Venezuéla / Guyana : Le peuple Warao

Publié le 10 Octobre 2012

Les waraos

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Peuple autochtone du Venezuela et du Guyana qui vit dans le delta de l’Orénoque.

En 2020,  environ 300 Waraos ont migré du Venezuela au Brésil et vivent, en tant que migrants dans des conditions de vie très précaires.

Population : 30.000 personnes dont un millier sur le territoire du Guyana

Le terme warao peut vouloir dire deux choses :

Wa = homme/navigateur et rao = barque/pirogue

Wa = homme/habitat et rao = marais/lagune

La nation warao était constituée au début du siècle de 5 à 6 tribus pour lesquelles est attribué sans distinction de nos jours le terme warao malgré leurs différences de langue er de type.

Les indiens waraos qui vivent près de l’embouchure de Mariusa sur le golfe de Paria possèdent un physique particulier avec un visage taillé au couteau et leur langage possède un vocabulaire et des tournures de phrases qui ne sont pas comprises par les autres indiens.

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Langue : warao, langue agglutinante *, isolat linguistique.

Au Venezuela, 90% des waraos pralent leur langue, 50% sont bilingues espagnol

Au Guyana, tous les waraos sont bilingues anglais

Tribus et localisation

-         Haut delta de l’Orénoque : Kokuina (Kokuina, Manamo, Makareo)

-         Centre du delta de l’Orénoque : Hoanarao (Mariusa, Winikina, Arawabisi)

-         Bas delta de l’Orénoque et mer des Caraïbes : Wasay (Ibaruma, Arature, Amakuro)

-         Bas delta de l’Orénoque et Guyana : Arawao (Merejina, Sakupana)

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L’orénoque

Le fleuve Orénoque est le troisième plus grand fleuve d’Amérique latine dormant un delta qui transforme le territoire en un labyrinthe de 30.000 km2.

Les waraos la nomment Guirinoko qui veut dire en leur langue « là où on pagaie ».

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Les waraos ont contrairement à d’autres peuples été malgré tout préservés par les guerres, l’esclavage et les épidémies grâce à la difficulté d’accès de leur territoire.

Mais en 2008, une quarantaine de waraos sont morts d’une maladie infectieuse. Ils sont tout de même subi l’acculturation, la migration et la pauvreté due à la raréfaction des ressources locales.

Certaines familles arrivent à vivre toujours dans l’isolement et échappent à l’évolution en trouvant un compromis dans leurs traditions et en s’accommodant de ce que la civilisation peut leur apporter comme avantages.

La créolisation est un danger pour ce peuple apportant l’exploitation massive en tant que main d’œuvre ouvrière, l’introduction de salaires, la désintégration culturelle. Ils sont à une étape charnière de leur civilisation, attirés par les sirènes du modernisme et confrontés à la précarité de leur moyen de subsistance.

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Une société matrilinéaire

Les waraos vivent dans une société matriarcale ce qui veut dire que l’homme se déplace pour se marier et ira vivre dans la famille de son épouse. Dans cette société, la naissance d’une fille est toujours considérée plus importante que celle d’un fils. Le mari doit construire la maison, la pirogue et créer le jardin potager. Les femmes passent toute leur vie dans la même cellule familiale qui constitue le fondement de la société. Une règle de la société matriarcale est l’exogamie. Dans un mariage exogame, l’un des deux époux doit venir forcément d’un autre village et les deux ne doivent pas avoir de liens familiaux pour éviter la consanguinité.

Si pour une raison ou une autre, le couple est amené à se séparer, la propriété entière demeure à la femme.

Dans la société matrilinéaire, l’héritage de la propriété est basé sur la matrilinéarité : l’héritage passe de mère en fille.

De nos jours, les choses changent pour ces peuples car les hommes peuvent profiter du cadre juridique des états souverains, le Venezuela et le Guyana.

Mode de vie

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Les villages sont dirigés par un ancien qui se nomme le " gobernador ", il est assisté par " un capitan " et un " fiscal" (mots empruntés au créole), dont les rôles sont d’organiser le travail communautaire et les évènements traditionnels.

Les titres sont attribués aux hommes mais à l’intérieur du foyer, l’organisation et l’autorité revient aux femmes.

