Peintures de sable navajo

Publié le 29 Novembre 2012

Peintures de sable

 

Un peuple à l'honneur : La nation Navajo

 

La peinture de sable est un des éléments les plus importants d’une cérémonie de guérison des indiens navajo.

Dénommée en langue anglaise « sand paintings » elle porte le nom de » iikààh » en langue dineh ce qui veut littéralement dire : l’endroit par lequel les dieux viennent et vont.

Ces peintures sont des objets rituels qui possèdent plusieurs fonctions. A la fois thérapeutiques, religieuses, sociales, spirituelles et relationnelles, elles sont dans la conception navajo, le lien entre les hommes et les Etres sacrés.

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Avec le pollen de l'aube sous mes pas, là je vais mon chemin.

Avec la maison de la longue vie, là je vais mon chemin,

Dans la maison du bonheur, là je vais mon chemin.

Beauté devant moi, avec elle je vais mon chemin.

La beauté derrière moi, avec elle je vais mon chemin

La beauté en dessous de moi, avec elle je vais mon chemin.

La beauté au-dessus de moi, avec elle je vais mon chemin.

La beauté tout autour de moi, avec elle je vais mon chemin,

Vers le grand âge, avec elle je vais mon chemin

 

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Le matériau utilisé

Il est constitué de pierres pulvérisées, de sable sec saupoudré et coloré des pigments naturels. Mais également sont utilisés la farine de maïs, du pollen, des pétales de fleurs pulvérisés et du charbon de bois, le tout est répandu sur un fond de sable blond et doré.

L’importance des couleurs

Les quatre couleurs sacrées sont indissociables de la course au soleil, des quatre points cardinaux, des quatre monts qui délimitent le territoire, des quatre plantes sacrées, des quatre passages de la vie.

  • Le blanc : du jour qui se lève, de l’est, du mont Blanca, du maïs
  • Le bleu : du jour culminant, du sud, du mont Taylor, du haricot sec
  •  Le jaune : du couchant, de l’ouest, du mont San Francisco, de la courg
  •  Le noir : de la nuit, du nord, du mont Hespérus, du tabac

La couleur noire parfois associée aux cendres possède de multiples connotations, parfois antinomiques :

  • elle est menaçante car elle évoque les ténèbres
  • La couleur noire des cendres permet de guérir et de chasser les fantômes. Pendant la guerre de Corée et du Vietnam, les appelés navajo qui quittaient la réserve recevaient une Voie de l’Ennemi au cours de laquelle, leur visage était peint avec des pigments noirs et de la cendre elle protège celui qui la porte car elle lui confère l’invisibilité.

 

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San Francisco Peaks

Les quatre monts positionnés aux quatre points cardinaux du territoire navajo en délimitent le contour, le transformant en un hogan immense, toute la nation navajo est dans ce périmètre sacré.

Le symbolisme des cendres

Les cendres protègent l’homme des dangers non-identifiés. Autrefois, les chasseurs navajo revêtaient des habits de couleur grise. Aujourd’hui, elles continuent de faire partie intégrante des rituels de protection ou d’exorcisme.

Le hataali les répand à l’extérieur du hogan cérémonial avant le lever du soleil afin d’éloigner les mauvais esprits qui auraient pu se manifester au chanté pendant la nuit.

Leur dissémination doit être réalisée avec de nombreuses précautions. Il nefaut jamais s’en débarrasser de jour face au soleil car cela constitue une insulte aux Yei qui éviteront d’emprunter le « chemin », la trace laissée par les cendres menant au hogan. Le « Chemin des Cendres » réalisé dans de mauvaises conditions peut avoir une action contraire à celle escomptée. On l’appelle alors le « Chemin de la Pauvreté », une allusion à l’indigence spirituelle et morale qui peut accompagner la maladie.

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Peuple Maïs, peinture de sable de la Voie du Projectile, Franc J. Newcomb, 1937, J.J. Augustin, New York.

L’hohzo

L’hohzo c’est le maintien de l’harmonie, c’est l’objectif essentiel des cérémonies des peintures de sable.

La beauté est d’essence divine voilà la vérité. Elle descend des êtres sacrés ancêtres du peuple navajo qui en a la charge aujourd’hui et c’est à lui qu’il revient d’en assurer la présence sur terre. La beauté, l’harmonie qui unissent toutes choses dépendent de ce peuple.

Les intervenants

La cérémonie est toujours dirigée par un homme médecine et ses apprentis sous sa responsabilité même si parfois il ne réalise pas lui-même la peinture de sable, il en dirige toute l’opération dans ses moindres détails. Ses assistants apprennent alors les différentes peintures associées à chaque cérémonie.

