Cuba à l'honneur : José Antonio Aponte et petite chronologie de l'esclavage à Cuba

Publié le 19 Février 2012

José Antonio APONTE, Spartacus afro cubain

 

 

 

 

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Héros et martyr de la première tentative de renversement de l’ordre colonial à Cuba en 1811/1812.


José Antonio Aponte était un affranchi afro- cubain.

 

 

Le personnage

 

 Il faisait partie du groupe ethnique Yoruba qui est un grand groupe présent au Nigéria, mais aussi au Bénin, Ghana et Togo. A Cuba, les yorubas représentaient une grande partie des esclaves de l’île, à Cuba cette ethnie était appelée Lucumi.


 

Confrérie des charpentiers


Il était charpentier ébéniste et réalisait entre autre de superbes icônes en bois. Il faisait également partie de la confrérie des charpentiers de San José dont le siège se trouvait dans le couvent de San Francisco de Asís.

 

La santeria

 

Aponte était également prêtre de la santeria, de la religion ogboni, ce qui veut dire membre d’une société secrète, comme le vaudou qui était spécialisée dans la sculpture du bois.

Il était très influent auprès des populations afro descendantes de tous statuts.

 

 

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De 1492 aux années 1860, plus de 500 000 esclaves furent déportés à Cuba. La majorité de ces esclaves était originaire d'Afrique occidentale et d'Afrique centrale.

 

 

 

 Un homme érudit et cultivé

 

Il était cultivé et respecté, possédant des idées radicales. Il a été comparé à Spartacus par l’historien Elias Entralgo.

Lors de la perquisition de sa maison on a trouvé un cahier de peintures où apparaissaient de nombreuses vues de La Havane, des armées en combat, des images de palais, de châteaux, d’églises, de rues, d’entrepôts et de quais, à côté d’estampes de thèmes bibliques et mythologiques. Il y avait aussi un autoportrait et des peintures de Christophe, de Louverture, de Dessalines et de George Washington, des cédules royales qui accordaient des privilèges aux bataillons de Mulâtres et de Noirs. Parmi ses livres se trouvaient un d’Histoire naturelle, l'Art de Nebrija, le Guide des étrangers de La Havane, Les merveilles de la ville de Rome, un formulaire pour écrire des lettres, un Catéchisme de la doctrine chrétienne, un volume de Don Quichotte, des histoires du royaume d’Ethiopie et du Preste Juan, « tous vieux et utilisés » selon la police.

 

 

Passionné par le combat de Toussaint Louverture

 

Les idéaux de libération de Toussaint Louverture sur l’île d’Haïti passionnent Aponte et l’incite à développer ces idéaux à Cuba.

En 1810, il participe à la conspiration Bassabe en compagnie d’autres sous-officiers du bataillon des Pardos et du bataillon des Morenos qui regroupent des militants noirs ou métis.

 

 

 

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Première tentative de rébellion des esclaves

 

Le 5 janvier 1812, Aponte réussit à fédérer esclaves et affranchis qui sont bien souvent de petits propriétaires terriens qui prenaient fait et cause pour leurs frères esclaves. Suivant l’exemple de Louverture, il organise la plus grande révolte d’esclaves qui s’étendra d’Holguin à Bayamo et qui marquera et inspirera les générations futures de combattants du système colonial et pour l’indépendance.

Haïti donne un coup de main à l’insurrection en envoyant 300 fusils en décembre 1811 pour permettre aux rebelles de s’emparer d’autres fusils dans la région de La Havane.

 

Le plus admirable de cette conspiration a été son pouvoir agglutinant (…) impliquant les esclaves noirs et libres. Il a approché les Mulâtres et les Noirs. Il a sorti les chinois de leurs cases. Il a compté avec les Blancs comme dirigés et comme dirigeants. Il a pénétré l'enthousiasme politique et la chaleur de l'inquiétude chez les femmes. Il a réuni des individus des plus divers offices. Des cordonniers, des cochers, des macheteros (coupeurs de cannes à sucre), des charbonniers, des bourreliers, des chargeurs de cannes à sucre, des bouviers, des charpentiers, des campagnards… le plus important de tout cela est qu'il dépasse les limites d'une insurrection anti-factoriel pour atteindre, avec les dimensions précurseurs de la révolution patriotique et nationale .

 

 

 

La rébellion est réprimée par Don Salvador de Muro y Salazar, marquis de Someruelos, capitaine général de Cuba et de la Louisiane.

Il sera pendu avec ses compagnons le 9 avril 1812, sa tête sera exhibée dans une cage à La Havane.

Les graines de la révolution qu’il avait semées germèrent dans l’île et plusieurs insurrections suivirent celle d’Aponte (voir la chrono ci-dessous).


 

 

Petite chronologie de l’esclavage à Cuba

 

 

 

 

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1527 : Des mesures sont prises contre la dépopulation de l’île due à l’extinction progressive des Indiens, qu’ils soient originaires de Cuba ou bien importés des îles voisines : un millier d’esclaves noirs doivent arriver à Cuba pour les remplacer dans les plantations. La traite vers Cuba débute alors mais ne prend vraiment son ampleur qu’à partir de 1595.

 

1538 : Rébellion noire à Cuba.


1544 : D’après les chiffres d’un contemporain, la population de l’île avoisine les 7 000 habitants dont 5 000 Indiens, 800 esclaves noirs et 660 colons espagnols. On estime que les Indiens étaient une centaine de milliers un siècle plus tôt.