La famille nucléaire est dirigée bien souvent par la femme la plus âgée, l’économie du foyer est gérée par la mère des épouses qui redistribue les denrées rapportées par les hommes.

L’éducation se fait d’une manière douce et naturelle, il n’y a aucune obligation ni réprimandes. Les jeunes apprennent par imprégnation et en imitant les adultes dans les tâches journalières, ils s’approprient les règles de vie et les valeurs sociales en écoutant les mythes narrés par les anciens.

Les sanctions sont la honte et le rejet de la communauté.

C’est un peuple tranquille de nature qui élimine systématiquement toute complication mentale. Il est insouciant, simple, seul l’instant présent compte et ne connaît pas les prises de tête.

Habitat

Le peuple warao est un peuple lacustre

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Presque 250 villages forment des cités lacustres composées de huttes sur pilotis. Chaque village possède une fosse de cuisson au four d’argile situé dans le centre.

Lorsqu’en 1599 le conquistador Alonso de Ojeda remonte le fleuve Orénoque, il voit les villages édifiés sur les pilotis des cités lacustres et les compare à la ville de Venise, il nomme même cette région du Venezuela » la petite Venise »

Les huttes (techo) sont constituées de pieux qui soutiennent un toit de palmes de temiche. Elles sont entièrement ouvertes sur l’extérieur. Le toit assure une étanchéité de quelques années. Les maisons sont surélevées afin d’éviter à l’humidité d’entrer ainsi que la marée montante ou le marécage. Parfois plus de 20 personnes vivent sous le même toit d’une superficie de 50M2.

Les couchages sont constitués de hamacs qui dans la journée sont entreposés sur des traverses afin de ne pas gêner le passage. Le soir venu les hamacs sont sortis et superposés et parfois croisés.

Le plancher est constitué de troncs de palmier manaca mais ceux-ci pourrissent vite car ils sont mal entretenus et ne sont pas régulièrement remplacés.

Le mobilier contient également des tabourets en bois parfois sculpté de motifs animaux.

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Les waraos qui ont l’esprit nomade sont insouciants vis-à-vis de leur foyer. Lorsque la maison est abimée, ils déménagent ce qui évite aussi d’épuiser les ressources de l’environnement.

Les familles tendent à se sédentariser depuis quelques années mais cela s’accorde mal avec les traditions ancestrales.

Les pirogues

 

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C’est leur moyen de déplacement privilégie, les pirogues pouvant être de petite taille mais aussi de grande taille, alors elles portent le nom de « bongo » et peuvent embarquer environ 50 passagers. Les pirogues sont basses sur l’eau, d’apparence instable, elles sont construites en mauvais bois et ont une durée de vie assez courte (5 à 10 ans). Par contre, elles sont parfaitement adaptées au milieu dans lequel elles évoluent, leur finesse leur permet de se faufiler dans les canaux étroits ou encombrés et si elles prennent l’eau elles ne chavirent pas.

Les enfants apprennent très jeunes à manier les pirogues.

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Ressources

Artisanat, vente des produits de la culture, commerce d’animaux exotiques, coupe de bois précieux ou de palétuviers, exploitation du cœur de palmier, vente d’une partie de la pêche.

Agriculture et artisanat

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Les cultures sont faites dans des plantations qui portent le nom de conuco, les espèces cultivées sont le manioc ou yuca, le riz, le maïs, les avocats , les papayes, les bananes.

Le moriche(mauritia flexulosa) leur est utile pour de nombreuses raisons. Du centre de son tronc ils en tirent une farine (yurima) avec laquelle ils préparent un pain qui est utilisé dans les rituels sous forme d’offrande. Ils le consomment également avec des fruits et des larves. Le bois leur sert à confectionner le toit des maisons ainsi que les ustensiles, les outils et l’artisanat. Les femmes tissent les hamacs avec les fibres de la feuille de palmier enroulées en pelote.

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Palmier moriche

 

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Tenue vestimentaire

Les waraos sont de taille moyenne, ils sont robustes et ne portent jamais la barbe. Leur tenue vestimentaire n’est pas importante à leurs yeux car ils vivent bien souvent sur l’eau dans les pirogues.

