Au-delà des prisonniers la paix en ligne de mire

Publié le 10 Novembre 2012

 

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Dernières nouvelles de la manifestation sur le blog de Cyril lazaro:

 

15.000 manifestants dans les rues de bayonne  ICI

 

 

 

 

 

10/11/2012

 

Hurbildu Bakera, se rapprocher de la paix, ou comme l’écrit Herrira, sur le chemin de la paix, c’est le slogan apparu sur les murs du Pays Basque pour inviter à participer à la manifestation d’aujourd’hui. Car pour Herrira le respect des droits pour les “conséquences du conflit” que sont les prisonniers et réfugiés permettra de franchir un pas important pour consolider un scénario de paix en Pays Basque. Sans préjuger de l’importance de la participation à cette manifestation, l’important soutien, notamment de la part d’élus, reçu en amont est d’ores et déjà considéré par les organisateurs comme un succès. Ce succès n’est pas sans rappeler l’importante campagne ayant eu lieu au début des années 2000 en faveur du rapprochement des prisonniers basques.


“Historique” Gabi Mouesca de Herrira n’a pas peur des mots quand il s’agit de qualifier le soutien à la manifestation d’aujourd’hui. Il est vrai que ce soutien semble inédit notamment de par sa diversité. Au niveau des élus, 150 d’entre eux allant du conseiller municipal à l’eurodéputée en passant par députés et sénateurs et pas moins de 40 maires, ont soutenu l’appel. Le bureau du Biltzar des communes du Labourd a également appelé à la manifestation.


Dernier soutien en date celui d’un groupe de chrétiens en faveur de la paix au Pays Basque regroupés au sein du collectif Atxiki Berrituz. L’appel lancé par ce groupe a été signé par l’évêque de Bayonne Marc Aillet et ... celui de Parthénia, Jacques Gaillot. Il réunit entre autres des artistes, des journalistes et des prêtres de différentes sensibilités mais qui souhaitent œuvrer pour une paix juste en Pays Basque.

Syndicalistes, personnalités du monde de la culture (dont l’écrivaine Marie Darrieussecq et Moustik) et de nombreux mouvements (Seaska, Bizi! ...) se sont joints à l’appel. La toute nouvelle plateforme Bake Bidea qui regroupe des personnes de sensibilité diverses (membres de la LDH, de la CGT, de la CFDT, abertzale ...) s’est également associée . Bake Bidea qui organisera un forum au mois de décembre autour de la question de la paix en Pays Basque, compte parmi ses membres Aurore Martin arrêtée et incarcérée la semaine dernière à Madrid alors qu’elle travaillait justement à l’organisation de ce forum. C’est aussi du Pays Basque sud qu’ont afflué les appels à manifester avec notamment le syndicat ELA, principal syndicat outre bidasoa et la coalition EH Bildu, seconde force politique au parlement de la Communauté autonome basque.


Sur ce point d’ailleurs Herrira s’est inquiété que les manifestants du Pays Basque sud soient empêchés de manifester et ont appelé les autorités françaises à respecter le droit de libre circulation.

La manifestation pourrait donc dépasser en ampleur celle du 12 mars 2000 pour laquelle de 4 000 à 7 000 personnes selon les sources avaient battu le pavé à Bayonne.

Cette manifestation avait été le point d’orgue d’une longue campagne en faveur du rapprochement des prisonniers. En Pays Basque nord cette campagne avait été initiée par l’association Anai Artea en 1997. À l’époque celle-ci, relayée par la coordination des comités de soutiens aux prisonniers basques (Koordinaketa), avait reçu le soutien de 22 municipalités, douze maires à titre individuel et de nombreux autres élus et mouvements.

“La campagne pour le rapprochement des prisonniers démarre au milieu des années 1990” explique Jean-François Lefort ‘Lof’, ancien porte-parole de Koordinaketa puis d’Askatasuna. “En Pays Basque sud des motions sont votées au parlement de Gasteiz tandis qu’au Nord Anai Artea commence une campagne auprès des élus. Début 1999 une manifestation monstre a lieu à Bilbo réunissant  100 000 personnes. Cette même année, le Collectif des prisonniers politiques basques entame une grève de la faim. Celle-ci était très dure. En France, deux prisonniers, Josetxo Arizkuren et Daniel Derguy ont fait environ deux mois de grève de la faim totale. Au printemps 2000 avait lieu une grande manifestation à Bayonne” explique J-F Lefort.

