droit inhérent des peuples autochtones à l’autodétermination ;

2- Nous, les peuples autochtones, sommes les détenteurs des droits légitimes sur nos forêts et non de simples parties prenantes ;

3- Demandons l’implication des peuples autochtones dans la mise en œuvre du Plan de Convergence de la COMIFAC et d’envisager à long terme la révision de ce plan pour mieux prendre en compte les droits des peuples autochtones dans la gestion durable et la conservation des forêts d’Afrique Centrale ;

4- Nous attirons une attention spéciale aux graves problèmes de l’expulsion forcée et de l’exclusion systématique des peuples autochtones de leurs terres et territoires lors de la création des concessions forestières et des aires protégées en Afrique, ainsi que dans d’autres parties de l’Afrique Centrale ;

5- Nous réclamons ainsi un arrêt immédiat de ces pratiques qui aboutissent à la destruction des nos modes de vie et condamnons cette forme de génocide culturel ;

6- Les droits ancestraux et coutumiers des peuples autochtones sur leurs terres, forêts et ressources naturelles doivent être reconnus, respectés et protégés. Dans les cas où nos forêts ont été spoliées et décimées, celles-ci doivent nous être restituées et une compensation rapide, juste, équitable et valable convenue de manière pleinement transparente, participative et culturellement appropriée doit être prévue conformément aux conventions ;

7- Nous refusons catégoriquement toute politique sur les forêts qui promeut la discrimination, l’exclusion et l’expulsion des peuples autochtones de leurs territoires entonnant ainsi leur appauvrissement ;

8- Nous demandons aux Etats et aux partenaires au développement d’apporter leur soutien aux droits civiques, politiques, économiques, sociaux et culturels dans toutes les politiques, programmes, projets et activités relatives à la mise en œuvre du plan d’action sous-régional des peuples autochtones de l’Afrique centrale ;

9- Lors de l’établissement des politiques de gestion des forêts, le consentement libre et préalable et informé des peuples autochtones concernés doit être obtenu. Une évaluation appropriée d’impact social et culturel doit être réalisé ;

10- Les Etats devaient reconnaître l’intégrité culturelle des peuples autochtones et assurer l’intégration des systèmes collectifs de gestion traditionnelle comme un fondement pour la gestion des forêts ;

11- Nous recommandons aux Etats et aux partenaires de développement acquis à la cause des autochtones, de faciliter la mise en œuvre effective et à court terme du Plan d’action du Réseau des peuples autochtones ;

12 – Nous demandons à ce forum de reconnaître qu’à travers la protection et la promotion des droits des peuples autochtones, en reconnaissant et en intégrant nos visions dynamiques et évolustiques, nous n’assurons pas seulement notre avenir, mais l’avenir de l’humanité et une justice sociale et environnementale pour tous ;

13- Nous invitons l’ensemble des acteurs à une synergie commune autour du REPALEAC ;

14- Renforcer le partenariat avec les autres réseaux spécialisés et les associations des autochtones ;

15- Appuyer la traduction en langues des peuples autochtones de la convention 169 de l’OIT ;

16- Soutenir et vulgariser la méthode MAPAPI (Méthode d’action participative pygmée) au sein du REPALEAC ;

17- Elaborer les outils de suivi et évaluation du REPALEAC* ;

18- Nous souhaitons la tenue du FIPAC après chaque trois ans.

Fait à Impfondo, le 13 avril 2007

*Repaleac : Le Réseau des Populations Autochtones et Locales pour la gestion durable des Ecosystèmes forestiers d’Afrique Centrale

Sources :Ndoedjemichel.overblog, le bâton de parole, GITPA, wikipédia, survival

Rédigé par caroleone

Publié dans #indigènes et indiens

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