Guyane / Surinam : Le peuple Boni ou Aluku

Publié le 20 Janvier 2013

Les boni ou aluku

 

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Groupe ethnique de la Guyane française et du Surinam issus de descendants d’esclaves africains, les bushinengues (noirs des forêts) appelés aussi noirs marron.

Langue : aluku (créole à base lexicale anglaise)

Le nom de boni qui leur a été donné leur vient d’un de leurs premiers chefs, Boni Bokilifu, un mulâtre esclave, chef de guerre qui mena des raids contre les plantations et qui fut tué par les djuka en 1791.

Répartition géographique

 

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En Guyane française : région de Maripasoula (communes de Maripasoula, Papaïchton, Komontiblo, Assissi, Loco, Tabiki et Agoodé). Un autre groupe se situe près de l’embouchure du fleuve avec les villages d’Apatou et de Maïman. Il existe également une forte population à St Laurent du Maroni, à Cayenne et à Kourou.

Au Surinam : Cottica

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Arrivée de Jules Crevaux dans un village boni image

Petit historique

 

  • Années 1600 : premières habitations esclavagistes au Surinam : le marronnage est une réalité, les esclaves fuient les plantations en remontant les rivières et s’installent dans les marais. Les esclaves du Surinam viennent surtout de Côte d’Ivoire, de Côte d’or et des pays bantous.
  • Au cours des XVII et XVIIIe siècles : les expéditions françaises et néerlandaises puis anglaises s’enchevêtrent pour profiter du vide laissé par les espagnols et les portugais attirés par des régions moins hostiles. Les amérindiens sont largement décimés par les armes et les maladies apportées par l’homme blanc, les plantations s’installent et elles manquent de bras. Les amérindiens sont trop peu et trop dispersés, la traite des noirs prend alors le relais. L’extension de l’esclavage est à son apogée au Surinam au cours du XVIIe siècle où la mise en valeur des terres demande une importation massive d’esclaves.
  • 1760 : les hollandais reconnaissent l’indépendance des deux tribus dominantes, les saramaka et les djuka.
  • 1775 : les bonis s’installent à Sparouine en Guyane française
  • 1783 : traité conclu avec les aluku nenge

Les ancêtres des saramaka, djuka , paramaka et boni de Guyane ont en commun les esclaves venus d’Afrique entre les années 1650 et 1800 et d’avoir conquis leur liberté dans les forêts surinamiennes.

  • 1791 : mort du chef Boni  qui isole les aluku qui de par cet isolement devinrent des maîtres constructeurs de pirogue, des artisans de talent, d’ingénieux bâtisseurs d’habitations à la décoration élaborée, de solides piroguiers. Des chasseurs, pêcheurs et cueilleurs. Et cet isolement forcé permit aussi à la communauté de cultiver une certaine intimité de bon voisinage avec les peuples Amérindiens.
  • Février 1794 : lors de la première libération des esclaves, de nombreux noirs préfèrent rejoindre la forêt que de continuer à travailler comme salariés dans les plantations
  • 1802 : rétablissement de l’esclavage sous le consulat, de nouveau les noirs fuient dans la forêt
  • 1848 : abolition définitive de l’esclavage (dans les colonies françaises)
  • 1860 : les bonis signent avec les français et les hollandais un traité reconnaissant leur indépendance par rapport aux djuka sur le territoire du sud-ouest guyanais

C’est dans les forêts que les bonis et les autres constituent leur propre culture basée fortement sur leurs coutumes africaines.

Pour en savoir plus, une chronologie très détaillée : Histoire des marrons du Maroni en Guyane ICI

Mode de vie traditionnel

Le mode de vie des bonis a recours aux emprunts des africains leurs ancêtres ainsi que des coutumes des amérindiens du Maroni .

Société matrilinéaire

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La filiation se fait par les femmes en théorie, chaque homme et femme vit sa vie dans le village maternel. Dès que l’homme atteint l’âge adulte, il construit sa maison dans son village natal. Lorsqu’il se marie il doit construire la maison de sa femme dans le village natal de celle-ci, elle y élèvera ses enfants. Le père ne fera une apparition dans la maison que lorsqu’il viendra défricher l’abatis pour sa femme. En échange la femme le nourrira avec du couac (farine de manioc). Le père n’a qu’une autorité précaire sur les enfants, il entretient indirectement la femme et les enfants. Ce sont les femmes qui les éduquent et elles les considèrent comme leur appartenant. Les connaissances le plus importantes sont transmises aux garçons : elles concernent la forêt et les arbres qu’il faut connaître, la construction des canots et comment les manier, la charpente. Les filles restent dans la cellule matriarcale, elles sont soumises à une stricte surveillance. L’éducation se fait par imitation de l’adulte, les connaissances acquises à l’école sont étrangères à la vie des boni. Très trot le jeune garçon à le sens des responsabilités et il doit être capable de gagner sa vie, c’est en général vers l’âge de 14 ans qu’il s’émancipe et subvient à ses besoins.

