Fidel Castro : L'autre tragédie

Publié le 21 Juillet 2010

21 juillet 2010

 

Lors de ma réunion avec les économistes du Centre de recherche sur l’économie mondiale (CIEM), le mardi 13 juillet, je leur ai parlé de l’excellent documentaire réalisé par le cinéaste français Yann Arthus-Bertrand avec la participation des personnalités internationales les plus prestigieuses et les mieux informées, sur un autre terrible danger qui menace notre espèce et qui se déroule sous nos yeux : la destruction de l’environnement.

 

Le documentaire affirme d’une manière claire et lapidaire :

« Dans la grande aventure de la vie sur la Terre, chaque espèce a un rôle à jouer, chaque espèce occupe sa place. Aucune n’est inutile ou nocive, elles s’équilibrent toutes. Et c’est là où, toi, homo sapiens, l’homme qui pense, tu entres dans l’Histoire. Tu profites du fabuleux héritage de 4 milliards d’années que te donne la Terre. Tu n’as que 200 000 ans, mais tu as déjà changé la face du monde.

 

« L’invention de l’agriculture a changé notre histoire. C’était il y a moins de 10 000 ans.

 

« L’invention de l’agriculture a bouleversé notre histoire. C’était il y a moins de dix mille ans. Elle fût notre première grande révolution. Elle nous a apporté nos premiers surplus. Nous avons fondé nos villes et nos civilisations. Le souvenir des millénaires de cueillette sauvage est effacé. Les céréales dont nous avons fait le levain de notre vie, nous en avons multiplié les variétés. Nous avons appris à les marier avec nos terroirs et nos climats. Nous sommes comme toutes les espèces sur la Terre, notre inquiétude première est de se nourrir chaque jour. Quand le sol est devenu moins généreux et l’eau plus rare, nous avons déployé des prodiges pour extraire de la terre notre subsistance. »

 

« La moitié de l’humanité laboure le sol, dont plus des trois quarts à la main.

 

« L’énergie pure, l’énergie du soleil captée pendant des millions d’années par des millions de végétaux il y a plus de cent millions d’années. C’est le charbon, c’est le gaz et c’est surtout le pétrole.

 

« Au cours des soixante dernières années, la population du globe a presque triplé et plus de deux milliards d’hommes ont rejoint les villes.

 

 

« New York, la première mégapole du monde, est le symbole de l’exploitation de toutes les énergies offertes par la Terre au génie des hommes. La force des bras de millions d’immigrés, l’énergie du charbon, la puissance décuplée du pétrole. L’Amérique a été la première à utiliser la puissance nouvelle et prodigieuse de l’or noir. Dans les campagnes, les machines ont remplacé les hommes. Un litre de pétrole fournit autant d’énergie que cent paires de bras pendant 24h.

 

« La seule production céréalière des Etats-Unis pourrait nourrir deux milliards de personnes. Mais ici, beaucoup de ce grain ne sert pas à alimenter les gens. Comme dans tous les pays industrialisés, ces céréales sont d’abord transformées en nourriture pour le bétail et en agro carburant.

 

« A perte de vue, engrais dessous, plastiques dessus, les serres du désert d’Almeria sont le potager de l’Europe. Une ville de légumes bien calibrés attend chaque jour les centaines de camions qui vont les porter dans les supermarchés. Plus un pays est développé, plus ses habitants consomment de viande. Comment satisfaire une demande croissante dans le monde sans concevoir des élevages de bovins quasi concentrationnaires ? Tout s’accélère : dans l’immensité de ces corrals piétinés par des millions de bêtes, pas une herbe ne pousse. Une noria de camions venant de tous les horizons du pays apportent des tonnes de céréales, soja et granulés hyperconcentrés qui se transformeront en tonnes de viande. Bilan : Il faut cent litres d’eau pour produire un kilo de pomme de terre, quatre mille pour un kg de riz, treize mille pour un kg de boeuf, sans compter le pétrole pour sa production et son transport.

Nous savons que la fin de ce pétrole bon marché s’annonce, mais nous ne voulons pas le croire.

« Los Angeles. Dans cette ville qui s’étire sur plus de cent kilomètres, le nombre des voitures est quasi égal au nombre d’habitants.

« Les jours ne semblent plus être qu’un pâle reflet de ces nuits qui font de la ville un ciel étoilé.

 

« Partout des machines fouillent, retournent arrachent à la terre les minerais enfouis dans ses profondeurs depuis sa création.

 

« … 80 % de cette richesse souterraine est consommée par 20 % de la population du globe. Avant la fin du siècle, cette exploitation sans mesure aura épuisé la quasi totalité des réserves de la planète.

