Noriega dort en prison en France

Publié le 28 Avril 2010

 

L’ex-dictateur, ex-trafiquant de drogue et ex-agent de la CIA, extradé des États-Unis est arrivé hier à Paris. Condamné par contumace, il devrait être à nouveau traduit en justice

L’ancien général et chef de facto du Panama finira-t-il ses jours derrière les barreaux en France ? Antonio Noriega est arrivé hier matin à Roissy où il devait être entendu par la justice française. Le 1er juillet 1999, le tribunal correctionnel de Paris l’avait condamné par contumace à dix ans de prison pour blanchiment de fonds provenant du trafic de drogue. « Nous allons tout faire pour démontrer que sa place n’est pas en France, que cet homme doit rentrer dans son pays, (…) qui le demande », a fait valoir son avocat, Me Metzner, au titre de son statut de prisonnier de guerre, de l’immunité dont jouissent les chefs d’État, et de la prescription des faits.

 

Condamné en 1992 aux États-Unis à une peine de prison de trente ans pour trafic de drogue, association de malfaiteurs et conspiration, peine ramenée à dix-sept ans pour bonne conduite, le sort de l’ex-général, aujourd’hui âgé de soixante-quinze ans, était suspendu à la décision de la Cour suprême. Lundi, la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton a signé son acte d’extradition sans en avertir ses avocats américains. Trafiquant de drogue notoire et collaborateur distingué de la CIA jusqu’au début des années quatre-vingt, l’ex-général a été renversé en 1989 par les États-Unis lors d’une invasion militaire. Il fut un allié hors pair de la première puissance mondiale. Washington était bien peu regardant des agissements antidémocratiques et illégaux du personnage tant que ce dernier servait fidèlement ses intérêts contre-révolutionnaires et économiques –via le canal de Panama – dans la région. Jusqu’au jour où il a fini par troubler les visées du Pentagone. Aux États-Unis, lors de son procès, la justice avait bien pris soin d’écarter toute référence d’« ordre politique ».

 

Au Panama, le ministre des Affaires étrangères a déclaré « respecter la décision » d’extradition vers Paris. Comme si le pays n’avait pas de dossier Noriega. Pourtant deux peines de prison de quinze ans et vingt ans attendent le dictateur déchu pour les meurtres de deux opposants. En France, Noriega doit toujours répondre du chef d’inculpation de blanchiment d’argent pour un montant de 3,5 millions de dollars. Argent qui transitait par plusieurs banques françaises, le CIC, la BNP, le Crédit Lyonnais, entre autres. Personne a l’époque n’avait fait cas de cette fortune douteuse. En 1987, Noriega s’était même vu décorer de la légion d’honneur par le président socialiste français, François Mitterrand. Depuis, les biens du couple Noriega, qui s’est vu infliger une amende de 41 millions de dollars, ont été saisis. La justice française pourrait néanmoins engager un nouveau procès. Sans pour autant dissiper les zones d’ombres de cet imbroglio politico-financier et judiciaire.

 

Cathy Ceïbe pour l'huma

 

 

 

 

 

 

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA

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