« Ils ont lu quatre livres en un mois »

Publié le 18 Janvier 2011

17-01-2011
 

 


 

Rencontrer un auteur, travailler sur ses textes, les écouter, les lire, les voir, aller à la bibliothèque, y travailler, s’y poser ou emprunter des ouvrages… Quelques exemples des ressorts qui mènent à la lecture, mis en œuvre dans un collège marseillais.

 

« Pourquoi Debout veut mourir ? » « Où est son père ? » « Pourquoi vous écrivez comme çà… triste ? » « Non c’est pas que triste, c’est aussi rigolo ». Vendredi dernier, les élèves de 6e 5 du collègue Quinet situé à deux pas de la gare Saint-Charles à Marseille ont rencontré Nathalie Papin, auteur de Debout. La veille, ils étaient allés voir la pièce tirée du livre, mise en scène par Alexandra Tobelaim et la Cie Arkétal présentée au théâtre Massalia*. Et depuis des semaines, ils travaillaient sur le texte avec la documentaliste du collège – Claire Ayard – et l’enseignante de français, Bérengère Mabrouki. Vendredi était donc une séance d’aboutissement avec la découverte de Nathalie Papin. Et la rencontre a réussi.


« L’installation de l’Alcazar au cœur
de Belsunce a permis un vrai tournant »


    D’emblée, un, deux, trois… dix doigts se lèvent. Ils ont tous des questions à poser. Sur le texte, le métier, les livres, la pièce. C’est l’occasion de remettre quelques données en place, de distinguer l’auteur et les personnages, l’écrivain et le metteur-en-scène. Parfois, les propos vont très loin et Nathalie Papin arrive même à leur parler de la difficulté de publier des œuvres de théâtre. Ils abordent même toute la chaîne du livre. « Moi je suis dans mon bureau et j’écris. Quand c’est fini, je l’envoie à un éditeur » expose Nathalie Papin. « Si cela lui plait, il va utiliser de l’argent pour en faire un livre qui sera vendu dans des librairies. C’est comme cela qu’on a pu acheter "Debout", et on l’a aussi fait parce que cela a donné une pièce qui était présenté au Massalia, un théâtre à côté d’ici » complète Claire Ayard. A d’autres moments, les élèves se montrent tenaces. « Pourquoi sa mère le frappe ? » « Je ne raconte pas l’histoire de la mère » « Mais c’est écrit que c’est parce que cela la soulage » « C’est Debout qui pense cela » « Mais c’est vous qui écrivez… »

 


    Cerise sur le gâteau, Nathalie Papin leur propose de leur lire une histoire, « une nouveauté. Attention, vous êtes les premiers à l’entendre. Toutes vos réactions vont être importantes pour moi ». Et ils écoutent. Tous. La sonnerie a beau retentir pour la récréation, Nathalie Papin a beau leur proposer une pause. Non. Ils veulent continuer et ils iront jusqu’au bout. Cette aventure est possible car le collège Quinet est classé Ambition Réussite. Dans ce cadre, Claire Ayard a une mission de développement de la lecture et de l’écriture. Elle mène ainsi plusieurs actions en collaboration avec d’autres enseignants et des structures extérieures, glanant des financements au conseil général. Jusqu’à peu, elle était soutenue par la mission lecture centre ville financée par les AIL. « Une fille très bien menait des actions extraordinaires dans les établissements scolaires et les quartiers. Mais sa mission n’a pas été reconduite », déplore la documentaliste. 

    « Cette action avec Nathalie Papin est une vraie réussite », commente la prof de français Bérengère Mabrouki. « Nous avons commencé avec "Debout" puis continué avec d’autres livres du même auteur. Nous n’avions que quelques exemplaires et les élèves se battaient pour les avoir. Au final, ils ont lu quatre livres en un mois ». Une vraie performance. Dans ces quartiers défavorisés, la lecture ne va pas de soi, même si chaque classe recense entre trois et quatre lecteurs. « Mais l’installation de la grande bibliothèque de l’Alcazar au cœur du quartier populaire de Belsunce a vraiment changé les choses » apprécie la documentaliste. « Les enfants qui arrivent de primaire ont désormais eu accès aux livres, ont été en contact avec des professionnels du livre ». Chaque année, le collège organise d’ailleurs une séance de découverte avec cette bibliothèque, « on les accueille dans une séance de bienvenue, on leur montre les livres, et on leur explique qu’ils peuvent venir faire leurs devoirs et trouver un soutien ».


« La lecture est, au départ, un acte
de partage »


    Autant d’éléments qui peuvent favoriser le goût de lire même si aucune recette ne garantit de résultat. Il y a certes des pistes. Comme celle du « bon livre », de celui qui « parle à une personne ». « Des formateurs nous ont aussi expliqué que la lecture est, au départ, un acte de partage, une relation physique avec un parent qui raconte une histoire » expose Claire Ayard. « Or, dans les cultures orales du Maghreb dont sont issus pas mal de nos élèves, ce n’est pas une pratique. C’est donc à nous, enseignant, de le faire ». 


    Et c’est ce qu’ils ont fait avec « Debout ». La documentaliste a lu, à haute voix les premières pages de cette histoire où un petit garçon battu par sa mère veut mourir. Et ensuite les enfants ont lu, seuls, « Mange-moi » où une petite fille obèse a des problèmes avec un ogre, « Pays de Rien » où un roi traque les cris, les couleurs et les rêves, et les enferme dans des cages et « Yolé Tam Gué » où, après une guerre, des enfants seuls au monde sortent d’un trou…

* Le théâtre Massalia poursuit sont travail sur les écritures dramatiques destinées au jeune public en présentant Louise les ours de Karin Serres du 9 au 11 février et Abeilles, habillez-moi de vous de Philippe Dorin du 17 au 21 mai.

 

Reportage
Angélique Schaller
Photos Laurent Saccomano pour la marseillaise





  

Rédigé par caroleone

Publié dans #Arts et culture

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