Harcelements des bases d'appui zapatistes dans la commune Ricardo Flores Magon

Publié le 21 Mars 2010

HARCÈLEMENT DES ZAPATISTES


Le 25 août 2002 des membres des autorités autonomes zapatistes de la

commune autonome Ricardo Flores Magón se rendirent à la rancheria Amaytic

pour résoudre un problème lié à la séparation d'un couple. Quelques jours

auparavant, apprenant que les membres du Conseil autonome se rendraient à

la communauté, les priistes organisèrent des réunions extraordinaires avec

des paramilitaires de l'Organisation pour la défense des droits indigènes

et paysans (OPDDIC) dans les communautés Peña Limonar et Cuauhtémoc, où

fut planifié une attaque contre des membres de l'Armée zapatiste de

libération nationale (EZLN).


À 9 heures du matin, ce 25 août, un groupe de 20 paramilitaires se

rassembla autour de l'école où se réalisait la réunion et un peu après

attaquèrent les autorités zapatistes. Jacinto Hernández Gutiérrez fut

attaqué et tué à coups de masse dans la tête. Plus tard Lorenzo Martínez

Espinoza connut le même sort : après l'avoir attaché, ils tirèrent sur lui

à moins de trois mètres de distance à l'aide d'une carabine calibre 16.

Lorenzo mourut sur le coup. Les paramilitaires s'enfuirent couverts par

les policiers.


Les jours suivants, les assassins dont les noms et prénoms sont connus se

réfugièrent à Peña Limonar, toujours avec la protection du gouvernement,

ce qui poussa les autorités du Conseil autonome à empêcher qu'eux et leurs

complices puissent revenir dans la communauté.

Cette histoire précède l'actuelle persécution et les menaces de mort dont

souffrent les bases d'appui de la rancheria de Amaytic, qui se retrouvent

encerclées par deux cents paramilitaires de la Opddic depuis le 16 mars

dernier. Le Conseil de bon gouvernement de La Garrucha a dénoncé le fait

que "les opddiques" poursuivent les zapatistes avec des armes à feu et

menacent les femmes. Il s'agit de paramilitaires de Peña Limonar qui

construisent en ce moment des maisons à Amaytic pour les responsables des

deux assassinats précédemment mentionnées. Comme à Acteal, les

paramilitaires veulent revenir sur les lieux de leurs crimes, et comme à

Acteal, ils bénéficient de la complicité du gouvernement de l'État.

C'est la provocation la plus récente, qui vient s'ajouter aux agressions à

Laguna San Pedro, à Bolon Ajaw et au hameau de Santo Domingo, pour ne

mentionner que les harcèlements du mois précédent.


Face à l'augmentation de la violence contre les villages zapatistes, ce

samedi des protestations sont organisées dans de nombreuses villes du

Mexique et du monde. Sur la place centrale de la capitale du pays dès 10

heures du matin seront présents des brigades d'information, des groupes

musicaux, des banderoles et la présentation de l'Autre Musée « Voyage

virtuel dans la résistance zapatiste ».

Gloria Muñoz Ramírez.



"La Jornada", samedi 20 mars 2010, chronique « Ceux d'en bas ».


Le harcèlement contre les bases d'appui zapatistes augmente dans la

commune autonome « Ricardo Flores Magón »


La OPDDIC soutient le retour à Amaytik de personnes impliquées dans deux

assassinats en 2002.


Depuis mardi dernier des bases d'appui de la rancheria Amaytik de la

commune autonome Ricardo Flores Magón sont recherchées, menacées de mort

et d'expulsion par environ 200 membres de l'organisation OPDDIC. Le

Conseil de bon gouvernement (CBG) "Le chemin du futur" du Caracol de La

Garrucha dénonce que ces « priistes opddiques » équipés d'armes à feu «

recherchent nos compas pour les emmener, et les femmes qui sont seules

dans leur maison, menacent de tuer tous leurs animaux, et de les expulser.

