Les femmes dans la résistance

Publié le 20 Août 2010

vendredi 20 août 2010 / "le Patriote"

Daniel CLOUCHOUX a eu l’idée de recueillir pour le Patriote des souvenirs de résistants du terroir ayant rempli le rôle de « courrier »,c’est-à-dire d’agents de liaison pour la Résistance, acheminant des messages, mais aussi parfois des armes. Il a choisi des personnes qu’il avait connues après son arrivée dans la région en 1952 dans diverses circonstances et dont il lui a été donné d’apprendre par la suite ce qu’elles avaient fait sous l’occupation. Il les a rencontrées, leur a fait évoquer leurs souvenirs, leur a remis le texte qu’il avait rédigé, et s’est mis d’accord avec le journal pour que ces récits paraissent à l’occasion le l’anniversaire de la libération de Nice, agrémentés « qui plus est » d’une photo d’époque, et d’une plus récente. S’il a mené à bonne fin la tâche qu’il s’était assignée,c’est parce qu’il tenait à illustrer par quelques exemples l’engagement de jeunes femmes-enfants dans la Résistance, estimant que ce qu’elles ont accompli -et elles ont été nombreuses à le faire au péril de leur vie - n’était pas toujours mis en évidence. Ce que Daniel a voulu faire revivre, près de soixante dix ans après avec beaucoup de sensibilité,c’est la situation de ces jeunes filles,de ces jeunes femmes qui ont trouvé tout naturel de faire ce qu’elles ont fait,connaissant le danger qu’elles encouraient,mais désireuses de porter des coups à l’occupant,d’agir pour que la France soit libre et que leur vie connaisse un autre destin. Toutes ont ensuite lutté pour transformer la société,la rendre plus humaine,plus juste,en militant au sein du parti communiste, de la CGT,de l’ANACR... ou en travaillant pour le Patriote. Bravo pour cette originale autant qu’émouvante initiative. Louis FIORI Ancien Résistant

 

Maryse BECCATINI née REVELAT « ANDREE » Née le 22 Août 1928 à LA TRINITE « ANDREE » avait seize ans,pseudo choisi pour continuer le travail clandestin interrompu de son jeune oncle André BAGGIANI de LA TRINITE,arrêté,condamné,emprisonné. Déjà sa mère, résistante de la première heure, la chargeait souvent en sortant du collège, de déposer des chaussures à réparer chez un cordonnier. Ces chaussures allaient et venaient, elles intriguaient ANDREE qui ne posait pas de questions, ce qui était la règle en cette période noire. En fait le cordonnier, résistant de la M.O.I cachait des messages dans les talons. ANDREE est courrier : son rôle est de recevoir des messages et les transmettre avec beaucoup de précautions.

 

L’été 1944 elle avait un rendez-vous à NICE avec un responsable du Front Uni de la Jeunesse Patriotique (FUJP).Parfois elle retrouvait les mêmes contacts et d’autres fois ce sont des inconnus avec un mot de passe et un signe reconnaissable indispensable. Ce jour là elle apportait la « collecte » pour le maquis : c’étaient des petits bons de deux centimètres sur dix intitulés « je verse 20 francs pour le maquis pour chasser les boches, pour une France libre. Ces petits papiers étaient dangereux s’ils étaient trouvés, aussi il était convenu avec les donateurs de les détruire, ou les mâcher et les avaler.

Un jour elle devait communiquer des renseignements sur un petit dépôt d’armes de l’Ariane et du fort de la Drette.Avant de la quitter le camarade lui remet une grande enveloppe épaisse, pour la garder chez elle parce qu’il logeait à l’hôtel et ne pouvait pas la laisser dans sa chambre. A Risso elle prend le tram, par prudence elle s’installe côté unique. Un allemand monte vérifier les papiers des hommes, les sacs et les filets des femmes. ANDREE voyant de loin l’allemand avancer s’asseoit sur le paquet et déplie sa jupe. L’allemand s’approche, ANDREE sent son coeur battre de peur, l’allemand la regarde, lui sourit et sans la contrôler descend du tram qui arrivait à son arrêt. Arrivée à la maison elle ouvre le paquet il y avait deux révolvers. Elle se mit à pleurer et claquer des dents tellement la peur l’avait tenue jusqu’à la maison. Ce jour là elle avait eu de la chance.

Le 22 Juillet 1944 alors qu’elle allait chercher du lait dans une ferme voisine elle remarque un attroupement de soldats devant l’école. Etant jeune courrier de la résistance, prudente elle ne s’attarde pas. Elle fait un détour et se retrouve près du lieu où dissimulée dans les branchages elle assiste à l’exécution de Charles ALUNNI et Claude MENDRJISEZKI par les allemands. Très choquée par ce qu’elle venait de voir, avec une très forte peur, fermant les yeux, elle resta figée au sol et eût beaucoup de mal à se ressaisir.

