La chute

Publié le 19 Décembre 2012

 

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Ça coule ça baigne tranquillement tout suit son cours.

Le cours de l’eau le cours des choses le cours de la vie.

Barbotant barbouillant dans l’eau fraîche et désaltérante,

clapotant faisant trempette et forces risettes,

profitant gaiement du moment présent.

Ça coule ça glougloute puis brusquement suit le lit,

le courant d’un seul coup s’anime, quelques détours,

glissades sur les pierres en désordre au milieu,

elle sent bien cette forte attirance qui tel un aimant

l’emporte et l’emporte plus loin dans le fil du temps.

 

Que faire ?

 

Essayer de freiner des quatre fers, s’accrocher aux algues fières ?

Viser au loin un tronc tendant désespérément sa menotte

l’air de dire : Je suis ton sauveur ?

Non, c’est irrémédiable le courant l’emporte .

Elle décide alors de se laisser aller………

Ça coule ça flotte encore ça glisse léger ça tourne.

Ça fait des bulles parfois ça chatouille les moustaches.

Et puis c’est bon de se sentir flotter sans soucis garder,

vivre le temps présent sans peur du lendemain,

vivre comme si ce moment était le dernier.

Donner les clés de sa destinée à d’autres mains

d’autres flots ténébreux.

Tiens tout s’accélère à présent que se passe t-il ?

Le cœur bondit essaie d’un sursaut désespéré d’accrocher une étoile !

 

Trop tard !

C’est la chute !

 

Vertigineuse furieuse aboyeuse de trombes d’eau qui déferlent

dans un vacarme épouvantable,

une douche de milliers de mètres cube qui enlacent

la goutte d’eau perdue.

Ça gicle fort ça s’éclabousse de rires sonores et liquides

Ça s’éclate la rate en douce ça révolutionne la physique la science limpide.

C’est fracassant pétaradant tonitruant

C’est fort, beau et rare, c’est la vie qui jaillit de sa bogue.

Elle plonge comme une furie

s’écrase sur une pierre polie qui dit merci.

 

Aucun dégât.

 

Après la tempétueuse chute,

le calme plat d’un lagon aux eaux turquoise.

La quiétude, la sérénité, la tendresse qui accueille dans ses bras

toutes les gouttelettes courageuses qui ont sauté le pas.

L’amour liquide qui reproduit dans ses milieux, ses draps

fleuris de vie, la multitude d’organismes de la terre.

Elle est heureuse enfin elle sait qu’elle ne chutera

plus jamais.

C’est fait pour elle, elle a réussi son pari

maintenant elle profite de la vie.

 

Carole Radureau (18/12/2012)

 

Ce texte est libre de droit et diffusé sous licence creative commons

 

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Chutes d'Havasupai dans la réserve indienne du même nom (Arizona, parc du grand canyon)

 

 

 

 

 

 

Rédigé par caroleone

Publié dans #Mes anar-poèmes

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