Hommage à Lise London

Publié le 3 Avril 2012

Lise London, créer c'est résister

 

 

 

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Elle est née le 15 février 1916 à Montceau les mines

Elle est décédée le 31 mars 2012

 

Elle était une résistante française.

 

Son nom de jeune fille : Elisabeth Ricol

 

 

 

 


 

Son enfance

 

Lise est la fille d’espagnols qui ont quitté leur pays au début du XXe siècle pour trouver du travail. Son père était un mineur et militant communiste, la famille était très pauvre.

Pour aider ses parents, la petite Lise travaille en cachette de ses parents à vendre des cacahuètes grillées dans la ville de St Etienne.

 

 

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Ses études, ses premiers boulots, ses premiers engagements

 

A Vénissieux, elle étudie la sténodactylographie, puis elle devient secrétaire aux usines Berliet. En même temps, elle s’engage au PCF.

A cette époque où elle fait partie de la fédération lyonnaise du PCF, elle est très amie avec Jeannette Wermeersch qui sera la future compagne de Maurice Thorez.

En 1934, le PCF l’envoie à Moscou au siège du Komintern où elle rencontrera pour la première fois Dolorès Ibarurri, la future pasionaria.

 

Artur London

 

 

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A Moscou, elle rencontre Artur London, un militant du parti communiste tchécoslovaque :


« J’ai aperçu un jeune homme, grand et beau planté au milieu de la salle comme pétrifié. Il me fixait intensément sans s’apercevoir que la tasse de thé qu’il tenait à la main dégoulinait le long de son poignet «.

 

Ils vivent ensemble à partir de 1935 et se marieront. Il est son second époux, car auparavant elle avait été mariée à Auguste Delaune en 1933.

 

 Puis l’été 1936, Lise repart seule en France où elle sera secrétaire auprès du responsable de la MOI (main d’œuvre immigrée).

 

De ce séjour, exaltant, Lise garda cependant un goût plus qu'amer au spectacle humiliant et tragique des purges staliniennes, ne pouvant savoir qu'elle y serait elle-même confrontée quelques années plus tard, dans un tout autre contexte, en Tchécoslovaquie.

 

 

Guerre d’Espagne

 

 

En 1936, c’est le putsch franquiste contre la jeune république espagnole, Lise part rejoindre les brigades internationales quelques mois. Ensuite elle ira rejoindre André Marty au quartier général des BI à Albacete.

Son souvenir du départ en train et des milliers d’espagnols réunis pour leur dire « Merci frères »

 

«  Innombrables étaient alors ceux, écrit-elle qui payaient tribut à la mort par amour de la vie. Sans leur sacrifice, que serait-il advenu de notre humanité ? ».


En 1937, elle retrouve Arthur London qui porte désormais le pseudo de Gérard et qui a également rejoint les brigades internationales. En 1939, Lise donne naissance à sa fille Françoise.

 

 

 

 

 

 

 

 

L’occupation, les FTP

 

 

Lise est des premières à s'engager, sous les ordres d'Henri Rol-Tanguy, dans la Résistance, devenant capitaine des Francs-Tireurs et Partisans (FTP).

Lors de la manifestation de la rue Daguerre, une opération organisée par les FTP et Henri-Rol Tanguy, Lise prend la parole devant un magasin à Paris pour dénoncer l’occupant et elle s’enfuit protégée par deux résistants. Elle sera la seule accusée pour « association de malfaiteurs, assassinat et activités communistes » et sera emprisonnée à la petite Roquette, puis à Fresnes, à Rennes. Elle est jugée le 15 juillet 1943 par le tribunal d’état français qui la condamne à mort. Sa peine sera commuée en travaux forcés à perpétuité.

Son fils Gérard naitra lors de son séjour à la petite Roquette, il lui sera enlevé avant qu’elle ne prenne le chemin de Romainville ultime étape avant le camp de concentration de Ravensbruck où elle portera le matricule 42171.

Son père, son frère et son compagnon Gérard sont emprisonnés également.

 

 

 

 

 

 

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Internement

 

Elle est envoyée le 21 juillet 1944 dans le kommando de Hasag-Leipzig, un camp extérieur de Buchenwald où elle occupera le poste de stubova (responsable de chambrée). Elle pourra dès lors apporter du réconfort à ses camarades, les aider à résister et à survivre.

 Elle s'y lie d'amitié avec Danielle Casanova et tant d'autres femmes qui n'en reviendront jamais. Les conditions inhumaines du camp de concentration, celles infligées aux membres de sa famille entière n’auront pas raison d’elle.

Toutes ses horribles choses vécues dans le camp ne l’empêchent pas de participer à l’organisation clandestine qui avait été installée à la barbe des SS, les résistantes continuaient de résister même dans les camps !!

Elle s’évade au cours de la marche d’évacuation qui commence le 13 avril 1945. Ces compagnes et elles seront libérées par un groupe de soldats américains le 8 mai 1945 à Orchatz.

 

La Tchécoslovaquie et le stalinisme

 

 

 

london_artur_lisex.jpg                                                                                Artur et Lise London

 

 

 

Après la guerre, Lise s’installe en Tchécoslovaquie où son mari devient vice-ministre des affaires étrangères dans le gouvernement communiste installé par l’URSS.

En tant qu’ancien brigadiste en Espagne, il tombera en disgrâce en 1951 face au gouvernement stalinien et ses sbires tchèques qui voulaient faire disparaître et salir la mémoire des brigades internationales.

Il est arrêté en 1951, accusé d’espionnage et pendant 4 ans et demi, dont 27 mois d’isolement, il vivra un véritable enfer.

