Guyane : nouvelle vague de suicides dans la communauté amérindien​ne

Publié le 5 Avril 2011

ICRA News

 


Mi mars, une nouvelle fois, le Haut-Maroni apprenait le suicide de l'un de ses enfants. Un jeune Amérindien de 28 ans qui vivait à Antecume-Pata, père de trois enfants, sans travail. Depuis le début de l'année, quatre Amérindiens se sont donné la mort ; deux sur l'Oyapock, deux sur le Haut-Maroni. Une tendance qui repart malheureusement à la hausse ces derniers mois.

 

Plusieurs Amérindiens oeuvrant dans le domaine associatif comptaient venir sur le Haut-Maroni au mois de juillet pour lancer une campagne de prévention sur la drogue, l'alcool et les tendances suicidaires. La tournure des événements les a convaincus qu'ils devaient avancer la date de leur voyage. “On n'a pas encore fixé de date, mais on réfléchit. Et on doit réfléchir vite, explique Alain Mindjouk, président de l'association Prévention santé, à Iracoubo. On se réunit entre nous, Amérindiens. Car si on ne se prend pas en main, on ne va jamais s'en sortir” . L'objectif de ce déplacement (financé par leur propre argent) est de sensibiliser les habitants aux conduites addictives, mais aussi de parler de l'identité amérindienne : “Nous voulons réunir les habitants pour parler de notre identité, nos valeurs, pourquoi on boit, on se drogue, pourquoi on se suicide. Nous voulons leur redonner de la dignité ; il faut être fier d'être Amérindien.”

 

Prendre le problème dans sa globalité

 

Cette réflexion communautaire, Alexis Tiouka l'appelle de ses voeux : “Les communautés amérindiennes du Canada ont été confrontées au même problème et elles se sont prises en charge, lance l'adjoint à la mairie d'Awala-Yali- mapo. Nous devons prendre le problème dans sa globalité en mobilisant les professionnels et que les communautés jouent leur rôle.” Si la commune de l'embouchure du Maroni est moins touchée aujourd'hui par le suicide, elle souhaite créer des échanges, des passerelles entre les communautés. “Nous avons proposé une collaboration avec la municipalité de Camopi, explique Alexis Tiouka. Le maire, René Monerville, a donné son accord et nous allons organiser des dialogues, des échanges sur les raisons du suicide et le mal-être qui règne dans nos communautés. Ensuite, nous pourrons faire des propositions communes.”

 

Mais au-delà des réflexions communes, Alexis Tiouka regrette les freins qui empêchent les initiatives personnelles dans les villages de l'intérieur (notamment la zone d'accès réglementé). “Les jeunes qui souhaitent se former n'ont pas accès à la mission locale, ils ne savent pas comment s'y prendre, il faut décentraliser ce genre de service public. C'est important pour qu'après leur formation, les jeunes retournent dans leur communauté avec un projet de développement.” Certains jeunes tentent quand même de sortir de ce marasme en créant une association, c'est le cas à Antecume-Pata. C'est aussi le cas à Taluen où l'association Kalipo, qui a oeuvré à la construction du nouveau tukusipan, propose des formations artisanales aux habitants. Sur le Haut-Oyapock, à Trois-Sauts, des jeunes ont demandé l'ouverture d'une sorte de comptoir pour vendre leurs productions aux touristes. Mais mobiliser les bonnes volontés n'est pas toujours facile.

 

À Elahé, Akawïpin Apina a fondé avec d'autres l'association Kupun Kohmé Heitei il y a quelques années. Elle vit aujourd'hui à Saint- Laurent et regrette que personne n'ait vraiment pris le relais dans le village : “Cette année, l'association est en veille car étant enceinte, je préfère rester sur le littoral où je travaille. Les jeunes ont du mal à venir d'eux-mêmes dans l'association, il faut toujours être là avec eux. Ils manquent de confiance en eux et du coup ils ne font pas grand-chose d'eux-mêmes.”
 

France-Guyane

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rédigé par caroleone

Publié dans #indigènes et indiens, #ABYA YALA, #Guyane française

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