L'Estaque : Derrière le pittoresque, une réalité sans chichis

Publié le 1 Avril 2010

01-04-2010

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Carte postale pittoresque, l’Estaque fait le grand écart entre vocation touristique et paupérisation.

 

 JULIEN CHARRIEL’Estaque.

 

 L’ancien quartier ouvrier n’en finit pas de se redéfinir et de faire rêver. Mais la greffe touristique a du mal à prendre et les clivages sociaux s’y accentuent.

Ce village, non pas « des quartiers Nord, puisqu’on est à l’Ouest, mais de la Vallée de Séon », tient à souligner un habitant, « n’est pas en déclin, mais en transformation ». En un coup d’œil, on est baigné du caractère pittoresque de ces maisonnettes à flanc de colline, gage d’une douceur de vivre en bord de mer qui fleure bon les chichis et les panisses. L’image d’Épinal largement redorée par les films de Guédiguian, séduit… jusqu’à Paris. Mais cette mue en cours, encore mal déterminée, « cache une autre réalité. La vitrine est vide et sa population souffre », regrette Ali.

 

Sur le quai du port, dans le bac d’André, une énorme baudroie à la tête tranchée s’étale aux côtés des soles, bonites, turbots et seiches qui tentent un ultime sursaut. C’est entre 5 heures et 8 heures du matin que ces poissons-là ont été récupérés dans les mailles du filet du pêcheur, parmi les deux derniers professionnels du quartier. Leurs barquettes, qui ont remplacé les bettes, côtoient désormais une armada de bateaux de plaisance.

Dans les années 60, ce petit port « comptait près de 70 pêcheurs », note André Jourdan, pêcheur « de père en fils ». La concurrence des chalutiers, « et surtout des élevages », a découragé la flotte estaquéenne. De même « qu’avant on vendait aux mareyeurs, mais depuis 1975, c’est plus intéressant de vendre directement sur le port ».

 

Pourtant à l’origine, l’Estaque était « un hameau de pêcheurs, au milieu des vignes et des oliviers », note un autre André, Rieusset, dit « le boulanger ». C’était aussi le quartier des peintres. Mais comme les pêcheurs, de ces derniers il ne reste qu’un chemin ponctué des sites où les Cézanne et Van Gogh postaient leur palette ainsi que des ateliers associatifs où les amateurs s’exercent au maniement du pinceau.

 

Une palette aux couleurs revisitées

 

C’était encore le quartier des ouvriers des tuileries, dont aucune n’a résisté à la désindustrialisation. Les courées dans les ruelles des Riaux ou de l’Estaque Plage, comme les cités Kuhlmann ou Dogliani témoignent d’un habitat destiné à héberger ces couches sociales issues de l’immigration espagnole, italienne, chaouie ou kabyle. « On a même eu une immigration suisse, via des chocolateries », s’amuse l’ancien boulanger. Mais aujourd’hui la donne est tout autre : « On est passé de 1 500 ouvriers dans les années d’après-guerre à 28 aujourd’hui aux cimenteries Lafarge », fait le compte Jean-Louis Grillet, vice-président du CIQ.

 

Et le village est maintenant tiraillé entre les ambitions touristiques de la ville et une industrie révolue qui a laissé sur le carreau plus d’une famille. Mais les projets de marinas tombent à l’eau, faute de dépollution des terrains et les 3 000 anneaux rêvés par le premier édile sont encore loin d’ancrer dans le port de la Lave. « On ne balaye pas d’un trait de parc à yachts un siècle d’histoire ouvrière, lance, amer, Ali Benrezkallah, documentariste, chercheur en sociologie urbaine et Rmiste. Ce quartier s’est construit dans la sueur et si le cadre change, les conditions de vie de la population ne changent pas. »

 

La bataille des anciens et des modernes

 

Ce matin-là au café le Français qui, comme tous les bistros de l’Estaque Plage, sert de rendez-vous informel aux habitants du village, Ali et André s’affrontent en joutes amicales, sur le thème de la bataille des anciens et des modernes.

