Brésil / Pérou : Le peuple Matsés

Publié le 26 Juillet 2013

© Rebecca Spooner/Survival

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Les matsés

Peuple indigène qui vit au Brésil (Amazonas) et au Pérou.

Les communautés sont situées le long du Rio Javari à l’extrémité ouest de l’Amazonie brésilienne et ils vivent sur un territoire autochtone (IT) nommé Vale do Javari avec d’autres peuples de langue pano et de la famille des langues katukine.

Au Brésil le territoire matsés est approuvé depuis 2001 et couvre 8.519.800 hectares.

Huit collectivités habitent le long du rio Javari et une communauté vit à la frontière (90 personnes)

Au Pérou, il y a 14 communautés dans une réserve indigène de 452.732 hectares nommé « Comunidad nativa matsès ».

La frontière internationale est constituée par la rivière Yaquerena.

Langue : pano

Terres indigènes au Brésil (Amazonas)

  • T.I Marajaí - 1196 hectares, 543 personnes, réserve homologuée. Ville : Alvarães.
  • T.I Vale do Javari  8.544.480 d’hectares, 6978 personnes. Réserve homologuée. Villes : Atalaia do Norte, Benjamin Constant, Jutai, São Paulo de Olivença. 26 peuples y vivent : Isolés de l’Alto Jutai, isolés de l’igarapé Alerta, isolés de l’igarapé Amburus, isolés de l’igarapé Cravo, isolés de l’igarapé Flecheira, isolés de l’igarapé Inferno, isolés de l’igarapé Lambança, isolés de l’igarapé Nauá, isolés de l’igarapé Pedro Lopes, isolés de l’igarapé São José, isolés de l’igarapé São Salvador, isolés du Jandiatuba, isolés du rio Bóia/Curuena, isolés du rio Pedra, isolés du rio Quixito, isolés Korubo. Peuple Kanamari (langue katukina), peuple Korubo (langue pano), peuple Kulina pano (langue pano), peuple Marubo (langue pano), peuple Matis (peuple pano), peuple Matsès (langue pano), peuple Tsoham Dyapa (langue katukina).

 

Brésil / Pérou : Le peuple Matsés

Au Brésil, le nom est polysémique (qui a deux sens différents) : il désigne les personnes connues sous ce nom en opposition à d’autres, les populations autochtones par opposition aux non –autochtones (appelés chotac) ou bien il veut dire le peuple, en opposition à d’autres peuples.

Au Pérou, le nom est un ethnonyme.

Autre nom : mayoruna (du quechua : mayu= rivière et runa = peuple) nom utilisé dès le 17e siècle par les colonisateurs et les missionnaires.

Population :

Brésil : 1700 personnes (2016)

Pérou :  2500 personnes (2016)

C’est le plus grand des groupes actuels du sous-ensemble au sein du pano du nord.

Dans ce sous-ensemble on trouve également les matis, les kilina-pano, les maya, les korubo, les marubo et d’autres groupes non contactés.

Ils partagent les mêmes traits culturels que ces ethnies : usage de la sarbacane, techniques de chasse, moitiés patrilinéaires ainsi que la langue.

© Christopher Pillitz

© Christopher Pillitz

Histoire du contact

La population matsés comme celle des marubo résulte de la fusion de différents peuples qui n’avaient pas toujours des langues mutuellement intelligibles. La formation du groupe ethnique matsés résulte donc de l’intégration progressive de captifs (essentiellement femmes et enfants) provenant d’autres groupes de la région. Les matsés, jusqu’aux années 60 lançaient des attaques sur les villages, souvent de langue pano pour capturer des femmes et des enfants et les intégrer aux familles des guerriers.

La polygamie étant liée à la capture des femmes, au fil du temps les familles matsés se métissèrent avec ce sang étranger. Une étude de Romanoff en 1974/1976 démontre que les captifs provenaient d’au moins dix groupes linguistiques différents. Les matsés ont également « absorbé » les coutumes et pratiques des prisonniers par exemple la substitution de la sarbacane par les arcs et les flèches en est un résultat.