Les rites de purification...

Avant de s'allonger ou de s'asseoir sur la peinture de sable qui a été réalisée à son intention, le patient -celui pour qui l'on chante- doit se purifier. Cette première étape vers la guérison permet d'extraire le mal du patient et d'être présentable aux Yei qui viendront se presser autour du corps du malade, attirés par l'offrande sacrée que constitue la peinture de sable, miroir de leur beauté.

Plusieurs types de rites de purification existent:

  • utilisation du feu » le patient doit enjamber des tisons de bois,
  • bains de sueur dans la loge de sudation
  • ingestion d'émétiques,
  • shampoing au yucca...

 

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La cérémonie, quelques notions

 

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Les cérémonies sont effectuées entre initiés, peu de blancs ont eu l’occasion d’y assister et même si dans l’un des livres dont je me suis servie pour écrire ces quelques lignes les auteurs ont eu l’occasion d’y assister, je respecterais le secret dévoilé dans leur livre en ne citant que quelques petites pistes.

L’homme médecine et ses assistants dessinent sur le sol du hogan une peinture de sable composée du panthéon navajo. Ces dieux masqués qui entrent dans le hogan signifient que la peinture est aboutie et assez belle pour les attirer sur terre.

Le malade est prié de s’asseoir au centre de la peinture. Puis l’homme médecine suivant un ordre précis applique ses mains humectées sur l’œuvre de sable et les pose ensuite sur le corps malade. Toute la peinture est transférée sur la peau du malade. A lui ensuite de réaliser que sa maladie provient d’une rupture avec l’harmonie et que la chance lui est donnée de reconquérir un équilibre, une beauté intérieure sans lesquels il n’est de vrai santé.

En parallèle de cette cérémonie, des chants et des prières par centaines sont déclamés.

Une cérémonie courte ne comporte pas moins de 447 strophes ou versets, chaque strophe composée de plusieurs dizaines de vers. Un savoir ancestral pour lequel l’homme médecine travaille pendant des années pour l’acquérir.

Il existe près de 600 peintures à travers la collection du début du siècle, 4 ou 5 sont réalisées pour chaque cérémonie.

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La trousse de médecine

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Certains éléments de la trousse se procurent facilement : pollen, turquoises, cristaux de quartz, poudres de couleur, bâton de prière, mais il n’est pas aisé s’entrer en possession des masques qui représentent les êtres sacrés car il faut faire appel à des masques déjà éprouvés. Certains ont été détruits ou ont disparus lors de la longue marche d’exil des navajo.

Le pollen, agent purificateur et principe de vie, symbolise la connaissance, garante de santé dans la spiritualité navajo.

Le pollen, élément précieux et ô combien fragile, symbole d’ensemencement, est transporté au gré du vent. Il est donc soumis aux aléas des forces atmosphériques comme l’est chaque patient potentiel face à l’adversité et à la maladie.

Les mouvements tournoyants du pollen rappellent aux Navajo que l’on ne peut prétendre tout contrôler. Cependant, comme il permet de féconder jusqu’aux endroits les plus éloignés, il représente la force de la vie. Dans de nombreuses peintures de sable, le contour des sabots et des pattes des buffles est dessiné en jaune car ces animaux contribuent à répandre le pollen.

 

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Franc Newcomb, sand paintings

 

Les voies ou chants

Les cérémonies de guérison navajo sont constituées de nombreux chants traditionnels, mélopées, danses, peintures rituelles, prières sacrées, que l'on appelle les voies, comme la " Voie de la Bénédiction " ou encore la " Voie de la grêle " Elles doivent être exécutées à la perfection pour être performantes. Certaines Voies sont à jamais éteintes, mais certaines comme la " Voie de la Bénédiction ". Chaque voie ou chant possède son mini panthéon et révéle un aspect de l’histoire originelle.

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La voie de la nuit

Elle est l’un des ciments de la société navajo, perdre la voie de la nuit pour les navajo reviendrait à ne plus exister. Nombreux sont les hommes médecines à vouloir acquérir les clés de cette cérémonie. L’apprentissage est long et réclame beaucoup de sacrifices et d’abnégations. Par contre, son acquisition en retour donne à celui qui la possède la pleine maitrise et le hisse au sommet de son art et de la société toute entière.

La voie de la nuit est demandée pour traiter des problèmes personnels ou de groupe, dénouer des tensions internes à un individu, une famille, un clan. Il existe plus de 50 chants ou voies pour guérir des maladies différentes.

Les navajo utilisent la voie de la nuit pour guérir des blocages internes, à un groupe humain, les nœuds, les déficiences du corps au niveau des membres, des organes des sens, la vision défectueuse, la paralysie etc….

