Mexique: Atenco, fer de lance de la lutte contre l’imposition de Peña Nieto

Publié le 16 Juillet 2012



Suite aux élections du 1er juillet dernier au Mexique, a été déclaré
vainqueur, avant même le décompte total des bulletins de vote, Enrique
Peña Nieto, marionnette médiatique promu par les deux principaux groupes
télévisés du pays, Télévisa et TV Azteca, et candidat du Parti
Révolutionnaire Institutionnel, ayant gouverné le pays d’une main de fer
pendant près de 70 ans. Durant les mois précédents l’élection
présidentielle, une large contestation, principalement étudiante, s’est
développée dans le pays contre sa candidature.

Aujourd’hui dans tout le Mexique, assemblées et manifestations se
succèdent afin de dénoncer les conditions dans lesquelles s’est déroulé le
processus électoral, et notamment les massifs achats de vote en faveur du
PRI qui eurent lieu durant les derniers jours précédant les élections.

A la pointe de ce combat, se trouve le Front des villages en Défense de la
Terre de San Salvador Atenco, ayant victorieusement empêché
l’expropriation et la construction sur leurs terres collectives du nouvel
aéroport de la ville de Mexico en 2002, et victime en 2006 d’une terrible
répression mise en œuvre par Enrique Peña Nieto, alors gouverneur de la
zone, et ayant abouti à la mort de 2 jeunes, le viol de plusieurs dizaines
de femmes et l’incarcération de centaines de personnes (aujourd’hui toutes
libérées suite à la mobilisation nationale et internationale). Ce
week-end, le mouvement étudiant et le Front des villages appelaient à la
réalisation d’une « Convention Nationale » à San Salvador Atenco afin de
lutter contre l’imposition de Peña Nieto à la Présidence. En voici le
texte d’appel.

EN CHEMIN VERS LA CONVENTION NATIONALE
CONVOCATION URGENTE ADRESSEE A TOUTE LA NATION MEXICAINE

Enrique Peña Nieto ne doit pas être président, parce que :

1. Le processus électoral a été vicié depuis des années. Durant 6 ans une
campagne télévisée financée en millions de pesos sur les fonds publics a
été réalisée afin de promouvoir Peña Nieto jour après jour, et ainsi, de
piéger et influencer l’opinion publique.

Des programmes gouvernementaux ont été utilisés pour acheter les votes en
échange de « faveurs » comme la dotation de crédits pour l’agriculture, de
programmes alimentaires, de programmes d’aide aux mères qui travaillent,
d’appuis économiques afin de construire son logement, etc. Des ressources
publiques ont ainsi été détournées dans plus de 20 Etats du pays par les
gouverneurs du PRI [Parti Révolutionnaire Institutionnel], et une
multitude de présidents municipaux et de commissaires d’ejido . A tout
cela il faut ajouter le large dépassement des frais de campagne électorale
autorisés et le vote corporatiste de la part des syndicats et des
corporations « jaunes » (SNTE, PEMEX, FSTE, CNOP, etc.), ayant obligé les
travailleurs à voter sous la contrainte. Tout cela a conduit à une
élection en faveur du candidat priiste. Et pour conclure avec la cerise
sur le gâteau, s’y ajoutent toutes les irrégularités produites le 1er
juillet durant l’élection : urnes ouvertes à la moitié du processus
électoral, donations d’argent en échange de la photo du bulletin, vol
d’urnes, bulletins manquants dans les urnes spéciales, menaces exercées
sur les observateurs citoyens, répartition de cartes d’achat Monex et
Soriana profitant de la nécessité des gens, et bien plus d’anomalies
encore, que nous citoyens avons vécus.

L’Institut Fédéral Electoral était au courant de tout ce qui a été
mentionné précédemment, et dans les faits, s’est converti en complice de
la prétendue imposition de Peña Nieto à la Présidence. Le processus
électoral n’a pas garanti un vote libre, raisonné et informé. L’imposition
à la présidence de la République de Peña Nieto et du régime priiste qu’il
représente a été décidée et planifiée depuis longtemps et on prétend
aujourd’hui la mettre en œuvre.

2. Le PRI est le responsable de l’instauration du néolibéralisme dans
notre pays et Peña Nieto promet de continuer sur cette ligne.