 

C’est ce souvenir douloureux qui l’a aidée à ne pas baisser la tête, et elle s’engagea pour toujours ( pour la justice, la dignité, la liberté) dans la résistance. Ce sont quelques souvenirs qui ont beaucoup marqué Maryse, et lorsqu’elle les évoque on perçoit dans sa voix l’angoisse d’un mauvais souvenir qui lui revient. Elle adhère au Parti Communiste Français en 1945. Elle est élue au Bureau Départemental de l’Union des Femmes de France. Elle reçoit la médaille de la Résistance. Elle devient la trésorière du Comité de NICE-ANACR

 

Jacqueline LAUTIER née CONSALVI « GINETTE » Née le 16 AVRIL 1926 à NICE Fille de cheminot,à seize ans elle va à l’École de Commerce de Nice pour devenir Secrétaire-Comptable, travaille en alternance en entreprise. Pour apprendre à écrire à la machine elle s’amusait à taper sur des étiquettes « A bas les boches, Vive la France » et le soir avec les Amis ils allaient les coller sur les murs et en mettre dans les boîtes aux lettres.Au début c’était presque une jeu inconsciemment.

 

Un matin de 1943 le port fût cerné par la 18° Brigade de police Française mitraillettes au poing ;les jeunes en question furent arrêtés.Ils devaient apprendre plus tard, après la libération qu’un certain inspecteur « Tornier » avide d’avancement, avec l’aide d’une indicatrice « Gaby la boiteuse »,était à l’origine de leurs arrestations. Ils furent relâchés, faute de preuves, mais étant fichés par la gestapo,les Amis leur avaient conseillé de partir ailleurs.

 

Pendant quelques temps elle travailla dans une imprimerie clandestine avec Laurent GIAUME.Plusieurs perquisitions eurent lieu chez elle du fait de ses activités et de celles de son père (déjà parti dans l’Ardèche).Sur les conseils de la résistance elle décida d’aller à MARSEILLE où elle n’était pas connue.

 

Arrivée à Marseille, seule,un peu désemparée,avec un mot de passe pour le contact,elle erra trois jours.Le contact avait été arrêté quelques jours avant.Elle a la chance de rencontrer,par hasard,un résistant « MATELOT » qui l’aida à prendre contact avec ASTEGIANI René dit « MICHEL »,dont elle devint le courrier, et entra dans l’action de la résistance : fournitures de fausses cartes d’identité,liaisons et transport d’armes en région Marseille et Vaucluse.

 

Elle participa à la libération des détenus politiques de la prison située à côté d’AIX EN PROVENCE.

Octobre 1943 elle a eu sa première grande émotion en transportant des armes à Nice avec d’autres résistants.Pendant le voyage ils faisaient semblant de ne pas se connaître.A l’arrivée au pont du Var,à l’entrée de Nice,il y avait un barrage de contrôle par la police française et les allemands.Son coeur commence à battre elle s’efforce de sourire , pose la valise, demande à un policier français s’il voulait bien l’aider à la porter, ce qu’il accepte galamment. Elle passe le barrage avec le policier,les allemands convaincus qu’elle venait d’être arrêtée,la laissent passer sans la fouiller.Ces minutes lui parurent interminables,la peur au ventre .Puis retour à Marseille où leur abri venait d’être dévasté par un bombardement.Dans la résistance il fallait souvent changer de secteur par prudence.

Un jour avec un résistant niçois CHIONCHINI,venu à Marseille, ils devaient avec les F.T.P. mener une action à la poste COLBERT.Tout était prêt.A peine arrivés sur place il y eut un bruit infernal, « MICHEL » fût projeté à quelques mètres de l’endroit où ils étaient cachés, par le souffle d’une bombe.Les minutes devinrent des heures, et quand elle découvre une vision d’apocalypse, son coeur se soulève de dégoût et d’horreur.Des cris, des gémissements, des gens qui couraient, des maisons qui s’écroulaient. Ce qui l’a choquée le plus, c’est une mère les yeux fous,l’horreur sur son visage qui court en hurlant de douleur, le souffle de la bombe lui avait arraché ses deux fillettes qu’elle tenait par la main.C’était insoutenable.GINETTE lorsqu’elle le raconte s’essuie les yeux tellement cette image lui revient à l’esprit.

 

De retour au Q.G rue de Strasbourg, il fallait vite sortir le matériel avant l’arrivée des allemands.Le travail de la résistance était de plus en plus difficile.Chaque fois qu’un réseau était touché il fallait partir, se regrouper pour former un autre réseau.Cela demandait du temps, de la méfiance et il fallait surtout penser à la sécurité du réseau.