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L’organisation politique

Le chef spirituel, le granman (du néerlandais « grote man », grand homme) dirige la communauté, « éclairé » par les anciens.

En 1968 avec la création des communes, l’évolution de la société se fait ressentie faisant coexister deux systèmes de fonctionnement :

-        Les granman et kapiten

-        Les maires et les conseillers

Depuis 1861 les boni sont officiellement protégés par le gouvernement français qui donne un petit appointement à leur chef le gran Man. Celui-ci est élu parmi les parents de son prédécesseur.

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incantation du Gran-Man des Poligoudoux.Riou, Le Tour du Monde.Jules Crevaux  image

Les villages

 

Les villages (kondré) sont enracinés par le culte des ancêtres qui correspondent au lignage, un ensemble de personnes, hommes et femmes descendants d’une même aïeule et qui se considèrent comme frères, sœurs, oncles, tantes, neveux.

Ils ont également des « campu » habitats temporaires situés à proximité des abattis qui sont occupés de façon intermittente lors des travaux agricoles et abandonnés temporairement en fonction des rotations des cultures sur brûlis.

Les maisons sont regroupées autour de l’habitation de l’aïeule commune. Cet ensemble de constructions, le mamapiki est bien souvent en cercle autour d’un carbet-cuisine commun dans lequel les femmes passent une grande partie de leur temps.

L’espace familial (pisi) est entretenu, désherbé et balayé chaque matin

L’habitat : le carbet

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Maisons sur pilotis et maisons au sol entourent le carbet commun. Phot. Inv. M. Heller © Inventaire général, ADAGP, 2001

Le carbet est l’habitat typique de la Guyane et de l’Amazonie, il s’agit d’une cabane en bois de planches d’essences variées, conçu pour pouvoir attacher les hamacs. Les toits sont en feuilles de tachis et de way. Ses dimensions sont réduites, environ 3 ou 4 mètre de large pour 5 à 6 mètres de long, d’une hauteur de sous-faîtage de 3 mètres.

L’intérieur des carbets est composé d’un vestibule où la nuit venue les hamacs sont tendus. Les femmes disposent d’une batterie de cuisine imposante en aluminium. Les ustensiles sont rangés dans la toiture coincés entre deux pannes de feuilles way( un palmier). La porte ainsi que le devant du carbet sont peints et sculptés de motifs représentant la vie quotidienne des bonis.

La maison carbet ne servait que de chambre à coucher et de resserre pour les objets précieux.

Chaque maison comporte une pièce intérieure complètement fermé dans laquelle on ne peut pénétrer que par une porte ouvrant sur la partie avant de la maison qui joue le rôle de vestibule.

Une maison construite entièrement en planches peut durer 20 à 30 ans mais la toiture de feuilles doit être changée tous les cinq ans. Pour les maisons à parois de palmes tressées, les parois doivent être refaites au bout de sept à huit ans.

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Cette porte d'une maison récente d'Apatou est de taille européenne mais peinte d'un tembé. On entrevoit l'aménagement intérieur : linoleum, télévision et hamac. Phot. Inv. M. Heller © Inventaire général, ADAGP, 2001.

Le carbet-cuisine

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Un carbet-cuisine, vue intérieure. Devant la platine à couac, le mortier à piler le manioc, à droite, au sol, le foyer sur lequel cuit le repas, à gauche, un hamac pour la sieste. Phot. Inv. M. Heller © Inventaire général, ADAGP, 2001.

Tous les repas y sont confectionnés sur un petit foyer au sol. Tous les ustensiles utiles à la préparation des aliments y sont conservés : râpes, mortiers, couleuvres à manioc, touques renfermant les provisions de couac ou de riz.

Dans les grands villages, un grand carbet sert de lieu de réunion aux hommes pour régler les différents du village, il s’appelle le « tribunal ».

 

En savoir plus sur les maisons des noirs marron de Guyane  ICI

Les objets

Les hamacs sont en cotonnade et munis d’une moustiquaire, ils sont confectionnés par les bonis ainsi que les cordes de suspension qui sont en fibres d’agave. Les hamacs sont très courts pour pouvoir être accrochés facilement dans les maisons. La moustiquaire épaisse sert également à protéger du froid et de l’humidité.

