La grève des transbordeuses d’Oranges en 1906

Publié le 30 Octobre 2009

Histoire - MJC 31 - 25 octobre 2009










Au début du XXe siècle, les marchandises des trains qui transitent à la gare-frontière de Cerbère (66) doivent être transbordées par des "dockers" ferroviaires. Pour les délicates oranges, le travail est confié à des femmes. Mal payées pour un travail pénible, elles se mettent en grève en 1906. C’est le premier mouvement exclusivement féminin de l’histoire. Il durera presque un an.

Au début du XXe siècle, Cerbère est une belle ville de 1.300 habitants. Sa chance : l’activité frontalière due à sa proximité avec l’Espagne. Elle possède une douane pour contrôler les marchandises et une gendarmerie pour juguler la contrebande.

La Compagnie des Chemins de Fer du Midi et la Compañia de los Ferrocarriles de Tarragona a Barcelona y Francia s’y rejoignent le 21 janvier 1878. Mais il y a un hic. France et Espagne n’ont pas le même écartement de voie : 1,43 m pour la France et 1,66 m pour l’Espagne. Pourquoi ? Au moment où les Anglais adoptent (chose étonnante) le standard européen à 1,44 m, les chemins de fer espagnols leur rachètent leur stock de rails et de traverses aux anciennes normes…


Était-ce vraiment une économie ? Pas sûr. Cette incompatibilité matérielle oblige les passagers à changer de train lors du passage de la frontière. Arrêt buffet qui peut être agréable, d’autant que la vue est belle sur la baie. Mais il faut transborder les transborder. Le produit principal venant d’Espagne est l’orange de Murcia et de Valence. De Cerbère, il en part pour tout les pays. Leur manutention est délicat et leur conditionnement doit être parfait car le voyage peut s’avérer long, jusqu’en Russie quelquefois.

Ainsi naît le métier de transbordeuses d’oranges. L’activité se développe sous la houlette de transitaires, commissionnaires et autres intermédiaires en import-export. Ces sociétés emploient sur place la main d’oeuvre, essentiellement des femmes, dont le salaire est faible et le travail pénible. Rémunérées à la tâche, sans d’électricité, elles charrient à la lanterne des paniers de 15 à 20 kg. Jugez donc : 5.000 personnes en ont charrié pendant 80 ans, manipulant au total quelque 20 millions de tonnes d’agrumes et 15 millions de marchandises diverses.


Le 26 février 1906, les femmes décident d’arrêter : elles réclament les 25% d’augmentation qu’on leur promet depuis 1903. Leurs patrons, les transitaires, ne bougent pas, ne veulent rien entendre. Elles forment un syndicat. Les transbordeuses sont appelées "les Rouges". Elles se couchent sur les rails, prêtes à mourir sous les roues du train de Perpignan qui s’arrête à deux mètres à peine de leurs corps. Elles se glissent sous les essieux. Il faudra faire intervenir les soldats de la caserne de Perpignan pour les en déloger.

Ce mouvement de grève est le premier purement féminin de l’histoire française. Il dure presque un an, jusqu’au 3 décembre. Les femmes ont fermement tenu leurs positions et sont demeurées inflexibles jusqu’à satisfaction de leurs revendications. Le transbordement s’est prolongé jusqu’en 1960. Ensuite, une autre solution a été trouvée : des mécaniciens changeaient simplement les essieux. Fini le métier de transbordeuse. Une statue d’une femme avec un panier d’oranges au cœur de Cerbère rappelle cet épisode méconnu de la Lutte des Classes que les historiens étudient aujourd’hui sous l’angle de la Lutte des Genres. Classe ou genre, ce fut une sacrée lutte !






Rédigé par caroleone

Publié dans #Devoir de mémoire, #Des femmes pas comme les autres

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Les épouses des Nexans s'inspireraient de ces luttes façon 2009, cela pourrait créer le déclic tant attendu chez les travailleurs du pays


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Les épouses des Nexans s'inspireraient de ces luttes façon 2009, cela pourrait créer le déclic tant attendu