Quand arcelor mittal brise les ailes des salariés

Publié le 2 Février 2010

Article paru dans La Marseillaise du lundi 1er février 2010

 

 

Des salariés déterminés à influer sur leurs conditions de travail et de vie LAURENT SACCOMANO Arcelor Mittal. A la veille de l’assemblée générale du personnel, retour sur les conditions de travail et de vie des salariés, sans autre alternative que la poursuite de leur mouvement.

 

Une grande tente dressée près de la voie de chemin de fer qui relie las hauts fourneaux aux laminoirs. Un feu, en bordure des rails, réchauffe un peu l’air glacial de ce matin d’hiver. A quelques mètres de cette voie qui, depuis le 21 janvier a été bloquée à plusieurs reprises par les salariés d’une entreprise qui, semble-t-il, n’accorde aucun intérêt, aux conditions de travail et de vie de salariés qui se préoccupent autant de l’avenir de la sidérurgie que de leur propre bien-être. Ce qui ne semble ne pas effleurer une minute une direction sourde aux revendications les plus légitimes.


Sous la tente, Franck, Hassen, Olivier et les autres mettent la main aux derniers préparatifs du rassemblement des salariés, initiative de l’intersyndicale CGT-CFDT, prélude à l’ouverture de négociations avec les représentants de la direction. Tous savent que dans les autres sites d’ArcelorMittal, comme à Fleurange, on partage les mêmes préoccupations et que des mouvements similaires éclatent quotidiennement. Pour les mêmes raisons : suppressions d’emplois en cascades, non - remplacement des « départs volontaires », détériorent dangereusement les conditions de travail et de vie. Un mal-être conforté par des salaires ridiculement bas Sous les mots pudiques de « réorganisation du travail », c’est toujours la même logique du profit maximum à moindres frais, qui pointe son mufle de taureau.


Plus de transmission du savoir-faire


« Le ras-le-bol des salariés s’était déjà exprimé dès le 22 octobre, rappelle Audier, secrétaire syndical CGT, face à un projet de la direction voulant imposer des suppressions d’emplois dans plusieurs secteurs de la production. Nous avons opposé à ce projet notre propre logique qui est au contraire de renforcer les effectifs –dûment formés- et d’obtenir une véritable reconnaissance des qualifications. Face à un mouvement qui menaçait de faire tache d’huile, la Direction a été contrainte de faire machine arrière et même si nous n’avons pas obtenu satisfaction sur tous les points de litige, nous avions ouvert une première brèche. Aux haut-fourneaux, poursuit le syndicaliste, les salariés ont notamment obtenu l’arrêt du chômage partiel et le paiement de nuisances liées à la pénibilité du travail »

Une pénibilité dont témoigne Franck, affecté aux laminoirs depuis 10 ans. « A mon arrivée, nous étions 29, nous ne sommes plus que 14 aujourd’hui. Moi, j’ai eu la chance de connaître les anciens qui, grâce à leur expérience, la maîtrise de leur métier, m’ont permis d’acquérir un savoir-faire qui manque cruellement aux nouveaux venus ». Franck fait aussi ses comptes. « Aujourd’hui, je gagne 1600 euros, avec 80 euros d’ancienneté. Une fois déduit le loyer, l’électricité, le budget nourriture, tu fais le calcul toi-même des miettes qui peuvent rester pour les loisirs, un petit week-end de détente en famille… »


Les comptes de Franck


Ce sont ces comptes, qui témoignent d’une vie au rabais, « alors qu’à 30 ou 35 ans on est censé être en plein envol », que Franck et ses camarades, sont venus étaler devant le directeur des ressources humaines, représentant la direction lors du round de négociations qui s’est tenu vendredi dernier. « Il y a fort à parier, dit Michel, affecté au finissage, que ce dernier nous opposera une fin de non recevoir. A la limite, on pourrait presque ne pas lui en vouloir : c’est Mittal qui impose sa loi et celui-là n’est qu’un agent exécutif parmi d’autres ». Quelques heures de négociations ont suffi pour conforter les craintes de Michel. La délégation de l’intersyndicale n’a rien obtenu des 5% d’augmentation générale réclamés, ni de la prime de 400 euros censées compenser la perte du pouvoir d’achat, ni encore de la revendication d’un salaire minimum de 1600 euros…


Si Franck, avec un tel salaire, n’a rien d’un privilégié, que dire de Vincent, « haut- fourniériste », qui « plafonne péniblement à 1398 euros bruts ». Avec des exigences de production de plus en plus fortes. « Car les carnets de commandes sont bien garnis sur le site de Fos-sur-Mer », comme le rappelle en substance Jacques Bidart, délégué syndical CGT central. Et les profits de l’entreprise suffisamment conséquents pour qu’elle lâche quelques miettes du gâteau »


En guise de miettes, les salariés n’ont eu donc aucune autre alternative que de réactiver un mouvement interrompu depuis près d'une semaine. Franck, Olivier, Hassen et les autres reprendront le chemin de la tente dressée par la CGT au bord de la voie des trains de poche. Demain, lors de l’assemblée générale de l’ensemble du personnel, seront réellement décidées les suites à donner à l’intransigeance de la direction. Avec peut-être à la clef cet espoir de voir enfin se construire l’unité syndicale la plus large, garante d’un rapport de force favorable à des salariés. En attendant, on rallumera les feux, non en bordure, mais au milieu des voies.


GERARD LANUX

 

http://www.lamarseillaise.fr/social/quand-mittal-brise-les-ailes-des-salari-s.html

du blog PCF brignoles





Rédigé par caroleone

Publié dans #Travailleurs en lutte

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
T

AU DESSUS TU PARLES DE GUERRES JUSTES.
SE DEBARRASSER DU CAPITALISME SERA UNE GUERRE JUSTE