Dans les carbets, il y a peu de mobilier, seuls les hamacs et des tabourets sont présents. Ces derniers sont réalisés avec deux planches verticales formant pieds et une planche horizontale pour le siège, ils sont sculptés et servent surtout aux hommes.

 

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Tabouret sculpté image de la collection du musée du quai Branly

Les ustensiles de cuisine

 

  •  : les plats de différentes tailles servant à transporter et vanner le ri
  •  Paï-tiki : les spatules servant à remuer les aliments, ornées de sculptures
  • Soupou : les cuillères en calebasses polies et gravées à l’intérieur (servent aux femmes et aux enfants)
  •  Des assiettes, gobelets et plats sont réalisés dans des demi-calebasses ornées également
  • Mata : le mortier en forme de sablier légèrement étranglé pour piler le riz et d’autres graines (il est orné)
  • Mata-tiki : le pilon orné

Pour laver le linge les femmes ont des battoirs en bois formés d’un bloc rectangulaire légèrement incurvée muni d’une poignée cylindrique.

L’artisanat

Vannerie

Les objets sont nombreux et servent à des usages variés.

Le végétal utilisé : l’arouman (ischnosiphon arouma) dont les tiges peuvent atteindre quatre mètres de hauteur sont coupées, incisées, fendues, ébarbées et tressées rapidement afin qu’elles n’aient pas le temps de sécher.

Elles servent à confectionner les couleuvres (presses à manioc), les hottes, les éventails à feu, les tamis et les autres objets domestiques.

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arouman

Le travail du bois

Ils sont experts dans le travail du bois tant pour la construction des maisons et des pirogues que pour la fabrication de petits objets ménagers. Ils se servent pour leur travail de la hache, de l’herminette, du sabre d’abatis, du compas à pointes sèches pour tracer les motifs des sculptures, du canif.

Ils taillent des peignes en bois de diverses dimensions et plus ou moins travaillés. Les hommes fabriquent des petites objets pour offrir aux femmes : pagaies minuscules, peignes immenses à la poignée chargée d’ornements, battoirs à linge garnis de clous de cuivre, le but du jeu étant que ces objets ne soient pas utilisables.

imageproxy.aspimage collection du musée du quai Branly

 

La pirogue

 

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C’est un bateau léger d’une quinzaine de mètres de long creusé dans un arbre appelé « Angélique ». Il est creusé avec une gouge et profilé à la hache.

 Les bonis et les autres descendants bushinengué ont développé des formes de pirogues adaptées au passage des sauts. Leurs pirogues, construites également en expansant la coque au feu, sont étroites et longues, et possèdent des extrémités curvilignes qui dépassent largement au-dessus du bordage.

Les longues pirogues à moteur comme les canots-pagaies, sont ornés de motifs d'entrelacs appelés tembé et de décors d'inspiration contemporaine.

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 pirogue bushinengé à moteur / Le décor des dossiers des bancs, détail.. Apatou (Guyane)

Heller, Marc - © Inventaire général, ADAGP, 2001

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pirogue bushinengé à moteur / Le décor peint sur la face externe de la proue. Grand-Santi (Guyane)
Heller, Marc - © Inventaire général, ADAGP, 2001

 

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pirogue bushinengé à moteur / Pirogue de frêt passant au large de sparouine.. Saint-Laurent-du-Maroni (Guyane)
Heller, Marc - © Inventaire général, ADAGP, 2001

En savoir plus sur les pirogues du Maroni  ICI

Les pagaies

 

Certaines sont longues à large palette, elles sont utilisées pour propulser les grands canots. Les autres plus petites sont utilisées par les femmes mais aussi les hommes pour les petits canots. Les plus grandes sont ornées de peintures vives et les plus petites sont sculptées sur la partie large et ont une poignée ouvragée.

Les bonis sont bien souvent piroguiers pour transporter entre autre les hauts fonctionnaires sur le fleuve.

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Tenue vestimentaire traditionnelle

 Les hommes

Dans la tradition ancestrale à laquelle ils sont restés longtemps attachés, et qui était des plus simples, ils portaient le « calimbé », une bande d’étoffe de 20/30 cm de large passante entre les jambes et retenue par une ceinture, les extrémités retombant sur les cuisses devant et derrière. La ceinture était une corde ou un morceau d’étoffe roulé en corde.

Quand il faisait plus frais ils rajoutaient la « camisa », une pièce d’étoffe rectangulaire dont deux angles sont noués sur l’épaule droite et laisse le bras droit et l’épaule découverts.

Ils allaient nu-tête.

