Les restes de Pablo Neruda exhumés au Chili + Testament d'automne, extrait

Publié le 16 Avril 2013

pablo-neruda-2.jpgSur saisine du Parti communiste chilien, la justice tente d’élucider les causes de la mort du poète, attribuées aux suites d’un cancer, alors qu’il pourrait avoir été empoisonné.

Il y a cinq mois, le Parti communiste du Chili a saisi la justice pour qu’elle fasse ­exhumer le corps du poète Pablo Neruda, ­décédé le 23 septembre 1973 : les opérations, consistant à faire toute la lumière sur les ­circonstances de la mort du prix Nobel, ont débuté dimanche à Isla Negra sur la côte centrale du Chili. Sous la supervision du juge Mario Carroza, qui instruit l’affaire, une équipe de médecins légistes chiliens et étrangers procédera aux prélèvements des restes de l’illustre écrivain.

Le Parti communiste chilien, qui n’a jamais cru à la thèse officielle du pouvoir dictatorial du général Pinochet selon laquelle Pablo Neruda serait mort de « cachexie cancéreuse », un état de malnutrition extrême et de grandes faiblesses due à son cancer de la prostate, est convaincu que le poète a été assassiné sur ordre de la dictature chilienne. ­Manuel Araya, soixante-cinq ans aujourd’hui, à l’époque jeune militant que le parti avait désigné comme assistant et chauffeur du poète, est affirmatif : « Neruda a été assassiné. » Le 22 septembre 1973, la veille de son décès, le poète, hospitalisé à la clinique Santa Maria de Santiago, avait informé son assistant qu’on lui avait fait une injection létale dans l’estomac. Manuel Araya est persuadé qu’on a injecté une substance toxique à Pablo Neruda.

Tous ceux qui l’ont visité à l’époque s’accordent à dire que l’écrivain n’était pas en danger. À commencer par l’ambassadeur du Mexique au Chili en 1973, dont le pays avait accordé l’asile politique. Les autorités mexicaines lui avaient fourni un sauf-conduit et un avion se tenait prêt à ­décoller pour Mexico le 24 septembre. « Lorsque je l’ai connu, c’était déjà un homme malade, mais il n’était pas squelettique ni catatonique. Autrement, je n’aurai pas envisagé de le mettre dans un avion pendant neuf heures », confiait le diplomate mexicain, en juin 2011, à un journaliste de l’AFP. « Il n’était pas dans un état de cachexie. Nous avons la conviction, la certitude la plus absolue que Neruda n’est pas mort de mort naturelle », ­affirme de son côté son avocat, Eduardo Contreras.

Une certitude, la dictature chilienne n’était guère disposée à laisser partir Pablo Neruda qui se savait menacé. Car, en raison de sa notoriété internationale – il était lauréat du prix Nobel de littérature –, le poète et dirigeant communiste, qui avait été également diplomate dans plusieurs capitales latino-américaines et européennes (il a été ambassadeur du Chili en France), représentait un grand danger pour le général Pinochet et ses amis.


Hassane Zerrouky

 

L'humanité

 

 


 

 

 

Testament d'automne

 

Il parle de ses ennemis

et leur lègue son héritage

 

 

J'ai été coupé en morceaux

par des animaux rancuniers

qui semblaient invincibles

Je me suis habitué dans la mer

à manger des concombres d'ombre,

et à entrer dans des villes perdues

avec chemisette et armure

de telle façon qu'ils te tuent

et que tu meures de rire.

Je laisse donc ceux qui ont aboyé

après mes cils de voyageur,

ma prédilection pour le sel,

la direction de mon sourire

pour qu'ils emportent le tout

avec discrétion, s'ils en sont capables :

puisqu'ils n'ont pas pu me tuer

je ne puis ensuite empêcher

qu'ils s'habillent de mes vêtements,

qu'ils n'apparaissent les dimanches

avec des parcelles de mon cadavre,

adroitement déguisés.

Si je n'ai laissé personne tranquille

ils ne vont pas me laisser tranquille,

et cela se verra et ça n'a pas d'importance :

ils publieront mes chaussettes.

 

 

Pablo Neruda (Vaguedivague)

 

 

 

 

 

 

 

 

Rédigé par caroleone

Publié dans #Fragments de Neruda

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