Sous mandat des organismes internationaux et sous l’impulsion [des anciens
Présidents] Miguel de la Madrid, puis de Carlos Salinas, le
néo-libéralisme a été imposé au Mexique depuis plus de 20 ans par tous les
présidents du PRI et du PAN, au travers de la privatisation de
pratiquement toutes les entreprises publiques, au travers du Traité de
Libre Echange qui a abouti à la dévastation des campagnes, à la mise à
disposition des ressources naturelles (eau, terres, forêts), à la
spoliation des villages et des communautés indigènes, à la mise à
disposition du territoire aux entreprises minières, à l’extermination de
la diversité culturelle et biologique, l’attaque à l’éducation intégrale,
aux avancées dans la privatisation de l’éducation et de la santé, et à la
mise à disposition de la banque aux secteurs privés qui l’ont pillé, avant
d’être « sauvés » par les fonds publics, ce qui provoqua les crises de
1988 et 1995 ; faisant couler des millions de mexicains dans la pauvreté,
en échange de l’enrichissement d’une poignée de grands chefs d’entreprises
nationaux et étrangers ( les véritables maîtres du pays, dont les
gouvernements sont les serviteurs). Une ligne poursuivie durant les douze
dernières années par les gouvernements du PAN.

Peña Nieto promet de continuer sur cette voie, à travers l’annonce de «
l’ouverture » (c’est-à-dire la privatisation) de PEMEX et de la CFE au
privé ; une réforme fiscale et l’augmentation conséquente de la TVA sur
les médicaments et les aliments de première nécessité ; et la réforme du
droit du travail, entraînant la légalisation de la spoliation de tous les
droits des travailleurs.

En résumé, Peña Nieto promet de continuer à piller la nation et de nuire à
toute la population au bénéfice de ses chefs, quelques-uns d’entre eux
multimilliardaires.

3. En revenir au vieux régime priiste répressif et autoritaire est un
retour en arrière de l’histoire.

La corruption, l’imposition, la violence d’Etat, le gouvernement au
service du narco, la violation des droits humains, le mépris et l’abus
comme principes politiques, les massacres de 1968, la répression des «
halcones » en 1971, [les massacres d’] Acteal, Aguas Blancas et El Charco
: des pratiques ayant conduit au rejet du PRI, que Peña Nieto promet de
remettre au goût du jour et d’approfondir. C’est ce qu’il met en lumière
en revendiquant avec orgueil l’opération d’Atenco qui conduisit à la mort
de deux jeunes assassinés et à des dizaines de femmes violées ; quand il
présente comme son nouveau conseiller en matière de sécurité à Oscar
Naranjo, expert colombien dans la création de groupes paramilitaires,
assassinats et disparition de citoyens, expert dans le combat à un cartel
du narco pour céder ses « places » à un autre cartel de la drogue. Il
montre ainsi que la guerre initiée par Calderon [Président du Mexique
toujours en exercice], va continuer et s’approfondir, avec pour
conséquences l’assassinat de civils innocents, ainsi que les féminicides à
Ciudad Juarez et dans l’Etat de Mexico, l’assassinat de journalistes et la
répression des mouvements sociaux.

Pour tout ce qui a été exposé antérieurement, la commission promotrice de
la Convention Nationale convoque toute la population à serrer les files,
et lancer toutes nos forces dans la lutte qui se donne pour objectif
d’empêcher que soit avalisé l’imposition de Peña Nieto à la Présidence.

Nous convoquons tout le monde à se réunir immédiatement en assemblées ou
au sein des organisations pour discuter de que faire face à cette
imposition et comment. Ceci en cherchant la transition, depuis une
participation citoyenne restée apathique et passive durant plusieurs
années, à une participation consciente en vue d’un exercice démocratique.
Que le peuple du Mexique qui a vu ses droits constitutionnels violés
assume la volonté de participation à cette invitation qui cherche une
justice pour tous les secteurs de la population :

NOUS CONVOQUONS


Toutes les organisations et les mouvements sociaux, les étudiants, les
professeurs, les syndicats, les travailleurs et les employés, les paysans
et les ejidatarios, les migrants, les habitants des quartiers, les
indigènes et toute la population à la