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Les tenues vestimentaires traditionnelles : calimbé de l'homme, camisa de la femme, dessin de l'expédition de Jules Crevaux  image

Les femmes mariées

Elles portent aussi une « camisa » constituée d’une étoffe dont le bord supérieur est roulé autour de la taille et dont les extrémités se croisent largement.

Elles portent lorsqu’il fait frais une camisa sur les épaules qu’elles nouent autour du cou.

Elles ne portent pas de coiffures

Les jeunes filles

Elles portent un simple morceau d’étoffe sur le ventre retenu à la taille par une ceinture

Les enfants étaient nus.

Parures de bijoux

Les bracelets de cuivre : ils sont fabriqués par les boni de St Laurent du Maroni, faits d’un gros fil de cuivre roulé en spirale.

Les ornements de verroterie : les perles de verres composent les bracelets et colliers, les ceintures pour les enfants.

Les bracelets de cheveux : les femmes et les hommes portent aux poignets ses bracelets confectionnés avec leurs cheveux.

Les coquillages : de petits coquillages (cyprées) sont employés pour agrémenter une ceinture ou un bracelet.

Les bracelets de fer : ils sont composés soit d’un gros fil, soit d’un fer martelé. Seuls les hommes les portent au-dessus du coude.

Les coiffures

Les cheveux sont laissés tels quels, certains les tressent en petites nattes qui descendent à partir du sommet de la tête.

Les tatouages

Ils sont très répandus : ce sont des cicatrices qui proviennent d’incisions dans lesquelles on frotte de la poudre de charbon de bois d’acajou. Elles sont groupées en dessins réguliers sur le visage (joues, lèvre supérieure, menton) sur la poitrine, l’estomac, autour du nombril, sur le dos et les cuisses.

 

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Agriculture

Les abatis, les aliments

Les hommes coupent l’abattis pour le défricher et le brûlent et ce sont les femmes qui ensuite sèment, plantent et récoltent. Les cultures sont les cultures traditionnelles des peuples d’Amazonie : riz, manioc, igname, patate douce, banane, canne à sucre en petite quantité, les graines oléagineuses (aouara, maripa) sont elles exposées au soleil et broyées au mortier pour en extraire l’huile.

Le riz est pilé et placé dans les grands plats qui sont secoués pour séparer le grain de la balle. Le grain est ensuite concassé au mortier.

Les racines sont pelées et mises à tremper dans un vieux canot. Elles sont ensuite râpées et pressées dans une couleuvre puis tamisées. La forme obtenue est placée sur une plaque circulaire en métal sous le feu. On obtient selon la méthode de cuisson :

Le couac/farine à gros grains

La cassave espèce de galette

Le manioc est transformé en farine (couac) ou en cassave selon la même technique que celel des créoles ou des wayanas.

 

En savoir plus sur les abatis sur l'article des wayanas sur cocomagnanville  ICI

Le manioc sur cocomagnanville  ICI

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Chasse

Elle se pratique avec les fusils qui sont de vieilles armes en mauvais état. L’arc était encore utilisé il y a une trentaine d’années, c’est un arc de 1.10 m à 1.90m aminci aux deux extrémités, sans courbure, arrondi du côté de la corde et aplati sur l’autre face. Les flèches ont des pointes en bois ou en fer en forme de harpon, il existe aussi des flèches à triple pointe pour les poissons.

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La pêche

Elle se pratique avec des lignes faites de cordes et d’hameçons achetés sur la côté mais aussi avec des nasses de différentes tailles et modèles. La nasse la plus remarquable est une nasse conique à l’extrémité fermée à laquelle est fixée une longue tige de bambou. A l’autre extrémité est une porte reliée par une liane à la tige de bambou. La nasse est placée dans l’eau, à l’intérieur se trouve un appât fixé de sorte que le poisson en le saisissant déclenche le mécanisme. Le bambou libéré se redresse et referme la porte.

Aux embarcadères les femmes et les enfants pêchent à la ligné de petits poissons avec du manioc pour amorce.

Les hommes pêchent aussi en se servant de flèches pour les gros poissons.

La pêche à la nivrée sur cocomagnanville

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Organisation du travail

Elle s’organise tout simplement selon le sexe :

Les hommes : le canotage, les besognes dans les villages créoles, la construction des maisons, le défrichage des abatis, la chasse, la pêche, la confection des objets ménagers, des corbeilles, des vanneries, des cordes de fibres.

Les femmes prennent soin du ménage, de la culture, fabriquent et cuisent les aliments.