Une étude publiée par l’Indian Health Service en janvier 1999 montre que sur un échantillon de 300 Navajo interrogés entre juin et septembre 1997, ceux qui avaient eu recours aux services d’un hataali souffraient de maladies qui « immobilisent » métaphoriquement ou littéralement le patient : l’arthrite, les douleurs de dos, la dépression et une série de troubles désignés par « la mauvaise chance. »

Les patients qui avaient eu recours aux Voies décrivaient leur incapacité à évoluer harmonieusement au sein du groupe social. Cette incapacité pouvait être soit un handicap physique causé par un réel disfonctionnement organique soit un trouble psychique tout aussi invalidant.

 

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Autres cérémonies :

 

  • la voie du projectile qui a une ampleur égale à celle de la voie de la nuit
  • la voie de la grande étoile
  • la voie de la montagne du coyote
  • la voie de l’ennemi de l’eau
  •  la voie de la bénédiction est la plus courte et peut s »insérer dans d’autres cérémonies majeures, c’est aussi la plus commune, elle est pratiquée pour des évènements de la vie quotidienne (passages = puberté, accouchements etc).
  • la cérémonie du chant de la main tremblante est pratiquée par des femmes médecine qui entrent dans une sorte de transe qui sert à donner la nature du mal et diagnostiquer le remède à appliquer.

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Le concept de guérison navajo

La nature en l’homme comme hors de lui est harmonie et équilibre, le trouble de cet équilibre c’est la maladie.

Dans ce cas la maladie n’est pas quelque part dans l’homme : elle est dans tout l’homme, toute entière en lui, les circonstances sont des occasions et non des causes.

Il n’y pas de guérison sans une remise en ordre et un embellissement des relations unissant un malade à ses semblables, à son environnement naturel. La maladie est un manquement à cette relation mais elle n’est pas une punition. Ce ne sont pas les êtres sacrés qui viennent désobéir à cet ordre créé par eux.

Le sacrifice du malade est d'accepter de renoncer aux velléités de domination sur la matière et le temps. Lorsque le patient accepte de s’abandonner en réitérant sa confiance en un ordre magnifique et bienveillant, il guérit.

La maladie aurait selon eux deux sources, l’une extérieure que maîtrise la médecine occidentale dans les microbes, les virus, la pollution, l’autre intérieure et que la médecine navajo identifie, associée à la perte volontaire d’une beauté intérieure, d’une sacralité que chacun pense en soi. C’est par cette fissure que passeraient les microbes, les virus. Et si les hogans existent dans les grands hôpitaux américains du territoire, c’est pour permettre au malade de parachever sa guérison en rejoignant l’harmonie.

La convalescence

La convalescence n’a pas sa place dans la guérison navajo. Le peuple refuse de considérer la convalescence comme un état allant de soi, transitoire, intercalaire entre la maladie et la bonne santé.

Pour guérir, le malade doit se forger un comportement neuf plus accordé à l’état d »hohzo. Penser en terme de convalescence c’est abandonner les commandes. Un malade qui se considère comme convalescent est victime d’un leurre, il n’a pas compris que la guérison relève de son initiative. Un convalescent est quelqu’un pour qui la maladie vient de l’extérieur, une personnes qui laisser faire le temps, les autres, qui n’assume pas les causes internes d’abord, à l’origine de sa maladie et qui ignore le vrai chemin de la guérison.

Rester en bonne santé dans la médecine navajo ne saurait vouloir dire adopter une attitude craintive. Ce n’est pas nécessairement vivre sans prise de risque, à l’abri dans une bulle dans la crainte des microbes, des virus autrement dit de la vie.

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Le chant de la nuit (extraits)

 

Dans la maison faite d’aurore
Dans la maison faite de crépuscule
Dans la maison faite de sombres nuages
Dans la maison faite de pluie mâle
Dans la maison faite de sombre brouillard
Dans la maison faite de pluie femelle
Dans la maison faite de pollen
Dans la maison faite de sauterelles

 

Quand le sombre brouillard barre la porte
Le chemin pour le traverser se trouve dans l’arc-en-ciel
Quand les éclairs zigzaguent sur le faîte
Quand la violente pluie bat les cimes
Oh, mâle divinité !

Avec tes mocassins de nuage sombre, viens à nous
Avec tes jambières de nuage sombre, viens à nous
Avec ta chemise de nuage sombre, viens à nous
Avec ta coiffe de nuage sombre, viens à nous
Avec ton esprit enveloppé de nuage sombre, viens à nous
Avec le sombre tonnerre au-dessus de toi, élance-toi vers nous……

Avec l’arc-en-ciel accroché à la voûte au-dessus de ta tête, élance-toi vers nous
Avec l’obscurité lointaine faite de sombres nuages au bout de tes ailes, élance-toi vers nous
Avec l’obscurité de la terre, viens à nous

Je t’ai offert le sacrifice rituel
J’ai préparé le pollen pour toi.