»

Ces « opddiques » originaires de l'ejido Peña Limonar ont commencé à

construire des maisons à Amaytik pour les responsables des deux

assassinats commis là en août 2002. « Ce sont des assassins, le mauvais

gouvernement le sait et ne fait absolument rien, au contraire ils sont

aidés par le président municipal paramilitaire d'Ocosingo, le

paramilitaire de l'État du Chiapas Juan Sabines, et le paramilitaire

fédéral Felipe Calderón. »


Le CBG rappelle que le 25 août 2002 « il y a eu un problème de séparation

de couple » à Amaytik, et que s'y déplacèrent là « nos autorités autonomes

pour résoudre ce problème, deux compas autorités y furent assassinés alors

qu'ils repartaient du lieu, à l'aide d'une carabine calibre 16, de

machettes et de masses : Lorenzo Martínez Espinoza, porte-parole du

conseil autonome, et Jacinto Hernández Gutiérrez. »

Les assassins étaient Jacinto Hernández Ballinas (à l'aide d'une arme à

feu), Gaspar Hernández Pérez, Santiago Hernández Gutiérrez, Nicolás

Hernández Gutiérrez, Jacinto Hernández Pérez, Santiago Hernández

Gutiérrez, Nicolás Hernández Pérez, Nicolás Alfredo Hernández Ballinas,

Manuel Gutiérrez Hernández et Ignacio Hernández Pérez (à l'aide de masses

et de machettes).


Devant ces faits « l'investigation fut poursuivie » et le conseil autonome

convoqua les autorités priistes de l'ejido Peña Limonar qui ne vinrent

jamais. « Les assassins partirent se réfugier à Peña Limonar, protégés par

le mauvais gouvernement ». En conséquence, le conseil autonome décida

d'empêcher que les assassins « et tous ceux qui étaient d'accord avec eux

» puissent rester à Amaytik. « Aujourd'hui ce problème d'une autre époque

est revenu sur la table, explique le CBG, car « les assassins ont commencé

à causer à nouveau des problèmes ». Les bases d'appui de l'EZLN qui vivent

à Peña Limonar « ils les font chier, ils leur coupent l'électricité, ils

les obligent à payer l'impôt de la terre », alors que « nous [les

zapatistes] ne recevons ni ne donnons quoi que ce soit au mauvais

gouvernement, nous sommes dans la résistance. »


Le 8 mars passé ils leur ont coupé l'arrivée d'eau, détruisant et volant

966 mètres de tuyaux, et les clés de chaque maison. Le CBG avertit : «

Nous allons remettre l'eau aux compas, parce que, sans l'eau vitale, on ne

peut pas vivre, nous sommes là-dedans et nous ne pleurons pas pour des

miettes auprès du mauvais gouvernement, nous allons obtenir (le matériel)

avec notre dur travail, nous ne voulons pas qu'il y ait de nouveau de

problème, mais ces "opddiques" le problème ils l'emmènent encore plus

loin. »


Le 15 mars dernier, les priistes poussèrent les assassins à revenir à

Amaytik pour leur « donner la propriété », accompagnés de personnes de

Peña Limonar, de Yoc Navil, de Pamanavil, de San Antonio Catarraya, de

Ranchería Ganxanil et de Nueva Providencia, « et ils sont armés. »

« Nous défendrons nos compagnons et nos terres, avec un accord selon notre

coutume, nous ne voulons pas de problèmes, nous chercherons toujours

l'accord entre les parties à la source du problème, mais le mauvais

gouvernement se met toujours dans ces histoires et c'est là que ça ne se

résout pas parce que l'intention est autre, elle s'appelle

contre-insurrection. » conclut le CBG.


Hermann Bellinghausen, "La Jornada", 18 mars 2010.






Rédigé par caroleone

Publié dans #Le chiapas en lutte, #EZLN

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