CONVENTION NATIONALE


Qui se réalisera les 14 et 15 juillet 2012 à San Salvador Atenco, avec
pour ordre du jour :


1. La lutte contre l’imposition


2. La structure organisationnelle et la construction de la Convention
Nationale


3. Le Programme de Lutte

Convention Promotrice de la Convention Nationale

NOTE :


L’ejido est un système de gestion collectif de la terre regroupant en
général de quelques dizaines à quelques milliers d’ « ejidatarios », qui
se réunissent régulièrement en assemblée générale pour prendre des
décisions collectives (travaux, chemins, puits, aides agricoles, etc…), et
élisent tous les 3 ans un commissaire d’ejido, un secrétaire et un
trésorier, qui peuvent normalement être destitués par l’assemblée. Malgré
ces règles de fonctionnement exemplaires, issues de la Révolution
mexicaine du début du 20e siècle et du programme agraire promu par
Emiliano Zapata, dans la pratique les commissaires d’ejidos ont ensuite
souvent été cooptés par le PRI au travers de son syndicat, la
Confédération Nationale Paysanne (CNC), ou bien imposés par les autorités
agraires. Depuis 1992 et l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange
nord-américain en 1994, l’Etat mexicain cherche à faire peu à peu
disparaître les ejidos au bénéfice de la propriété privée des terres. Dans
de nombreuses régions rurales et indiennes du Mexique, l’ejido continue
cependant à être l’une des instances sociales et politiques centrales de
la vie paysanne.

--

Communiqué antérieur d’Atenco au sujet des élections présidentielles :
-- Aux jeunes et aux étudiants
Aux indigènes, paysans et ouvriers
A tous ceux qui sont prêts à lutter pour un pays meilleur
Au peuple entier

Nous adressons un appel urgent afin de continuer à nous organiser pour
construire un pays meilleur où la vie démocratique soit respectée. Il est
évident que se prépare l’imposition d’Enrique Peña Nieto [à la Présidence]
et que lui donneront leur aval l’Institut Fédéral Electoral et tous ceux
qui aujourd’hui maintiennent le pouvoir en place, comme les chaînes de
télévision, les institutions gouvernementales ainsi que le groupe
Atlacomulco, car ce sont eux qui cuisinent cette imposition et eux qui
légitimeront la manipulation des médias et qui donneront le coup d’envoi
pour diminuer les libertés démocratiques dans ce pays. Ces élections nous
montrent que le système néo-libéral dans lequel nous vivons - ou bien
plutôt dans lequel ils nous ont fait vivre, parce que jamais nous n’avons
été consultés pour savoir si nous le voulions ou non-, que c’est un
système qui n’est pas fait pour le véritable changement que nécessite le
peuple, mais est surtout destinée à valider par courrier la Présidence de
ceux qui resteront au pouvoir. C’est un système où l’imposition de force
est légitime pour la classe politique, et où la rébellion de notre part
est synonyme de délit.

Les manifestations qui se sont organisées ces derniers jours sont la
preuve véritable de l’inconformité, du rejet, de l’indignation et
l’énervement d’un peuple qui n’est pas prêt à permettre qu’une fois de
plus ses droits soient détruits. Ceci est la lutte qui se manifeste contre
l’oubli, et contre toute la structure politique que représente le PRI, les
médias compris. Nous nous n’oublions pas ce qui a eu lieu à Atenco, et
nous ne pardonnerons jamais à ceux qui ont violé nos communautés, quand
ils cherchaient à nous déposséder de nos terres. Cette lutte que nous
avons mené durant neuf mois en 2001 et 2002 et que nous avons gagné grâce
à la décision et la solidarité du peuple, fut la raison pour laquelle nous
fûmes réprimés en 2006, parce que nous n’avons pas permis l’imposition du
projet et les millions qu’un petit nombre de personnes comptait en
retirer. Aujourd’hui, la menace de spoliation est toujours là, déguisée
sous les habits de CONAGUA (Commission nationale de l’eau), car ce sont
eux le nouveau visage du capitalisme institutionnel qui s’approprient et
exploitent systématiquement les ressources naturelles appartenant au
peuple. Aujourd’hui c’est ce qu’ils pratiquent dans les ejidos d’Atenco,
fermant les puits, sachant bien leur rôle vital, et rendant chaque fois
plus difficile la culture des champs. Cela, c’est l’autre face de la
spoliation que nous ne les laisserons pas mettre en œuvre.