Elle continua son travail des Bouches du Rhône au Vaucluse où elle se retrouva sous les ordres de René GILLI.Contrôles de plus en plus nombreux, au point que pour éviter les gares les déplacements se font à vélo, voire jusqu’à 150 kms, quand ça n’est pas à pied à travers les collines pour rencontrer un contact comme par exemple entre APT et AVIGNON où les chars allemands sont en grand nombre et isolent certains secteurs.

GINETTE raconte : « comme moi il y en avait beaucoup dans la clandestinité ,certains sont tombés, victimes de la répression de VICHY, de la gestapo,d’autres ont été déportés et certains ne sont pas revenus, auxquels je pense et que j’ai connus ». Elle continua ainsi dans le Vaucluse jusqu’à la libération, et après ce fût son retour à Nice. Elle a obtenu :

la médaille de Bronze ( Reconnaissance Républicaine Mérite Civique et Militaire)

Reconnaissance Nationale des anciens FFI-FTPF

Diplôme des Francs Tireurs et Partisans Français

Elle avait adhéré au P.C. Français en 1942

A la Libération elle entre à l’Union des Jeunes Républicains de France ( au Port)

Elle devint une Responsable Départementale (Union des Femmes Françaises) en 1967

 

Henriette DUBOIS « NELLY » Née le 3 Août 1920 à JANVILLE/JUINE (91) « Une vie militante……….toujours en prise avec les évènements » Henriette avait sept ans lors de l’exécution de SACCO et VANZETTI. Grâce aux explications de son père elle prit conscience, malgré son jeune âge, de ce qui se passait le 23 Août 1927. Plus tard, chaque jour elle lisait l’Humanité, ce qui lui permit d’apprendre beaucoup sur l’antisémitisme,l’affaire DREYFUS et l’assassinat de Jean JAURES. Elle fût impressionnée par l’horreur de la guerre de 14-18 et l’accession d’HITLER au pouvoir le 30 Janvier 1933. Tout cela commença à faire son chemin dans son esprit jusqu’en 1936 où elle participe à la grande manifestation de la victoire de Front Populaire.

 

En Juillet 1936 elle adhère à la Jeunesse Communiste au groupe de VILLEFRANCHE,suite à l’attaque de la République Espagnole par les fascistes, puis début 1937 elle crée un groupe de JEUNES FILLES de France à VILLEFRANCHE,dont elle devient la Secrétaire.

En Octobre 1937 ça sera l’adhésion au Parti Communiste.En même temps elle est embauchée comme secrétaire sténo-dactylo à la Fédération ( alors « Région » du P.C.F.) et au journal « LE CRI DES TRAVAILLEURS ».

 

Dans le courant 1937 elle devient Secrétaire Départementale des Jeunes Filles de France et Secrétaire de Virgile BAREL ,une fois par semaine,jusqu’à la dissolution du Parti Communiste .

 

C’est sa vie de militante qui l’amène à taper le « Cri des Travailleurs », « l’Humanité » clandestine et autres tracts dans l’arrière boutique d’une boucherie, rue Vernier. Elle se marie à 20 ans,et commence à assurer quelques liaisons avec des camarades isolés,en particulier à ST.MARTIN DU VAR. Un jour de l’été 1943 en rentrant à son domicile,rue Lange,elle trouve son appartement dévasté par une perquisition, et est arrêtée par la police française,comme beaucoup de militants résistants. N’ayant pas trouvé de preuves contre elle,elle fût libérée ainsi que son frère.Voyant qu’elle ne pouvait pas continuer son activité de résistante dans la région,elle demanda à être affectée aux F.T.P. dans une autre région

Elle fût dirigée sur LYON pour être présentée à celui dont elle sera l’Agent de liaison sous le pseudonyme de « NELLY »,à l’État Major F.T.P. de la zone Sud ;ce qui la fît voyager de LYON à MARSEILLE,TOULOUSE,LIMOGES,CLERMONT-FERRAND et autres.

Malgré la plus grande prudence,c’était toujours la peur au ventre,l’angoisse souvent aux lieux de rendez-vous. A MARSEILLE on lui donna deux postes récepteurs à livrer à LYON, puis une autre mission exceptionnelle, aller à PARIS y transporter une très grosse somme d’argent pour la Résistance, afin d’avoir des disponibilités pour la nourriture,les armes et les faux papiers. Les actions de sabotages s’amplifiaient,ce qui donnait de plus en plus de travail à la Résistance(incendies de dépôts d’essence,attentats, déraillements etc…). NELLY de ce fait devait beaucoup se déplacer, et changer d’endroits pour la prudence. Parfois lors des rendez-vous c’était la mauvaise surprise : soit le contact était arrêté, soit il y avait le signal de repartir.Malgré les peurs, les larmes, le sang, il fallait continuer ou se « mettre au vert » quelque temps.