 

1576 : Les premières plantations de sucre de grande taille apparaissent. De nombreux esclaves noirs y travaillent. On estime leur nombre à 20 000 en 1606. À la fin du XVIe siècle, l’industrie du sucre prend son véritable essor grâce à cette main-d’œuvre.


 1789 : L’autorisation d’introduire librement des esclaves à Cuba succède au système de contrôle et de contrats. La traite devient alors une source d’activités des plus lucratives.

 

1790-1867 : Plus de 780 000 esclaves arrivent à Cuba. Ainsi l’île est le premier importateur d’esclaves de l’empire espagnol.


1791 : Rébellion des esclaves à Saint-Domingue. À partir de 1793, de nombreux réfugiés français arrivent à Cuba où ils contribuent à la révolution agricole : les plantations de café de type français s’y étendent et la production de ce précieux produit connaît une croissance considérable.

 

 

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1795 : Nicolas Morales, un Noir libre, crée une organisation favorable à l’indépendance et à l’abolition des taxes levées par le gouvernement espagnol. Pour la première fois, l’idée d’indépendance est évoquée à Cuba.


1807 : L’Angleterre condamne la traite des esclaves africains et critique la poursuite, au profit de Cuba, de cet « odieux commerce »


1810 : Une rébellion indépendantiste est menée par des Noirs libres dirigés par des créoles francs-maçons. En réaction, une milice de jeunes Blancs se crée d’elle-même pour soutenir les autorités coloniales et la rébellion est réprimée.

 

1812 : Nouvelle rébellion menée par Aponte, un homme libre de couleur. Celle-ci est sévèrement réprimée. La fréquence des rébellions d’esclaves s’explique par la dureté de leurs conditions d’existence dans les plantations. À l’inverse, les « nègres à talent » ou esclaves domestiques se considèrent supérieurs aux « nègres de culture » et sont mieux traités par leurs maîtres.

 

 

 

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1817 : Sous la pression anglaise, l’Espagne accepte de renoncer au commerce des esclaves avant 1820, mais Cuba poursuit la traite.

 

Année 1830 : L’Angleterre abolit l’esclavage dans ses colonies antillaises et fait pression pour que Cuba l’imite. À partir de 1837, les soulèvements favorables à l’abolition de l’esclavage s’y multiplient.

 

1839 : Une bulle pontificale interdit la traite et condamne ceux qui la pratiquent à l’excommunication.

 

 

1841-1843 : Le capitaine général Geronimo Valdes s’oppose à l’arrivée de nouveaux esclaves à Cuba et en affranchit de nombreux. Cependant, 200 000 esclaves au moins débarquent encore dans l’île entre 1840 et 1860. En 1841, l’île compte 420 000 esclaves, soit 43 % de sa population. Le système esclavagiste perdure jusqu’à une date tardive, notamment pour satisfaire les grands propriétaires latifundistes. Les Blancs, minoritaires dans l’île, sont effrayés à l’idée que l’émancipation des Noirs risque de les conduire à s’organiser contre eux.

 

1843 : Début de la rébellion des esclaves des plantations sucrières de la région de Cardenas. Elle porte le nom de conspiration de La Escalera, du nom de l’échelle de bois à laquelle on attachait les esclaves pour leur faire passer le goût de la révolte. Cette rébellion, qui mêle à la fois esclaves et Noirs libres, est la plus importante depuis celle d’Aponte en 1812 et avant celle de 1868. Des centaines de Noirs sont arrêtés.

10 octobre 1868 :  Ce 10 octobre, un véritable soulèvement secoue l’île : Céspedes a rassemblé 160 partisans ou mambis à La Demajagua et annonce qu’il a libéré et armé ses esclaves. Une colonne se met en marche, remporte des victoires à Yara, Jiguani et s’empare de la ville de Bayamo. De nombreux esclaves libérés et des paysans cubains se joignent au mouvement.

 

Novembre 1868 : La révolte s’étend à l’ouest, vers Camagüey, menée par deux hommes issues de riches familles de planteurs, Salvador Cisneros Betancourt et Ignacio Agramonte rejoints par un soldat, Manuel de Quesada.

 

La guerre de Dix Ans est à la fois une guerre civile et une guerre raciale opposant des propriétaires, des esclaves et des hommes de couleur libres à l’armée espagnole soutenue par d’autres propriétaires.

 

Février 1869 : L’Assemblée réunie par le pouvoir insurrectionnel, qui s’est proclamé la « République en armes », abolit l’esclavage de manière immédiate et sans compensation ni rachat.

 

1880 : L’esclavage laisse progressivement la place au salariat et des associations de Noirs voient le jour.

 

1886 : Abolition généralisée de l’esclavage. Cependant, en raison de la faiblesse des salaires des guajiros, c’est-à-dire des paysans cubains, la misère reste grande dans les campagnes.

 

 

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A Cuba , 2012 est l'occasion de rendre hommage au bicentenaire de l'assassinat d'Aponte

 

 

 

 

Sources : lettres de cuba, wikipédia, clio voyages culturels

 

 

 

Caroleone

 

 

 

 

 


Rédigé par caroleone

Publié dans #ABYA YALA, #Cuba, #Devoir de mémoire, #Afro descendants

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