Caricatures : dessins, des saints…

Publié le 30 Mars 2010


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Jésus, Mahomet, même combat ? Alors que le quotidien danois “Politiken” vient de présenter ses excuses aux musulmans pour les avoir offensés en publiant début 2008 des caricatures du Prophète, une autre caricature, de Jésus cette fois-ci, a mis sens dessus dessous un pan entier de l’Inde, l’Etat de Meghalaya, à majorité catholique.


Motif du scandale, une image pieuse retouchée, représentant le Christ une chope de bière dans une main, une cigarette dans l’autre, l’air décontracté et rêveur non d’un affreux terroriste mais d’un hippie évanescent. Imprimée dans un manuel scolaire, la photo montage a été mise sous la lettre “i” afin d’illustrer le mot “idole”. Il n’en fallut pas plus pour que les chrétiens locaux sortent de leurs gongs et exhalent leur ire contre la “profanation” de la personne du Sauveur, flétri sous les traits d’un baba cool, païen de surcroît.


L’éditeur, vite alerté, déplore à cor et à cri une “erreur humaine”, implore le pardon des chrétiens qui représentent à peine 2,3% du 1,1 milliard d’ Indiens, en rejetant la faute sur l’ agence de design chargée de la conception de l’ouvrage. Déjà distribué à des centaines d’exemplaires, le manuel incriminé sera retiré et mis au pilon. Il n’empêche, le gouvernement local, qui dénonce un “acte blasphématoire”, n’en a pas moins déposé plainte contre la maison d’édition Skyline Publication, sise à New Delhi.



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L’Eglise catholique locale, qui gère, soit dit en passant, un quart des écoles indiennes (!) a eu beau accepter les excuses de l’éditeur, cela n’a pas suffi au ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, qui a tenu à exprimer haut et fort sa ferme condamnation d’un “portrait blasphématoire du Christ” et sa “profonde préoccupation face à la violation des droits et de la dignité des chrétiens”.


Autre lieu, autres moeurs. Si les excuses de l’éditeur indien ont pu apaiser les esprits, y compris au Vatican, celles du rédacteur en chef de “Politika” ont soulevé un tollé parmi les autres journaux européens, au nom de la liberté d’expression. Et ce alors que le quotidien danois affirme noir sur blanc que s’il présente des excuses sincères aux croyants “offensés” il ne renonce pas pour autant a republier à nouveau ces mêmes caricatures. En fait d’excuses, il s’agit plutôt d’un compromis élaboré entre le journal et l’avocat saoudien qui en formula l’exigence au nom de la Naqabat El-Achraf ou “Syndicats des Nobles”, soit des 70 000 descendants de Mahomet, dont le roi Abdallah II de Jordanie, le roi Mohamed VI du Maroc, l’Agha Khan, lequel descend à la fois du Prophète de l’islam et, par sa mère, Joan Barbara Yarde-Buller, de Charles 1er d’Angleterre, de Henri IV, et donc de Saint Louis, roi de France !



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Que l’Italie soit le seul pays européen à réagir, et au plus haut niveau, contre une image « blasphématoire » de Jésus, publiée en Inde, s’explique par ce fait qu’elle mène une véritable croisade contre la Cour européenne des droits de l’homme, laquelle l’a condamnée, en novembre 2009, pour le maintien de l’accrochage du crucifix dans les écoles, estimant cette présence contraire au droit des parents d’élever leurs enfants selon leurs convictions et au droit des enfants à la liberté de religion.


En réaction, Rome a proposé une loi -élaborée par la gauche!- pour rendre obligatoire carrément ledit crucifix dans les écoles publiques. Franco Frattini, cohérent jusqu’au bout dans sa défense de Jésus-Christ, se rendit à Strasbourg, fin janvier 2010, afin de plaider et en faveur de la croix -un symbole “qui touche l’identité du pays”- dans les établissements scolaires et pour inclure une référence explicite aux “racines chrétiennes “de l’Europe dans le traité de Lisbonne. Le crucifix ne serait donc plus seulement un objet religieux mais l’expression de l’âme d’une nation.



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Mieux, l’Italie a fini par faire appel de la décision et la Grande Chambre, convoquée le 2 mars 2010 a accepté la demande de renvoi présentée par le gouvernement italien. Quant à Franco Frattini, le très catholique chef de la diplomatie italienne, il excipa de sa condamnation des caricatures de Mahomet lorsqu’il déclara comprendre “le sentiment d’affront et même le chagrin des musulmans” pour mieux promouvoir l’identité catholique du pays. Aussi, ce ministre membre du Parti de la liberté (PDL) de Silvio Berlusconi, n’a-t-il pas hésité à apporter un soutien vibrant à la proposition d’ajouter un crucifix sur le drapeau national, celui de l’Italie moderne, édifiée sur les ruines des Etats pontificaux. Observant que neuf drapeaux européens comportent déjà une croix, il estima qu’une dixième bannière n’en déparerait pas l’ensemble.



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Cet unanimisme dans la défense et l’illustration de Jésus vient de trouver une expression inédite, au Brésil cette fois-ci, le plus grand pays catholique du monde. Là-bas aussi, les chrétiens se disent “choqués et offensés” par la scène du film catastrophe “2012” de l’Allemand Roland Emmerich, où l’on voit vaciller puis s’effondrer l’altière statue du Christ Rédempteur qui domine la baie de Rio de Janeiro. L’archidiocèse de Rio exige des dommages et intérêts pour “abus et détournement d’image” à la société de production américaine Columbia Pictures. Oeuvre du Français d’origine polonaise, Paul Landowski –auteur également du monument aux morts -disciples de Jésus et fidèles de Mahomet réunis- de la Grande Guerre sis à Alger et coulé hélas ! dans le béton depuis l’indépendance (photo ci-dessous)-, la statue de 30 mètres de hauteur posée sur un piédestal de 8 mètres et trônant sur le mont Corcovado à 710 m d’altitude évoque Rio autant que la tour Eiffel Paris.


Traumatisée par les caricatures de Mahomet, dont l’une représente le Prophète de l’islam avec une bombe allumée sur le turban, une part notable de l’opinion musulmane attend une “revanche” esthétique afin de réhabiliter l’image de l’Apôtre d’Allah. Ce sera fait, inch Allah, sous la forme d’un film, une super-production confiée à l’Américain Barrie Osborne, le producteur de “Matrix” et de la trilogie du “Seigneur des Anneaux”. Sponsorisé par l’Etat du Qatar à hauteur de 150 millions de dollars et supervise par le télécoraniste égyptien de la chaîne El-Jazira, le Frère musulman cheikh Qaradaoui, l’oeuvre sera

«une production épique internationale destinée à relier les cultures. Le film éduquera les gens sur le sens véritable de l’islam». Bien entendu, l’on n’y verra pas l’image et encore moins le visage du Prophète. Ainsi, après le « Jésus de Nazareth », il y aurait bientôt un « Mahomet de La Mecque ». Grace à Hollywood, le « Bois sacré ».

 

29 mars 2010 | Lien permanent


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Rédigé par caroleone

Publié dans #Libre pensée et laïcité

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