La religion les croyances

Ils ont de nombreux lieux de culte bien reconnaissables par exemple une petite case à claire-voie qui contient un socle d’argile supportant un blog également d’argile lequel est parfois surmonté d’un œuf de poule. D’autres œufs sont déposés au pied du socle. Une autre petite case à claire-voie abrite soit une statue de bois découpé de forme humaine soit un mât dont le sommet est grossièrement sculpté. La statue porte des bracelets ou une chaîne en fer, au pied, des bouteilles contenant de l’alcool (tafia). Il existe d’autres lieux, tables en clayonnage ou cases contenant des récipients remplis d’argile blanche et toujours des bouteilles.

Dans presque tous les villages sont plantés des poteaux verticaux qui supportent une branche transversale en T ou en croix de laquelle pendent de grands morceaux de linge. Au pied des bouteilles ou des cruchons à curaçao en grès.

L’argile blanche joue un rôle important. Elle compose les statues (shashak) et les boni hommes, femmes et enfants s’enduisent le corps pour se défendre de la maladie ou se protéger d’une influence dangereuse.

Le tabou ou kina

Il existe un tabou permanent ou momentané, collectif ou individuel. Les boni ne mangent pas de viande de caïman car ils pensent devenir alors lépreux. Pendant les guérisons, ils doivent se soumettre à des kina indiqués par le guérisseur, par exemple ne pas boire de tafia. Parfois on peut voir à une case une gargoulette ou une bouteille attachée à une ficelle. C’est un autre tabou, le propriétaire à dû s’absenter et a rendu sa maison inviolable.

Le mode de vie traditionnel a changé

Il y a trente ans en arrière la vie sociale des boni était identique à celle du siècle dernier. Ils vivaient en « autarcie » vivant en autosuffisance, s’approvisionnant chez leurs voisins amérindiens ou Djuka au besoin. Avec la création des communes en 1968 , les coutumes bougent et l’argent bouleverse l’économie locale, les abatis tendent à disparaître, les femmes ne produisent plus de couac et préfèrent acheter la nourriture préparée ou en conserve. Il n’y a plus de distribution de viande entre gens du clan. Ces changements ont provoqué une déstabilisation de la base matérielle traditionnelle, au transfert des mentalités, à l’altération des règles de vie collective. Dans la transition vers la société de consommation, les boni s’insèrent au plus bas de l’échelle sociale et sacrifient leur génération montante handicapée par le manque de qualification professionnelle.

Le déclin de l’agriculture vivrière, l’épuisement des ressources, la dépendance par rapport au secteur monétaire ont conduit à une dégradation des conditions de vie et sont responsables d’une forte augmentation des maladies de carnece dont les enfants sont les premières victimes. (Bernard Delpech dans les aluku de Guyane à un tournant de l’économie de subsistance à la société de consommation en 1993) 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 

Et pour ceux qui ont envie d'en savoir beaucoup plus sur la Guyane, voici un texte et des dessins inédits du voyage de Jules Crevaux De Cayenne aux Andes   ICI

 

 

 Caroleone

Sources : Mallé,Marie-Pascale.Les maisons des Noirs marrons de Guyane, Notes sur les boni de la Guyane française de R de Lamberterie ( journal de la société des américanistes), wikipédia, les maisons des noirs marron de Guyane revue in situ revue du patrimoine 2004

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Surinam, #Afro descendants, #Guyane, #Bonis, #Aluku, #Peuples originaires

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G
Merci beaucoup pour cet article complet
C
Merci Gaby
M
Documenté et émouvant.
C
Merci.
L

mon état d'esprit en mots et images!


namaste
C


 


 


Merci beaucoup, ça me fait bien plaisir


 


Amitiés


 


caroleone



A

Le vocabulaire en dit souvent long sur les mentalités quand on pense qu'au départ, le terme "marron" désignait un animal retourné à l'état sauvage!! qu'on a donné plus tard aux esclaves qui se
sont enfuis.... pour retourner à l'état sauvage..!!


Encore un bel article très documenté et intéressant, merci Caro.
C


 


 


Bonsoir Almanitoo,


 


Oui le marronage vient de ce terme, on entend aussi parler de cimarron aux Antilles. C'est un thème que j'aime beaucoup mais qui demande du temps à rédiger. Mais là sur les boni il n'y avait pas
beaucoup d'images, comme ils doivent être complètement acculturés, on a droit qu'à de vieilles images.


C'est marrant comment ces peuples afro-descendants ont récupéré comme points communs dans leurs modes de vie avec les amérindiens.


Je m'étais amusée aussi à écrire sur les derniers indiens et les premiers esclaves de Cuba, j'avais fait une sacrée découverte comme colomb mais moins destructrice.


Bises et merci de ta visite


 


caro