  • De 1870 à 1920 : au plus fort du boum du caoutchouc, ils perdent leur accès à la rivière qu’ils fréquentaient à la saison sèche pour recueillir les œufs de tortue amazonienne. A cette époque ils évitaient les contacts avec les blancs en maintenant un système de dispersion leur permettant de se maintenir loin des fronts d’extraction du caoutchouc.
  • A partir de 1920 : conflits directs. Les réponses envers les indiens sont des expéditions punitives avec captures de femmes et enfants matsés. Ce qui intensifie les activités de guerre de ces derniers. Par ailleurs ils étaient toujours en conflit avec d’autres tribus.
  • Années 50 : expansion de l’exploitation forestière, création de la frontière péruvienne angamos (1947), pelotons de frontière brésilienne sur les rives du rio Javari, implication de l’armée péruvienne et brésilienne dans les raids punitifs contre les matsés accompagnés des civils ayant perdu des parents.
  • Vers 1960 : foyers de guerre entre matsés et marubo.
  • 1969 : des missionnaires fondamentalistes nord-américains du Summer Institute of Linguistics (Institut linguistique d’été) sont entrés en contact avec les Matsés.
  • Années 70 : les conflits armés cessent et la sédentarisation des matsés débute. Mise en place des relations pacifiques avec certains blancs.

Ils arrivèrent peu après un violent conflit qui avait éclaté entre des colons locaux qui projetaient d’ouvrir une route à travers le territoire matsés et les Indiens qui défendaient leur terres, déclenchant l’intervention de l’armée. Plusieurs colons qui avaient occupé une des maisons communautaires matsés et hissé le drapeau péruvien furent tués.

Depuis l’arrivée des missionnaires, les Matsés ont abandonné leurs maisons communautaires et se sont installés dans des maisons individuelles. Un grand nombre de leurs cérémonies traditionnelles ne sont plus pratiquées.

Années 90 : les bûcherons envahirent le territoire matsés et les Indiens isolés s’enfuirent. Au dire des Matsés, ces groupes seraient maintenant en train de revenir.

’Lorsque les bûcherons envahirent notre terre, les tribus isolées disparurent de la forêt. Maintenant que nous avons réussi à chasser les bûcherons, les Indiens reviennent.

Mais les compagnies pétrolières les forceront à fuir de nouveau ….

La compagnie canadienne Pacific Rubiales qui a investi 36 millions de dollars dans son projet, va ouvrir des centaines de lignes de test sismique sur 700 km2 de forêt et y forer des puits d’exploration pétrolière.

Ce qui affectera les sources des trois grandes rivières qui jouent un rôle essentiel dans la vie des Matsés. De plus, la parcelle pétrolière ‘135’ s’étend directement sur une zone qui a été proposée comme réserve de protection des Indiens isolés

Un panneau affiché sur une maison matsés par les colons.

Avis aux habitants de cette zone : si vous continuez à voler et à commettre des crimes.....vous serez tués à coups de bombes et de gaz mortels largués par avion ou lancés par l'armée de terre.

Si en revanche, vous décidés de changer de comportement, le président Fernando Belaunde Terry vous accueillera à bras ouverts dans le giron de la civilisation.

Les Matsés ne savaient pas lire.
Mode de vie
La chasse

Hommes et femmes participent à la chasse qui se pratique avec un arc et des flèches mais aussi des fusils, des pièges et avec l’aide de chiens de chasse. Les Matsés sont d’habiles chasseurs et experts dans l’utilisation de l’arc et des flèches dont la hampe est en bambou et décorée de fil de coton et d’herbe dorée

Les proies favorites sont les singes araignées et les pécaris à lèvres blanches (qui deviennent rares) mais ils apprécient aussi les tapirs, les singes laineux, les pécaris à collier, les pacas, les tatous, les cerfs, les tortues, les alligators, les paresseux. Chez les oiseaux ils chassent les hoccos, les tinamous et d’autres oiseaux de la forêt.

