Homophobie : « Des insultes et des jets de pierre »

Publié le 18 Mai 2011

18-05-2011
 
Dernière mise à jour : ( 18-05-2011 )

 

 

 

 

HOMOPHOBIE-20DM.jpg 


 

Des stands de diverses associations proposaient des informations et des jeux samedi dernier sur la place de la Comédie, à Montpellier. photo DM

Un forum associatif était organisé samedi à Montpellier dans le cadre de la 7ème journée de lutte contre l’homophobie. L’occasion de mettre des mots sur un mal qui reste bien vivant.

 

Samedi, le drapeau Arc en ciel a déployé ses couleurs lors d’un forum en plein air sur la place de la Comédie à Montpellier. L’occasion, pour les associations présentes, d’échanger avec les passants et de les interpeller sur un phénomène qui n’a rien perdu de son acuité : l’homophobie. Hélas toujours pas devenu un vain mot.

Les mots justement, les insultes, contribuent à la véhiculer et la banaliser : « C’est le fameux sale pédé qu’on entend beaucoup dans les cours de récré », confirme Vincent Autin, président de la LGP (Lesbian and gay pride) Montpellier. Une insulte lancée sans y penser. Comme on respire. Et puis, il y a le rejet ciblé de l’autre, de sa différence. A 20 ans, Cindy en sait quelque chose : son coming out dans le lycée de Nîmes où elle était scolarisée lui a valu « des insultes permanentes et des jets de pierre ». Pas étonnant, estime Vincent Autin, « que le taux de suicide chez les jeunes homosexuels soit treize fois plus élevé que chez les hétérosexuels ».

« Des agressions physiques sont commises par des gens de plus en plus jeunes, la plupart du temps en groupes. Ce phénomène est inquiétant. Alors qu’on dit qu’ils sont plus tolérants, adolescents et lycéens sont en réalité très normatifs, ils se ressemblent tous. Et l’emprise du groupe est très forte », décrit Hussein Bourgi, président du CCH (Collectif contre l’homophobie). D’où des distributions de tracts, lundi et hier, devant les lycées de Montpellier. « C’est là qu’il faut aller discuter avec eux », estime-t-il.
De son côté, l’association montpelliéraine Angel (Association des nouveaux gays et lesbiennes), créée par des jeunes et pour des jeunes (16-25 ans), intervient régulièrement en milieu scolaire et dans les facs. « Le fait d’être de la même génération nous rapproche de ceux auxquels on s’adresse. Notre discours est reçu différemment, ils nous voient comme des exemples concrets et proches d’eux », témoigne Zoé, 22 ans, présidente de l’association. L’homophobie vient en grande partie de la méconnaissance et d’une couche épaisse de préjugés, insiste Elodie, de la LGP : « On s’aperçoit, en parlant avec ces jeunes, que pour beaucoup, une fille homo a forcément les cheveux courts et parle comme un mec, qu’un mec homo est forcément efféminé… » A charge, pour ces associatifs, de déconstruire ces clichés. L’homophobie peut aussi être latente, ambiante. Zoé prend l’exemple des magazines ou des publicités à la télé : « on ne représente que des hétéros ».

Internet, un défouloir

 


« Ce qui est terrible dans cette société, c’est qu’il faille dire je suis ça ou ça. Sachant que pour révéler son homosexualité, on parle d’aveu. Or, qui dit aveu dit quelque chose à se reprocher. Donc une forme de culpabilité. La véritable égalité ne sera atteinte que lorsqu’on se fichera qu’on soit homo, hétéro, trans ou bi », observe Vincent Autin. Qui ne s’y trompe pas : c’est par la loi que les droits, et avec eux les mentalités, évolueront. « On est à la veille d’une échéance électorale majeure et nous savons que la population lesbienne, gay, bi, trans peut faire basculer un scrutin. D’où l’affiche très revendicative de la gay pride de cette année : en 2012, je vote pour l’égalité », continue le président de la LGP. Il dénonce « une homophobie très institutionnalisée. En n’instaurant pas l’égalité des droits, en matière par exemple de mariage, d’adoption, de parentalité, l’Etat est discriminant. Et cela désinhibe un certains nombre de comportements, conscients ou inconscients », estime-t-il.
 

Une désinhibition qui semble avoir trouvé un défouloir : Internet. « On observe une multiplication des messages injurieux et du harcèlement sur les réseaux sociaux », développe Hussein Bourgi. « Des groupes se créent sur facebook pour l’extermination des homos par exemple, ou bien une page se crée recensant les homosexuels dans tel et tel lycée, avec leurs photos et leurs numéros de téléphone. C’est très préoccupant », alerte le président du CCH. « Le pire c’est qu’avec la distance et le côté virtuel, les gens osent et se dépassent dans la violence. »

« On ne peut pas dire que les choses aillent mieux, mais on en parle plus, estime Elodie, de la LGP. Les associations sont davantage connues, les gens les sollicitent plus facilement. » Et certains politiques, entraînés par le dynamisme de ces associations, prennent clairement position. C’est le cas du maire PS de Montpellier Hélène Mandroux, qui a reçu lundi le prix Pierre Guénin contre l’homophobie. En novembre 2009, Hélène Mandroux a lancé un appel citoyen pour ouvrir le mariage et l’adoption aux couples de même sexe. En février dernier, elle a marié symboliquement deux hommes. Enfin, elle a fait porter à Montpellier une modification sur la fiche d’inscription dans les écoles publiques : désormais, les couples homoparentaux peuvent s’identifier et être reconnus en tant que tels par l’administration publique. Quelques pierres dans le jardin en friche de l’égalité des droits.

 

Témoignages Amélie GOURSAUD


Photos : David MAUGENDRE journal la marseillaise

 

 

 

 

Rédigé par caroleone

Publié dans #Répression

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
T


Et oui l'homophobie... Se faire taper, insulter, quand c'est à la limite du viol, vous trouvez ça normal ?! On n'est pas des animaux... J'ai rencontré un sdf dans la rue... je me promenai avec ma
copine. Il est venu nous voir et a commencé par me dire de faire attention à ma chérie parce qu'elle était vraiment très amoureuse, ça se voyait... Rencontre avec un homme qui avait les pieds sur
terre...avec qui nous avons donc papoter un moment. Lui étant sdf, nous étant lesbiennes, nous sommes "non conforme".  Et le seul traitement qu'on nous impose, c'est un regard plein de
mépris, des paroles blessantes, des attitudes impensables...