Poème à la mémoire des fusillés de Châteaubriant

Publié le 22 Octobre 2013

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La nature est encore en éveil en ce début d’automne

Les feuilles prenant petit à petit leur parure colorée

L’herbe bien verte éclairée par les rayons timides

D’un soleil pointant sa rassurante chaleur

Egaie les oiseaux qui s’ébrouent en batifolant gaiement

Nous sommes les mésanges joyeuses et follettes

Voletant à tire d’aile dans les pins dégagés

Profitant du beau temps pour  nous amuser

Avant qu’arrivent les frimas et le gel.

Tout à l’air calme dans notre alentour

Quand soudain un chant se fait entendre là-bas

Glissant des frissons au sein de nos plumettes

« Allons enfants de la patrie, le jour de gloire est arrivé » 

Puis de multiples détonations percent l’air d’un lugubre son

Nos plumes se dressent telles des crêtes irritées

par le sinistre propos

Nous voletons de toutes nos ailes jusqu’au lieu

D’où provient le bruit

Et là stupeur devant nos petits yeux ébahis

Les corps de 27 hommes sont couchés sur le sol

Leurs corps troués par les balles.

La barbarie des hommes a encore frappé

Celle que ces derniers n’ont jamais en eux étouffée

Qui les fait s’entretuer  au nom d’on ne sait quelles raisons

Subtiles ou bien futiles.

Alors en procession,

Chacune d’entre nous prit sous son aile une goutte de sang

Des prisonniers des hommes victimes des furieux

Et nous partîmes recueillir chacune

Une larme de ceux qui dans les cabanons pleuraient

leurs compagnons

Les petites mésanges que nous sommes

Ainsi que nos héritières sont alors les dépositaires

Des fusillés de Châteaubriant

Et de tous les fusillés par les hommes méchants.

Passants,

Lorsque vous voyez sous vos yeux nos délicieuses

Frimousses, sachez que notre mission n’est pas

si douce

Devoir de mémoire des hommes qui souvent

ne le méritent pas

Nous avons choisi d’unir notre race

A ceux qui par malheur ont payé leurs engagements

De leur propre vie et de leur sang

 

Carole Radureau (22/ 10 /2012)

 

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Ce texte est libre de droit et diffusé sous licence creative commons

 

 

Avec une pensée affectueuse pour Jules A, Henri B., Titus, Maximilien, Marc, Emile, Charles D. Maurice G, Jean, Désiré, Pierre G, Houynk Kuong, Eugène, Raymond L, Claude, Edmond, Julien, Charles M, Guy, Antoine, Jean P , Henri P , Victor , Raymond T, MauriceT , Pierre T, Jules V.

 

N'oublions pas leur sacrifice.....

 

 

 

 

 

 

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Groupe des 27 otages qui seront fusillés le 22 octobre 1941, en représailles du meurtre d'un officier nazi à Nantes, parmi lesquels Charles Michels, Guy Môquet ( 5e à droite, debout), Jean-Pierre Timbaud, Jean Vercruysse.

 

 

 

 

 

 

Rédigé par caroleone

Publié dans #Mes anar-poèmes

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hobo-lullaby 22/10/2012 14:51


Bonjour Caro


Je trouve à ton poème un petit coté Prevert. D'une part on y trouve de la naïveté mêlée à un fait dramatique, et puis se rapport aux oiseaux.


Merci pour eux de ne pas oublier


Bises


Serge

caroleone 22/10/2012 15:28



Bonjour Serge,


Je ne sais pas à quoi il ressemble ce poème et je dois dire que je l'ai relu plusieurs fois quand même contrairement aux autres, parce que déjà je l'avais préparé d'avance et parce que je me
demandais si ça le faisait de faire porter le message aux oiseaux, je trouvais que ça faisait justement naïf ou anthropomorphisme. Mais je sais en user de cette partie et comme je me sens parfois
plus à l'aise en faisant parler les animaux, voilà.


Souvent un fait extérieur me guide dans mon texte, cette présence inhabituelle de mésanges à cette époque m'a donné comme un signal.


Je n'oublie pas non  ces drames  parce que l'air de rien, on a appris que le détachement et le fait de se
consacrer aux autres était bien plus important que l'individualisme et l'égocentrisme qui nourrissent notre ennemi chaque jour. Parfois quand même on doute.


Mais quand je vois mes poèmes repris par les camarades et les messages sympathiques, je ne doute plus.


Merci mi amigo,


 


Bises


 


caro



fanfanchatblanc.over-blog.com 22/10/2012 13:49


Impossible d'oublier leur sacrifice. J'avais 17 ans lorsque j'ai lu "Ceux de Chateaubriant" et c'est ce qui a déterminé mon engagement politique tant j'ai été touchée par leur courage durant leur
détention et la foi dans la voie qu'ils avaient choisie.


Bisous Caro

caroleone 22/10/2012 14:11



Normalement chaque année le PCF de Mantes organisait un pélerinage à Châteaubriant, j'ai toujours raté le coche car je travaillais, à présent je crois qu'ils ne le font plus. Cela ne doit pas non
plus être très gai mais si on peut voir les mésanges, on leur fait signe et la vie est alors plus douce.


J'étais contente d'avoir le potentiel d'écrire l'hommage cette année.


Bises et merci de ta visite


 


caro



almanitoo 22/10/2012 09:51


Magnifique hommage, Caro, et belle idée d' associer ces douces et printanières mésanges au souvenir de ces homme pour la plupart très jeunes.

caroleone 22/10/2012 10:08



Bonjour Almanitoo,


 


Tu me rassures....j'ai tenté le coup car je me disais que c'était peut-être bizarre d'associer les oiseaux à ce sinistre évènement mais quand j'ai écris ce poème il y a 10 jours environ, je
regardais par la fenêtre cherchant comment aborder le sujet d'une façon un peu moins commune et dans mon énorme pin noir d'autriche, tu sais celui dont je dis que c'est un perchoir à oiseaux,
bizarrement il y avait plein de mésanges en train de batifoler comme au printemps ! Chose rare dans cet arbre, surtout en nombre et puis en train de piailler comme des petites folles. Le temps
doux perturbe les animaux.


Le parallèle c'est fait de suite....les mésanges ont trouvé leur rôle de messagères. Maintenant tu sauras que dans mes poèmes l'aigle est le messager des prisonniers politiques, la mésange celle
des fusillés et le colibri celui des messages aux proches.


C'est tout un bestiaire mon histoire


Et je n'ai pas parlé de mon condor personnel......


Bises et merci de ta visite


 


caro