 

« Depuis 1950, les échanges internationaux ont été multipliés par vingt. 90 % de ces échanges transitent par la voie maritime. Cinq cent millions de conteneurs sont transportés chaque année et rejoignent les grands centres de consommation du monde.

 

« Depuis 1950, les prises de pêche ont quintuplé, de 18 millions à 100 millions de tonnes par an. Des milliers de navires-usines sont en train de vider les océans. Les trois quarts des zones de pêche sont épuisées, terminées ou en danger de l’être.

 

« Cinq cents millions d’hommes habitent les contrées désertiques du monde. Davantage que toute la population européenne réunie.

 

« Israël a fait d’un désert un pays agricole. Même si ces serres sont désormais irriguées au goutte à goutte, les besoins en eau ne cessent d’augmenter avec les exportations. La rivière du Jourdain n’est plus qu’un mince filet d’eau. Son eau s’en est allée, en partie dans des barquettes de légumes et de fruits vers les supermarchés du monde.

 

« L’Inde risque d’être le pays le plus touché par le manque d’eau au cours de ce siècle. L’irrigation massive a permis de nourrir la population croissante. Et en cinquante ans, vingt et un millions de puits y ont été creusés.

 

« Las Vegas a été créé en plein désert. Des millions de personnes y vivent, des milliers d’autres les rejoignent chaque mois. Les habitants de Las Vegas sont parmi les plus grands consommateurs d’eau au monde.

 

« Palm Springs est une autre ville du désert. Avec sa végétation de pays humide et ses impeccables parcours de golf. Mais combien de temps ce mirage peut-il prospérer ? Combien de temps ? La Terre ne peut plus suivre ce rythme effréné.

 

« Le Colorado qui alimente ces villes est un de ces fleuves qui n’atteignent plus la mer.

 

« Le manque d’eau pourrait toucher près de deux milliards de personnes dans le monde avant 2025.

 

« Tout est vivant, tout est lié. L’eau, l’air, le sol, les arbres.

 

« Les arbres des forêts primaires abritent les trois-quarts de la biodiversité de la planète. C’est-à-dire de tout ce qui vit sur terre.

 

« Mais en à peine quarante ans, la plus grande forêt de la planète, l’Amazonie a perdu un cinquième de sa surface. La forêt fait place à l’élevage et à la culture de soja. 95 % de ce soja servira à nourrir le bétail et les volailles d’Europe et d’Asie. Et voilà comment on transforme une forêt en viande.

 

« Plus de deux milliards de personnes sur la planète dépendent encore du charbon de bois. Près du tiers de la population mondiale. A Haïti, l’un des pays les plus pauvres au monde, le charbon de bois est l’un des principaux produits de consommation.

 

« Sur les collines d’Haïti, il ne reste que 2 % des forêts.

 

« Chaque semaine dans le monde, plus un million d’habitants s’ajoutent à la population des villes. Chaque semaine ! Un être humain sur six vit dans un habitat précaire, insalubre, surpeuplé sans accès aux installations nécessaires à la vie courante. Eau, toilette, électricité. La faim croit de nouveau, elle frappe aujourd’hui près d’un milliard de personnes. Dans les poubelles du monde, les plus pauvres fouillent pour leur survie alors que nous continuons à creuser en quête de ressources que nous croyons indispensables.

 

« Nos activités rejettent des quantités gigantesques de dioxyde de carbone. Sans nous en rendre compte le moins du monde, molécule par molécule, nous avons bouleversé l’équilibre climatique de la Terre.

 

« Sous l’effet du réchauffement, la banquise a perdu 40 % de son épaisseur en quarante ans. Sa surface en été se réduit d’année en année. Elle pourrait disparaître avant 2030, certains disent 2015.

 

« Avant 2050, le quart de toutes les espèces vivantes sur terre pourrait être menacé de disparition.

 

« Et avec le réchauffement accéléré du Groenland, c’est l’eau douce de tout un continent qui rejoint l’eau salée des océans. Dans ses glaces, le Groenland retient 20 % des eaux douces de la planète. Leur fonte entraînerait une élévation du niveau des mers de près de sept mètres. L’atmosphère de notre terre est une et indivisible. Elle est notre bien commun.

 

« À la surface du Groenland, des lacs éclosent dans le paysage. La calotte glaciaire a commencé à fondre à un rythme que même les scientifiques les plus pessimistes n’imaginaient pas il y a moins de 10 ans. Les bédières, ces rivières glaciaires, se multiplient et se rejoignent et crèvent la surface. On pensait que leur eau gèlerait dans l’épaisseur de la calotte. Au contraire, elle coule jusque sous la glace. Elle entraîne la calotte qui glisse plus rapidement vers la mer et se brise en iceberg.