La spoliation, la répression, l’intolérance, les privatisations et
l’inégalité, telles sont les formes que tentera d’utiliser ce nouveau
représentant du Néolibéralisme, et où petit à petit nous perdrons nos
libertés. Il est nécessaire d’empêcher l’imposition d’un assassin et d’un
violeur, qui s’enorgueillit d’avoir ordonné la répression contre notre
village. C’est indignant de voir Peña Nieto se présenter comme le visage
du changement, alors que l’impunité lui est toujours accordée pour les
faits des 3 et 4 mai 2006 et tout ce qu’a généré l’Etat de Mexico, parce
qu’il n’y eu ni justice pour les femmes violées, ni pour les plus de 200
détenus qui furent incarcérés et torturés, puis condamnés à des peines
allant jusqu’à plus de 100 ans de prison, alors que les policiers
tortionnaires ont profité d’une impunité totale et que personne n’a été
condamné. Cela, c’est ce qui a été nécessaire pour « rétablir l’ordre »
dans notre village, parce que le dialogue n’a jamais été recherché, et
parce qu’aucune autre alternative n’a été ouverte pour résoudre les
exigences, alors qu’un accord antérieur avait été trouvé, que l’Etat viola
en envoyant ses « forces de l’ordre ».

Cela, c’est le véritable Peña Nieto, qui dans sa recherche d’alternatives
pour résoudre les conflits sociaux, mettra toujours au-dessus de toute
autre considération la police, la répression et l’absence de dialogue.

Nous ne nous fatiguerons jamais de dénoncer l’assassin, celui qui a les
mains rouges du sang versé sur notre place publique. Cette place que,
malgré tout, nous avons rempli de la victoire et de la solidarité, parce
que malgré ce qu’il nous a fait, nous nous n’avons jamais baissé les bras
et nous ne les baisserons jamais jusqu’à ce que justice soit faite. Nous
savons que la justice ne viendra pas d’eux, des politiciens, mais que la
justice, ce sera le peuple qui la rendra. Ils nous ont roués de coups mais
ne nous ont jamais vaincus. Nous leur disons que, quel que soit celui qui
restera sur le siège présidentiel, nous continuerons à lutter contre toute
injustice commise dans nos villages, et que nous continuerons à construire
l’organisation d’un pays où, reprenant l’exemple de nos frères zapatistes,
« le peuple commande et le gouvernement obéit ».

Nous convoquons à une mobilisation nationale à partir du 2 juillet
prochain, afin d’établir une Convention Nationale à San Salvador Atenco
afin de continuer à construire ce projet de nation qui puisse bénéficier
dans son essence à tous les secteurs de la société, où soient écoutées
toutes les voix qui conforment notre nation, que se fortifient la
discussion et les actions qui ne doivent pas se limiter au terrain
électoral, mais bien plutôt aller au-delà. La construction du changement
réside dans le peuple et non dans les gouvernements qui ne sont que des
marionnettes du système en place au pouvoir.

¡Zapata vive, la lucha sigue!


¡La patria no se vende, se ama y se defiende!

Front des villages en défense de la Terre

Atenco, juin 2012.

NOTE. Le « groupe Atlacomulco » est un groupe d’hommes d’affaires et de
dirigeants priistes issus de cette petite ville de l’Etat de Mexico, d’où
est également originaire Enrique Peña Nieto. Notamment actifs dans
l’immobilier, la construction publique et les transports, le
fonctionnement mafieux du « clan » leur a permis de prendre le contrôle de
l’appareil politique de l’Etat de Mexico (le plus peuplé du Mexique), et
aujourd’hui peut-être, de la Présidence. Hank Gonzalez, considéré comme
l’ancêtre du clan, est resté célèbre pour cette petite phrase : « Un
politicien pauvre est un pauvre politicien ».

 

Indymedia nantes

 

 

 

 

 

 

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Mexique

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