Lise à un moment est prise par le doute et se demande si cela n’est pas vrai après tout. Et puis, elle comprend vite qu’il s’agit d’un complot planifié par Moscou. Il écrit pendant ses années d’emprisonnement les textes qui serviront de canevas à L'Aveu. Glissés dans des paquets de papier à cigarettes, il le transmet clandestinement à sa femme.

Dans ces documents, destinés, non à être publiés, mais à informer le Parti communiste français, Artur London décrit les interrogatoires, tortures et procès infligés par le régime stalinien .

 

 

Arthur London écrira plus tard dans son livre « L’aveu » :

 

« Les méthodes qui tendent à briser en l’homme sa dignité sont à l’opposé de la morale socialiste. Elles sont celles, barbares du moyen-âge et du fascisme. En les subissant, on se sent dégradé, dépouillé de son titre d’homme ».

 

Ce livre sera adapté au cinéma par Costa-Gavras, l’Aveu.

 

Pendant l’incarcération de son mari, Lise travaille en usine aux postes les plus durs pour survivre et elle sera marginalisée, ses amis se détourneront d’elle, elle sera même exclue du parti communiste tchécoslovaque.

 

 

Lise London était un personnage d'exception, d'une intelligence pétillante avec un parcours plein, fait de drames et de joies, de courage et d'amour, de partage et de lucidité.

 

 

 

 

 

 

 

"On ne naît pas résistant, on devient résistant", souligne-t-elle lorsqu'elle évoque la Résistance. "Quand on vous demande d'exécuter des ordres avec lesquels vous n'êtes pas d'accord, vous devez savoir dire 'non' et maintenir votre 'non', sans faiblir (...)Il n'y a pas de héros nés, ce sont les circonstances qui font les héros", ajoute-t-elle.

 

Elle affirmera aux procureurs staliniens : « J’étais, je suis et je resterais communiste, avec ou sans carte du parti ».

 

 

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Elle a été faite officier de la légion d’honneur.

 

 

Elle a publié deux livres :

 

-        Le printemps des camarades, éditions du seuil

-        La mégère de la rue daguerre, éditions du seuil

 

 

 

" Ouvrez grands les yeux, ne vous laissez pas enfermer dans les certitudes, n'hésitez pas à douter, battez-vous contre les injustices, ne laissez pas la perversion salir les idéaux communistes, soyez vous -mêmes."

 

 

Caroleone

 

Sources : HS de l’humanité dimanche, article de José Fort,mémoire de guerre

 

 

 


Rédigé par caroleone

Publié dans #Devoir de mémoire, #Des femmes pas comme les autres

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S

Bonsoir Caro,


Lise London était de celles qui nous rendent fiers, "au nom de l'idéal qui les faisait combattre et qui nous pousse encore à nous battre aujourd'hui", d'avoir
fait nôtre l'idéal communiste.


Malgré ce qu'elle a subi, elle n'en a jamais dévié, sachant que ce qu'on lui a fait n'avait rien à voir avec cet idéal.


Pour être digne d'elle, de l'exemple qu'elle nous laisse, nous nous devons de résister à tout ce qui, aujourd'hui encore, voudrait détourner l'idéal communiste de sa finalité vraie.


Résister contre un ordre, d'où qu'il vienne, quand il nous apparaît contraire à cet idéal.


Ne pas oublier qu'Hitler n'a jamais tué personne de sa main et que, sans l'obéissance aveugle des exécutants, il n'aurait rien pu faire.


C'est pourquoi j'ai toujours à l'esprit ces vers de Jean Ferrat : "Un avenir conduit par notre vigilance envers tous les pouvoirs de la terre et du ciel". Ne
donner de blanc seing à personne, et pour tout militant communiste, ne valider ce qu'on lui affirme qu'après en avoir lui-même constaté le bien-fondé.


C'est parce que ce principe a été, et est encore aujourd'hui malheureusement trop souvent ignoré, que les dérives que l'histoire nous enseigne ont pu être commises.


Amitiés
C


Bonsoir Serge,


 


Ces résistants étaient de véritables mines d'enseignement et de sagesse, je me suis régalée en me plongeant dans sa vie et en écoutant les témoignages. Lise , c'est certain est un exemple
justement dans l'épreuve de l'idéal mis à mal par le stalinisme. Cette femme avait une force incroyable en elle, elle n'a pas dévié de ses idéaux, elle a su se démarquer de ce que l'on disait de
son mari, rester fidèle à son amour et à son parti. Elle a eu ensuite la force de dire les choses qu'il fallait dire à propos des dérives de staline, tout comme Ferrat d'ailleurs. Elle a trouvé
la force lors de son internement de résister, donner du courage aux camarades qui elles n'ont pas survécu. Elle était internée au même endroit que Danièle Casanova, Marie-Claude
Vaillant-Couturier et d'autres dont j'ai oublié le nom. C'étaient des maitresses-femmes.


Ensuite, quand on voit son parcours, cela laisse rêveur, c'est ce que j'aurais aimé avoir comme vie, même si je ne renie pas la mienne.


 


Tu sais, lorsque j'ai regardé la vidéo sur l'appel des résistants pour le CNR, j'ai eu l'impression que c'était un message encore d'actualités en ce moment, en cette campagne électorale, par
rapport à nos engagements comme tu le dis, par rapport aux dénonciations qui y sont faites de la lutte contre le fascisme, ainsi que des médias aux ordres. Je me demande si je ne vais pas la
remettre en article seul.


Perdre la dernière brigadiste, une résistante comme cela, en ce moment, après Claude Vinci, ne peux que nous conforter dans notre devoir de lutter pour ne pas voir disparaitre nos couleurs, nos
idéaux, notre drapeau, notre chanson......c'est notre devoir de mémoire !


 


Bises et merci de ta visite


 


caro