Traditionnellement, ils portaient le « buja » (guayuco) fabriqué en fibres de palmier de curagua (bromélia fastuosa) ou de toile de 12/15 cm, passée entre les jambes et retombant ensuite comme un tablier.

Les femmes avaient les bras et les jambes ornées de bracelets serrés, elles portaient des décorations faites de plumes et de perles de couleurs étincelantes tenues à l’aide de fibres de curagua.

Alimentation

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Elle est basée sur la pêche, les crabes, les fruits cultivés et cueillis, les légumes cultivés. Le manioc sert à préparer le kasabé (galette) ainsi que le paiwiri qui est une boisson fermenté par la salive.

Croyances

Le grand jabiri (esprit maximum) est vénéré dans de petits temps (kuaijanoko) dans lesquels on dépose des maracas sacrés, la fécule de la moriche en offrande.

Le chaman ou piache est le plus écouté et respecté. Il est guérisseur et médiateur du monde réel ou spirituel. A l'aide d’une initiation très rude et des connaissances impressionnantes, ainsi que de ses talents de magicien, il permet de garder l’ordre et l’équilibre de la communauté. Le chaman peut être un homme ou une femme.

Danses et fêtes

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Peuple gai aimant la fête, ils utilisent de nombreux instruments de musique au cours des fêtes et cérémonies :

Le lengûeta, le dau-koja, le najsenoi ( en moriche), le kariso ( une sorte de flute de pan), le mujüsemoi (fabriqué avec un os du tibia d’un cerf), les maracas, le euru (tambour en peau d’araguato, un singe hurleur).

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La résistance des Waraos 

 En 2002 , au cours d’une lutte inégale, le peuple autochtone Warao parvint à ce que la compagnie BP se retire du delta de l’Orénoque. Les Waraos firent la promesse à leurs frères du delta du Niger, en Afrique occidentale, de prendre soin du delta de l’Orénoque étant donné qu’à un moment donné, au cours de l’histoire, ces deux deltas furent joints. Ainsi parviendront-ils à ce que cette partie au moins soit préservée, étant donné que le Nigeria a été détruit par des entreprises comme Shell, Texaco et Agip. Lien ICI

Les mots savants

Langue agglutinante

"Type de langue où les radicaux sont susceptibles de se composer avec un très grand nombre de préfixes et de suffixes pour former de véritables chaînes sonores. Beaucoup de langues amérindiennes sont agglutinantes et, de ce fait, difficiles à découper phonétiquement." 

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caroleone

Sources : venezuela.atd.free, wikipédia, new frontiersadventures, le baton de parole

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A

Ca fait réfléchir, ces populations qui vivent avec trois fois rien, qui ne tiennent pas au peu de biens matériels qu'ils possèdent, qui recommencent indéfiniment à reconstruire un semblant
d'habitat ou une barque...et qui n'ont pas d'états d'âme!


Quelle leçon pour nous!
C


Oui, ce peuple est attachant justement par rapport à son détachement, son côté philosophe et cool vraiment particulier. Comment des êtres que l'on dit sauvages peuvent arriver à développer de
telles règles de vie ? C'est nous les sauvages, j'en suis sûre.


J'aime cet esprit nomade qui dit la maison s'écroule, on part faire son nid ailleurs et comme ça la nature se régénère et chacun y trouve son compte.


Il y a une ambiguité sur les sources qui sont contradictoires et je n'ai pas eu la réponse, la plupart du temps il est dit qu'ils consomment du poisson et des crabes, d'ailleurs j'en ai mis en
photo, et on parle aussi de chasse, ça je n'en ai pas la preuve alos je ne l'ai pas précisé, j'attends si un jour j'en sais plus et un autre site parle qu'ils sont végétariens alors qu'ils
mangent du poisson .....il faut faire attention à tout mais ce n'est pas simple de s'y retrouver parfois.


 


Voilà, je prépare un autre voyage sur l'eau aussi......ça ma détend l'esprit de voyager en compagnie des indiens.


 


Bises et merci encore une fois de l'intérêt que tu portes à ce travail, c'est ma récompense.


 


Caro