Tati: les cinq vendeuses licenciées témoignent

Publié le 18 Février 2011

 

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Cinq salariées sur huit ont été licenciées du magasin Tati de Noyelles-Godault, dans le Pas-de-Calais. Réfutant 
les accusations de vol et de complicité de vol liées à une affaire de bons d’achat, elles exigent leur réintégration. Envoyée spéciale. 

 

Samedi 12 février. Derniers jours des soldes sur l’immense zone commerciale qui s’étend sur des centaines hectares entre Hénin-Beaumont et Noyelles-Godault, dans le Pas-de-Calais. Les clients affluent par milliers. Là-bas, tout au fond, sur le parking, sous l’enseigne Tati, au motif vichy rose et blanc, une banderole et des drapeaux rouges de la CGT. Cinq salariées refusent d’être « traitées de voleuses » et d’être licenciées. Elles font du bruit. « Elles sont super, pourtant c’est pas facile de se retrouver virées du jour au lendemain et du jour au lendemain dans la bagarre », commente un militant du PCF venu soutenir Dalila, Jennifer, Céline, Séverine et Lindsay, quatre salariées en CDI et une en CDD dont le contrat devait se terminer en avril.

 

 une histoire de bons

 

Dalila relate les faits. « La direction, satisfaite du bon chiffre d’affaires, a offert un bon d’achat de cinquante euros à chacune des huit salariées du magasin. » « En espérant qu’il vous permette de vous plaisir, ainsi qu’à vos proches », précisait une lettre accompagnant ce « bon » à dépenser dans le magasin entre le 1er et le 31 décembre. « Moi, je ne m’habille jamais chez Tati, précise Dalila, j’ai offert mon bon à une amie qui a acheté un manteau à 49,99 euros. On a ajouté un paquet de bonbons pour arriver à 51 euros et des poussières parce que le bon n’était pas valable en dessous de 50 euros. » Le bon est encaissé par une collègue. Même scénario pour une autre salariée, qui a offert son bon à sa belle-mère. Quelques jours plus tard, les deux jeunes femmes qui ont offert leur bon, mais aussi les deux caissières et la responsable adjointe du magasin sont licenciées pour « cause réelle et sérieuse ». Toutes les cinq assurent depuis des jours une présence tous les après-midi devant le magasin, pour faire signer une pétition et interpeller les clients. Un tract de l’union locale CGT de Lens, distribué largement, exige « le retrait pur et simple du plan de licenciement », « la réintégration pure et simple des salariées ». Cette mobilisation a poussé la direction à s’adresser à la presse locale.

 

 Il serait, selon elle, question de « bons détournés en argent liquide ». Deux salariées auraient reconnu les faits. « Tout cela est faux. Et n’importe quelle caissière peut vous expliquer que c’est impossible à réaliser sans qu’il apparaisse un écart de caisse », expose calmement Dalila. La direction reste d’ailleurs incapable de fournir des preuves. Ce samedi, retranché dans le magasin, le jeune directeur, Mohamed El-Baghadi, costume et allure impeccables, oreille rivée à son téléphone portable, fait les cent pas et murmure qu’il n’a « pas le temps » de nous parler.

 

« À tous les coups, ils ont trouvé ce truc pour se débarrasser des anciennes et embaucher des CDD. » C’est une des hypothèses avancées par Dalila et ses collègues, d’autant que trois d’entre elles sont déjà remplacées par des précaires. Se débarrasser des « anciennes » ? Peut-être parce qu’elles gagnent trop ? Séverine, en qualité de directrice adjointe, gagnait 1 300 euros. Dalila, vendeuse caissière de trente-quatre ans, embauchée il y a sept ans, au temps où le magasin s’appelait encore Fabio Lucci, gagnait 1 000 euros par mois. « Trente heures par semaine et deux dimanches obligatoires par mois », relève la jeune femme. « Déjà trois semaines sans salaire et je vis seule… J’ai un caractère plutôt dur, mais heureusement qu’on se retrouve ici l’après-midi et qu’il y a les soutiens. »

 

Mensonge et injustice

 

Et si ces licenciements anticipaient une fermeture prochaine du magasin ? Face à tant de mensonges et d’injustice, beaucoup de questions et de colère. « Pour l’instant, la procédure aux prud’hommes n’est pas engagée, la direction peut revenir sur sa décision et les réintégrer », déclare Fabrice Bougard, secrétaire adjoint de l’UL CGT Lens-Hénin, syndicat que les jeunes femmes ont interpellé. « Il faut savoir que cette direction, qui ose accuser de vol, est elle-même en fraude en ouvrant le magasin tous les dimanches sans autorisation depuis six ans ! » martèle le syndicaliste qui n’exclut pas de porter cet argument devant la justice.

 

« Il y avait une bonne ambiance entre nous dans le magasin, on était à fond dans notre boulot pendant toutes ces années, on formait une famille. » Et Dalila finit toujours par le répéter : « On veut retrouver notre place, sinon… qu’est-ce qu’on va faire ? »

« Elles ont raison de défendre leur pain, je leur souhaite bon courage », confie une cliente qui vient de signer la pétition avant d’entrer dans le magasin. « Les gens nous comprennent », affirment les jeunes femmes, « et pour nous soutenir, vous pouvez aussi demander Séverine Bouteleux ou Lindsay François en amies sur Facebook ».

 

A lire : Tati. Soutenues

 

A lire :  La marque aux couleurs vichy ne fait pas de cadeau

 

Laurence Mauriaucourt

 

 

 

 

 

 

 

Rédigé par caroleone

Publié dans #Travailleurs en lutte

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Commenter cet article
C
<br /> c'est franchement honteux et ce genre de chose à tendance à se répéter souvent en sarkozie.<br /> <br /> <br />