Cadarache livre une guerre des mots

Publié le 17 Décembre 2009

17-12-2009

 

Jusqu’à 10,5 kg de plutonium était en rétention dans une seule des 450 « boîtes à gants » de l’ATPU phtoto archives DC Nucléaire. Le Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire enquête.

Saisi le 16 octobre dernier par le ministre de l’Ecologie et de l’Energie Jean-Louis Borloo après la découverte tardivement déclarée de 38,9 kg de plutonium au Centre d’études atomiques de Cadarache, le Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN) doit rendre un avis et des recommandations d’ici le 16 janvier sur ce qui serait un manque de transparence du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) dans la communication de l’incident.
    Entre 1962 et 2005, l’ATPu (Atelier de technologie du Plutonium) a recyclé 48 tonnes de plutonium pour produire 340 tonnes de combustible MOX destinées aux centrales nucléaires. Les ingénieurs s’attendaient à trouver 7,5 kg de poussières de plutonium coincées dans les renfoncements de 450 « boîtes à gants » où étaient confectionnées les pastilles de MOX.
    L’organisme consultatif tarde à publier son compte-rendu des auditions du 20 novembre dernier sur la dissimulation pendant 4 mois d’un excédent inattendu de 38,9 kg de plutonium au sein de l’ATPu en phase de démantèlement. Les argumentaires du CEA, d’Areva, de l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) et de l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire) mis en ligne sur son site nous renseignent déjà sur la bataille sémantique qui fait rage.


« Incident » ou « évènement significatif » ?


    Pour l’ASN qui a classé l’ « incident » au niveau 2 de l’échelle internationale des évènements nucléaires (Ines) qui en compte 7 et dressé procès-verbal de la violation de l’article 54 de la loi « Transparence et sécurité nucléaire » de 2006, l’exploitant était tenu de « déclarer sans délai » tout « incident (…) risquant d’avoir des conséquences notables sur la sûreté de l’installation ». Si le « seuil de criticité » pour une réaction en chaîne n’a jamais été franchi, il n’en demeure pas moins « un risque sérieux qui ne doit pas être banalisé », rappelle l’ASN.
    A l’opposé, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) réaffirme que « les situations constatées ne relevaient pas de l’article 54 [mais] de la problématique des évènements significatifs », et qu’en l’absence de « risque grave et imminent », une « information téléphonique » à l’ASN en juillet 2009 suffisait, d’autant que l’écart restait « conforme aux référentiels de sûreté et de sécurité de l’installation ».
    « On savait dès le départ que des matières seraient retenues », et la « probabilité non négligeable » de leur sous-estimation, a redit Bernard Bigot, l’administrateur général du CEA entendu 1er décembre par la Commission du développement durable de l’Assemblée nationale. « Le CEA ne s’est donc pas trouvé dans la nécessité réglementaire de faire une déclaration », nuance M. Bigot qui conclut que « le CEA n’a jamais rien caché. »


« Transmission tardive »


    Pourtant, l’IRSN reconnaît désormais que « contrairement aux pratiques usuelles, la transmission à l’ASN et à l’IRSN d’une information documentée sur l’incident a été tardive ».
    Jean-Louis Marchand, le directeur d’établissement Areva NC de Cadarache, justifie l’écart d’inventaire de la matière fissile par le nombre de pesées de matières pulvérulentes ajouté à l’imprécision relative des balances à 0,05% près. « 416 pesées sont nécessaires pour fabriquer 5 000 pastilles soit 45 kg de MOX contenant 2,7 kg de plutonium ». L’écart enregistré est de 0,05% contre 0,3% admis par le Haut fonctionnaire de défense et de sécurité et Euratom.
    Le 13 janvier prochain, ce sera au tour d’Anne Lauvergeon, PDG d’Areva, l’opérateur industriel de l’ATPu, de venir s’expliquer devant les députés de la Commission du développement durable.


DAVID COQUILLE ( la marseillaise)

 

 

 

 

 



Rédigé par caroleone

Publié dans #pilleurs et pollueurs

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Commenter cet article
T
<br /> Cela fait des années que les syndicats CGT des centrales nucléaires donnent l'alerte et tu crois qu'un avant vole comme le Borloo va réagir sainement. C'est le ministre des courants d'air, on se<br /> demande s'il existe.<br /> <br /> <br />