En saison sèche, ils chassent les tortues de rivière et recueillent les œufs des plages.

Ils utilisent le moins de flèches possibles et adaptent alors leur méthode de chasse à l’animal traqué :

Le tapir est chassé avec un piège

Les tatous sont acculés dans les terriers et noyés dans de l’eau

Les pacas chassés à l’aide des chiens et frappés avec des bâtons

Les paresseux sont capturés avec des câbles spéciaux

Les enfants sont encouragés dès leur plus jeune âge à chercher les jeunes animaux pour les manger mais aussi pour les capturer en vue d’en faire des animaux de compagnie. Les jeunes paresseux par exemple font de gentils compagnons de jeux.

© Christopher Pillitz

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Partage des taches

Comme on l’a vu plus haut, les femmes participent aux chasses et les hommes participent à la culture sur les parcelles d’abattis et vont chercher le manioc, les bananes et les autres récoltes.

Les enfants participent très tôt aux taches leur apprenant les méthodes précisément, la chasse mais aussi la culture du potager.

La pêche

Hommes, femmes et enfants participent à de grandes pêches collectives en empoisonnant une partie de l’eau de la rivière : la pêche à la nivrée.

Avec la liane lonchocarpus (barbasco) qu'ils trouvent dans la forêt, en écrasant sa racine celle-ci libère de la roténone qui intoxique les poissons pêchés ensuite au filet. Le poison n'est pas toxique pour l'homme.

Brésil / Pérou : Le peuple Matsés

Image © Rebecca Spooner/Survival

Agriculture

Ils pratiquent une agriculture de subsistance sur brûlis et récoltent les variétés cultivées ordinairement en Amazonie indigène, manioc, bananes plantain, maïs etc….

Le chapo

Avec la banane plantain bien mûre les femmes préparent une boisson qui mijote dans la cuisine communautaire. Le fruit cuit bien sûr est ensuite pressé dans un tamis tressé de feuilles de palmier et le chapo sera servi encore chaud, dégusté dans le hamac.

© Rebecca Spooner/Survival

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Les villages, la maloca

Au Brésil de nos jours, la majorité des matsés vit dans des maisons construites dans le style régional autochtone et abrite une famille conjugale composée du père de sa femme et des enfants non mariés.

Les hommes construisent leur maison sur pilotis près de la maison des parents et cherchent leur épouse dans des villages éloignés (même au Pérou).

Au début du mariage il est fréquent que l’homme reste quelque temps avec son épouse dans la famille de ses beaux-parents.

La maloca traditionnelle était de forme hexagonale avec un corps rectangulaire formé de deux côtés longs et opposés. Un toit de paille couvrait l’ensemble de la structure dans laquelle étaient aménagées deux ouvertures opposées. Les portes situées à l’avant et à l’arrière débouchaient sur un couloir central divisant la pièce en deux parties. Chaque moitié était ensuite divisée en compartiments (quene) séparés par des écrans de paille en guise de murs.

Dans les compartiments vivait une famille composée de l’homme, sa femme (ou 2 femmes)et les enfants. Dans chaque « quene » il y avait un feu pour préparer les repas et réchauffer la maison la nuit.

Les plus grandes malocas observées par Romanoff en 1976 au Pérou mesuraient jusqu’à 35 mètres de long et 10 mètres de hauteur et pouvaient contenir une centaine de personnes.

© Rebecca Spooner/Survival

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Dualisme matsès : les tsasibo et les macubo

Ils sont divisés entre ceux qui sont tsasibo (difficile) appelés aussi « bëdibo » (jaguars) et ceux qui sont macubo(larve) ou « shïchenamëbo ou aiabo » (pécari à lèvres blanches).

Les animaux qui errent en bande sont souvent considérés comme macubo et les solitaires plus féroces sont considérés comme tsasibo.

Les groupes résument en fait leur manière d’être se rapportant à d’autres humains, aux esprits et aux animaux.