 

En Mai 1944 après la chute de l’appareil F.T.P. ZONE SUD, suite à une trahison, après une semaine de « mise au vert »,elle reprit du service comme Agent de liaison du Service B (renseignements F.T.P. à MONTPELLIER sous le pseudonyme de MICHELE.

Plus tard elle fût affectée au 1° Régiment du Rhône comme Secrétaire du colonel BRUN, ensuite à la Préfecture de Marseille au bureau du commissaire de la République Raymond AUBRAC.

 

Le 8 Mai 1945 à PARIS elle vécut la joie de la victoire et de la capitulation nazie.

Le 28 Mai 1945,pour la commémoration de six années de guerre,de tortures, de prisons,d’horreurs,de morts, elle participa au défilé du « Mur des Fédérés »où avançaient des homme, des femmes vêtus de la tenue rayée des déportés, portant encore sur leurs visages l’horreur de ce qu’ils venaient de vivre

HENRIETTE DUBOIS « NELLY » Croix du Combattant volontaire de la Résistance Croix du Combattant Chevalier de la Légion d’Honneur

 

Augustine BARUCCHI née BAGGIANI « TITI » Née le 2 Juin 1918 à LA TRINITE Au début de la guerre elle avait 21 ans, elle n’acceptait pas l’occupant Italien puis Allemand. Lorsqu’elle adhéra au Parti Communiste Français elle a été biographiée et parrainée par Marcel ROUCAUTE. A la dissolution du parti, tous les militants et sympathisants étaient surveillés, convoqués par la police française, parfois arrêtés. Son rôle était de taper les stencils -textes destinés à la presse clandestine- et des tracts.Son contact responsable technique était Laurent GIAUME. TITI raconte qu’enceinte de son fils (deuxième enfant) c’était très difficile car il fallait faire la queue pour l’alimentation et les besoins de la maison.Elle habitait à l’entresol d’une maison, avenue du Château à LA TRINITÉ. La maison était entourée de petites villas réquisitionnées par les officiers Italiens, puis après par les Allemands.Ces derniers étaient très méfiants , il fallait taper très vite, ne rien laisser traîner, ne pas faire d’imprudences, car ils multipliaient les perquisitions.

Un coup de sonnette : il fallait mettre le stencil en sûreté.Elle le cachait sous le matelas de sa fille, et la machine dans le panier à linge.

 

Un jour les Allemands viennent s’installer au deuxième étage de sa maison.Léon,son mari dissimula dans un sac, au milieu d’herbes bien tassées, la machine et le reste afin de les transporter chez GIAUME. Mais pour y arriver il fallait franchir la barrière de Bon Voyage et les soldats allemands le regardaient. Lorsqu’il arrive devant eux avec son vélo,les allemands regardent le vélo avec le sac d’herbe dessus.Il montre sa carte,et s’exprime en disant « herbe pour lapin » montra son estomac et sourit. Le soldat allemand regarde « ya,ya » et le laisse passer (ouf !!) Il fallait que ces résistants (tes) soient convaincus de la juste cause pour laquelle ils risquaient la mort tous les jours. TITI était en contact permanent avec le maquis de DRAP.C’était très souvent l’angoisse, la peur, la peur d’être suivie, et il fallait très souvent changer de circuit pour ne pas éveiller les soupçons car les patrouilles allemandes tournaient beaucoup. TITI et les femmes décidèrent le 14 Juillet 1944 de tirer des tracts tricolores. Elles avaient confectionné des cocardes tricolores et habillé leurs filles en tricolore. Ne pouvant approcher du Monument aux Morts ( les gendarmes à cheval étaient là) c’est la mère de TITI ( très âgée) qui trompa la surveillance des « nazis » pendant que TITI discrètement déposait la gerbe Bleu -Blanc - Rouge. Madame LEPELTIER,soeur aînée de TITI fût inquiétée à cette occasion, et même menacée de déportation. Le 17 Novembre 1944 « TITI » est nommée membre de la délégation spéciale par le Préfet jusqu’aux élections de 1945. Ensuite elle poursuit son engagement idéologique, entre au bureau fédéral du PCF, à l’Union des Femmes Françaises de Nice et des Femmes de Cheminots. Elle se mettra au service des Syndicats CGT en qualité de secrétaire à l’Union locale et y restera jusqu’à la retraite

http://www.le-patriote.info/spip.php?article3249

 

 

 

 

 

 

 


Rédigé par caroleone

Publié dans #Devoir de mémoire, #Des femmes pas comme les autres

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C
<br /> tu as certainement raison mais je connais des personnes qui refusent d'être décorées, mon grand-père en faisait partie, il faut respecter le choix de chacun à ce sujet !!<br /> <br /> <br />