« C’était pas mieux avant, c’était autrement, estime le boulanger, mais ce quartier a encore une âme. On n’a plus les usines polluantes, l’espace Mistral est bien aménagé, le Comité des fêtes a ranimé l’esprit des fêtes populaires, où on propose des balades en mer gratuites ; et le bord de mer et l’aspect village attirent de nouveaux arrivants »… Ali rebondit : « … et font grimper le prix du foncier dans un quartier qui reste populaire et n’est épargné ni par le deal ni par le chômage et l’alcoolisme ».

 

En effet, au collège de l’Estaque, une assistante sociale a soulevé le problème : pour certains enfants, la cantine fournit le seul repas de la journée. Du côté des Riaux, dans les locaux de la Maison municipale d’arrondissement, Salima et Hizia, responsables associatives, ne peuvent que confirmer. Baraka distribue des colis alimentaires à 80 familles du quartier. Elles voient d’un œil critique les améliorations apportées au quartier : « Pendant 40 ans, on a laissé pourrir le fortin de Corbières, si Gaudin le retape pour la Fondation Monticelli, c’est comme l’espace Mistral, c’est pour les Parisiens [c’est-à-dire au Nord d’Avignon, ndlr], lâche Salima. Pour nous il n’y a rien. Le prix des loyers n’est plus abordable pour nos enfants. Qu’est-ce qui est fait pour les jeunes des Riaux ? »

 

Vue sur mer, derrière les barrières

 

Et depuis l’arrivée des « Parisiens », « les barrières poussent partout », note Hizia, morcelant ce quartier historiquement ouvert sur la mer, sur l’autre. Elle désigne une rambarde en fer fraîchement montée sur un bord de route « pour des raisons de sécurité alors qu’il n’y a jamais eu un accident ». D’autres fleurissent autour des petites villas. D’autres encore sur le port, privant les Estaquéens d’accès à la mer. « C’est une des principales revendications du quartier, précise Jean-Louis Grillet, car du J4 à Corbières, on ne peut plus mettre un pied dans l’eau. »

C’est ce même constat qui a poussé Mourad Bemkhanouche dit « Béka », né au bidonville Pasteur-Chieusse, à monter un club de foot féminin… histoire de décloisonner. « On a bien les joutes, 4 mois dans l’année, mais pour les filles… le foot c’est la carotte. L’idée est de remettre du vivre ensemble, du lien. » Démarré en 2004 avec 17 tapeuses de ballon, son club en réunit aujourd’hui 80, mais n’a toujours pas de local.

 

MYRIAM GUILLAUME ( la marseillaise)

 

 

 

 

 

 

Rédigé par caroleone

Publié dans #PACHAMAMA

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T


En faisant des recherches sur ma famille, qui habitait le vallon du Marinier, à l'Estaque, je suis trombé sur une histoire extraordinaire, celle d'un jeune militant communiste
estaquéen, José Veintimilla, parti faire la guerre d'Espagne, en octobre 1936, et qui échoua à Moscou en 1938. Il sera victime de la fureur de Staline envers
les "espagnols" et finira dans un camp. Il sera libéré par Khrouchtchev en 1956 ... 20 ans pour revenir à l'Estaque !


http://tietie007.over-blog.com/article-e-62310298.html



T

Bonjour, ma famille du côté de ma mère étant de l'Estaque, et plus particulièrement du Vallon du Marinier, j'aimerais trouver des éléments relatifs au communisme estaquéen, dans les années 30 et
40, vu que je fais quelques recherches sur des émigrés espagnols à l'Estaque, communistes, qui sont allés combattre dans les Brigades Internationales, je pense à José Veintimilla.


R

Waw, superbe site, je vous remercie de partager ces conseils et je partage moi aussi votre positon. Permettez-moi d\'insister, votre blog est sincèrement bien bon, spécialement pour les novices
comme moi... NB : Désolé si besoin pour les éventuelles fautes, n\'étant en effet pas francophone, j\'ai utilisé un outil de traduction en ligne.


C

j'aimerais bien !!