Les hommes macubo ont des relations privilégiées avec les larves se nourrissant de maïs et pouvant détruire une récolte si elles ne sont pas retirées. La tâche des macubo consiste à enlever les larves, leurs « frères » car ils sont des contacts privilégiés avec eux. Si ce sont les tsasibo qui essaient de les enlever, celles-ci se multiplient alors à la place et détruisent le maïs.

Les tsasibo, eux ne sont pas attaqués par les jaguars quand ils vont à la chasse car ils mettent des points de roucou sur leurs flèches pour ressembler aux points du jaguar. Ces points signalent alors au jaguar que les chasseurs sont leurs parents et les dissuadent de les attaquer.

Les macubo utilisent des peintures corporelles aux motifs similaires aux traces de pécaris (stylisés sous forme de triangles placés bout à bout ou de lignes parallèles se référant à la maculosa, larve).

Les mariages qui se font de préférence entre cousins (pour le garçon avec la fille de l’oncle (frère de la mère) se font presque toujours en respectant les formes des différents groupes (macubo et tsasibo)

Lors des deuils, les chants diffèrent aussi selon les groupes. Ce sont de belles chansons tristes dans lesquelles les chanteurs évoquent les choses qu’ils ont faites ou ont vécues avec le défunt

© Survival

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Des substances sont utilisées pour améliorer les compétences à la chasse, la lutte contre les esprits, le découragement et la paresse.

Ils utilisent du venin de crapaud kempo , du tabac (nënë) et des piqûres de fourmis de balle.

© James Vybiral/Survival

© James Vybiral/Survival

La grenouille jaune acate (phyllobates terribilis)

Cette grenouille sécrète une substance toxique qui est utilisée aussi bien par les hommes que par les femmes pour développer leur courage et leur énergie et améliorer leur capacité à chasser.

Les hommes recueillent ce liquide en frottant la peau de la grenouille avec un bâton. Il est ensuite appliqué sur de petits trous faits sur la peau par brûlure.

Très vite, le vertige et la nausée font place à une sensation de lucidité et de force qui peut durer plusieurs jours.

Les guérisseurs maîtrisent une connaissance approfondie des plantes de leur environnement. Pour eux, plantes et animaux ont un esprit qui peut les guérir ou aussi les rendre malades.

© James Vybiral/Survival

© James Vybiral/Survival

Problèmes de santé

Il y a comme chez les autres peuples d’Amazonie un manque évident de soins médicaux pour les populations autochtones et les maladies courantes pourraient être évitées ne serait-ce que par la vaccination.

Le plus préoccupant est le niveau élevé de cas d’hépatites B et D qui tuent les jeunes de moins de trente ans : en 2005/2006, plus de 15 matsés sont morts de complications hépatiques et en 2007, huit personnes sont mortes dans le seul village de Trinta-e-um.

Actualités sur ce peuple :

Sur Raoni.com le 13/05/2013

Pérou : une compagnie pétrolière canadienne menace la survie du « peuple du jaguar »

Une fois encore, le gouvernement péruvien a échoué à garantir les droits de ses citoyens autochtones. Si l’on tient compte des événements passés, il n’est alors pas surprenant que les Matsés craignent pour leur protection et celle d’autres tribus voisines.

Au cœur de la forêt amazonienne se trouve le fleuve Yaquerana qui marque la frontière entre le Pérou et le Brésil. Mais pour les Matsés vivant de part et d’autre de la rivière, cette frontière internationale n’est que poussière face aux cours d’eau, aux plaines inondables et aux forêts sur sable blanc qui constituent leur territoire ancestral…….la suite

Caroleone

Sources : socioambiantal, survival

© Alison Wright/ www.alisonwright.com

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Pérou, #Brésil, #Peuples originaires, #Matsès

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G
Passionnant!
C
Merci,

La petite grenouille des matsès n'est pas aussi gentille que celle en peluche je le crains.
Amitiés

caroleone