 

« La dilatation des eaux sous l’effet de la chaleur a provoqué au cours du seul 20ème siècle une hausse de 20cm. Tout se dérègle. Les coraux par exemple sont extrêmement sensibles aux moindres changements de la température des eaux. 30 % ont déjà disparu. Ils sont un maillon essentiel dans la chaîne continue des espèces.

 

« Que feront les grandes villes côtières comme Tokyo, la plus peuplée du monde, si la hausse du niveau des mers continue de s’accélérer ?

 

« …en Sibérie, comme dans d’autres endroits du globe, il fait si froid que les sols restent gelés en permanence. Ce sol, c’est le permafrost, sous sa surface se cache une véritable bombe climatique, le méthane. Le méthane est un gaz à effet de serre vingt fois plus puissant que le dioxyde de carbone. Si ce permafrost fondait, le dégagement de méthane provoquerait un emballement de l’effet de serre dont nul ne peut prévoir les conséquences.

 

« Vingt pour cent des hommes consomment 80 % des ressources de la planète.

« Les dépenses militaires mondiales sont douze fois plus élevées que l’aide au développement.

 

« Cinq mille personnes meurent chaque jour à cause de l’eau insalubre. Un milliard d’hommes n’ont pas accès à l’eau potable.

 

« Près d’un milliard de personnes ont faim Plus de 50 % des céréales commercialisées dans le monde sont destinées à l’élevage et aux agrocarburants.

 

« Les espèces s’éteignent à un rythme 1000 fois supérieur au rythme naturel.

 

« Les trois quarts des ressources de pêche sont épuisés, en déclin ou à la limite de l’être.

 

« La température moyenne des 15 dernières années a été la plus élevée jamais enregistrée. « La banquise a perdu 40 % de son épaisseur en 40 ans.

Dans les dernières minutes de son documentaire, Yann Arthus-Bertrand parle un langage moins dur pour faire l’éloge de certaines initiatives positives de pays qu’il a eu le devoir de mentionner sans vouloir les offenser ni les blesser.

Il affirme à la fin :

« C’est le moment d’aller à la rencontre l’un de l’autre. Car ce qui est important, ce n’est pas ce que nous avons perdu, mais ce qu’il nous reste. Il nous reste la moitié des forêts du monde, des milliers de rivières de lac et de glaciers. Des milliers d’espèces bien vivantes encore.

« Nous savons très bien qu’aujourd’hui des solutions existent. Nous avons tous le pouvoir de changer. Alors, qu’est-ce que l’on attend ?

« À nous d’écrire la suite de notre histoire. Ensemble. »

Le thème qui a occupé la plupart de mes efforts – le danger imminent d’une guerre qui serait la dernière de la préhistoire de notre espèce – et auquel j’ai consacré neuf Réflexions depuis le 1er juin, constitue un danger qui s’aggrave de jour en jour.

Logiquement, 99% des gens abritent l’espoir que le bon sens le plus élémentaire prévaudra.

 

A voir tous les aspects de la réalité, néanmoins, je n’envisage aucune possibilité, hélas, qu’il en soit ainsi.

Je pense donc qu’il serait bien plus pratique que nos peuples se préparent à faire face à cette réalité. C’est dans cet effort que réside notre seul espoir.

C’est bien ce que font les Iraniens, comme nous l’avions fait, nous, en octobre 1962, quand nous avions décidés de disparaître plutôt que de nous rendre.

Aujourd’hui comme hier, c’est le jeu du hasard, non le mérite de l’intelligence ou de l’histoire individuelle d’aucun de nous.

 

Les nouvelles quotidiennes en provenance de l’Iran ne s’écartent pas le moins du monde de leur position initiale : soutenir leur juste droit à la paix et au développement, mais avec un facteur nouveau, la production de 20 kg d’uranium enrichi à 20%, assez pour construire un engin nucléaire, ce qui affole encore plus ceux qui ont adopté depuis belle lurette la décision d’attaquer ce pays. C’est quelque chose que j’ai analysé vendredi 16 avec nos ambassadeurs.

 

Obama n’y pourra rien, et il n’a d’ailleurs pas montré la moindre intention d’y faire quoi que ce soit.

 

Fidel Castro Ruz

 


Le 18 juillet 2010

 

http://www.granma.cu/frances/reflex...

 

Traduction ESTI

 

URL de cet article

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 

Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Cuba, #Fidel

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article