Fasse que mes pieds se rétablissent
Fasse que mes membres se rétablissent
Fasse que mon corps se rétablisse
Fasse que mon esprit se rétablisse
Fasse que ma voix se rétablisse

Avec joie, je me rétablis
Avec joie, mon intérieur s’apaise
Avec joie, mes membres retrouvent leur force
Avec joie, ma tête devient calme
Avec joie, j’entends à nouveau
Avec joie, je marche

Insensible à la douleur, je marche
La lumière en moi, je marche
Sentant la vie, je marche.

Dans la beauté, je marche


Avec la beauté devant moi, je marche
Avec la beauté derrière moi, je marche
Avec la beauté au-dessus de moi, je marche
Avec la beauté au-dessous de moi, je marche
Avec la beauté tout autour de moi, je marche

Tout est fini dans la plénitude
Tout est fini dans la plénitude

Retrouvez les navajo sur cocomagnanville  ICI

 

Une lecture intéressante pour en savoir plus :

 

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Sam Begay né en 1935 dans la partie de la réserve navajo située en Arizona, issu d’une famille nombreuse et traditionnelle est devenu un homme-médecine renommé et respecté, qui a joué un rôle décisif dans l’élaboration du droit coutumier navajo.

Moi Sam Begay, homme médecine navajo par Marie-Claude Feltès-Strigler    ICI

Caroleone

Sources : regards éloignés, Enquête sur les savoirs indigènes de Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou, médecine et navajo

 

Rédigé par caroleone

Publié dans #Savoirs des peuples 1ers, #Peuples originaires, #Navajo

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W
Bonjour, merci pour cet article très complet, je me permets de faire un lien avec mon blog.
A

Bonjour Caro,


elles sont magnifiques ces peintures, mais une fois la cérémonie terminée, elles sont condamnée si le support est de sable! je vois que sur une des premières images, le support est en tissu
cousu, je me trompe?
C


Bonjour Almanitoo,


 


Les images sont des tapisseries bien souvent, elles ont été réalisées sur les photos de Franc Newcomb par cette européenne qui était amie avec Hosteen Klah un homme médecine célèbre qui lui a
permis de photographier et reproduire les dessins ce qui n'a pas été du tout du goût des autres navajo.


A l'époque, lui même pensait ses savoirs perdus et ne pouvant être pérennisés d'où cette idée de sa part. Le temps l'a fait se tromper car les savoirs sont d'autant plus actifs que les peintures
de sable en plus de guérir sont aussi des oeuvres d'art exposées dans certains musées.


Cela fait plusieurs mois que j'ai ce projet d'article, j'ai découvert cette pratique évidemment en écrivant sur les navajo mais ce peuple est si riche en enseignements que je ne pouvais tout
aborder sur le même article. Alors, j'ai lu et fait des recherches que je peux alors restranscrire succinctement ce jour en occultant volontairement le cas d'Hosteen Klah et de Franc Newcomb qui
à mes yeux ont déjà eu bien assez de publicité, en occultant le côté artistique des peintures et en mettant en avant uniquement le côté traditionnel et le concept de santé/harmonie.


 


Il faut savoir qu'il y a quelques années des hommes médecine ont découvert une trousse de médecine dans un musée américain et ils ont tout fait pour la récupérer car cela les a mis dans une
colère terrible.


En effet, nous autres voyant cela dans un musée ne serions sans doute pas choqués, alors qu'il y a tout lieu de l'être : un musée doit forcément receler des objets du passé, de l'histoire et les
trousses de médecine et ce qui correspond à la médecine des navajo ne sont pas du tout dans le passé, une histoire enterrée, au contraire ses objets font partie de leur quotidien. Imagine un peu
l'affront qui leur était fait, ils ont donc pu récupérer leurs objets rituels dont certains avaient dû être égarés ou perdus lors de leur déportation.


 





Hataali récupérant les objets rituels exposés et entreposés au Wheelwright Museum.


 


 


 


Sinon, évidemment les peintures de sable une fois appliquées sur le corps du patient sont perdues mais les dessins les représentant sont enseignés pendant des années aux futurs hommes médecine,
c'est un savoir ancestral d'une dimension impressionnante, une autre façon de penser la santé.


 


Voilà, j'espère t'avoir apporter un peu plus d'éclairage.


 


Bises


 


caro