 

Les différents mouvements de soutien

Preuve de l’importance du problème des prisonniers de nombreux mouvements et associations militent sur cette question. Voici les principaux :


- Herrira : Herrira se veut un “mouvement social populaire de soutien aux prisonniers et réfugiés politiques basques”. Herrira se présente comme un mouvement large, né à la faveur du nouveau contexte en Pays Basque et n’ayant pas vocation à remplacer les anciens mouvements anti répressifs et de soutien aux prisonniers basques tels qu’Askatasuna (aujourd’hui dissout). Si h

Herrira a pour but final “la libération de tous les prisonniers et le retour des réfugiés” l’organisation demande dans un premier temps “la désactivation des mesures d’exception dont souffrent les prisonniers politiques basques”. Soit la fin de la dispersion et de l’isolement, la libération des prisonniers malades. la fin de la doctrine 197/2006 (appelée aussi doctrine Parot), la libération de tous les prisonniers ayant accompli les 2/3 ou les 3/4 de leur peine dans l’Etat espagnol et la libération conditionnelle dans l’Etat français des prisonniers y ayant droit et la levée des mesures d’exception imposées aux prisonniers basques. Le mouvement milite également pour permettre la participation des prisonniers et des réfugiés au processus.


- Etxerat : c’est l’association des familles et proches des prisonniers et des réfugiés. L’association revendique leur libération avec pour slogan “etxean nahi ditugu” (nous les voulons à la maison). Etxerat comme Herrira, milite pour les droits des prisonniers. L’association fait un gros travail de témoignage sur la réalité carcérale et sur la situation dans laquelle se trouve famille et proches.


- Harrera : se veut un outil d’aide et d’assistance aux anciens prisonniers et réfugiés. Il les aide dans leurs démarches pour trouver un logement, un travail etc. Déjà existant en Pays Basque Sud, Harrera devrait être créé au Nord d’ici à la fin de l’année. Harrera devrait aussi prendre en charge en Pays Basque nord l’assistance médicale et psychologique des anciens détenus. Alors qu’en Pays Basque sud cette assistance est le fait de Jaiki Hadi


- Anai Artea : Historiquement c’est une association d’aide aux réfugiés. À la fin des années 1990 Anai Artea a initié la campagne pour le rapprochement des prisonniers. Depuis elle interpelle élections après élections tous les candidats sur cette question.

 

Près d’un tiers des prisonniers libérables

Herrira organisateur de la manifestation d’aujourd’hui, demande des “mesures d’urgence” en matière de politique pénitentiaire. Celles-ci sont : la libération des prisonniers malades, celle des prisonniers ayant accompli les 2/3 ou les 3/4 de leurs peines dans l’Etat espagnol, ceux a qui toujours de l’autre côté des Pyrénées, a été appliquée la doctrine 197/2006 (alias doctrine “Parot”) et ceux qui dans l’Etat français seraient en droit d’obtenir une libération conditionnelle.

Parmi ces derniers trois citoyens du Pays Basque nord condamnés à perpétuité et incarcérés depuis près de 23 ans : Txistor Haranburu, Jakes Esnal et Jon Kepa Parot. Ce dernier s’est déjà vu rejeter trois fois sa demande de liberté malgré de bons dossiers selon ses proches. Pour l’une de ses demandes rejetées parmi les arguments utilisés le fait qu’il parle basque ou lise des revues abertzale telles qu’Enbata. ce sont en tout 141 prisonniers (dont 16 dans l’Hexagone) qui pourraient aujourd’hui prétendre à une libération conditionnelle en comptant ceux qui sont libérables pour avoir accompli la majeure partie de leur peine.

Selon Herrira il y aurait aujourd’hui treize prisonniers gravement malades ou souffrant de maladies incurables. Certains de maladies physiques (cancer, diabète sévères, problèmes cardiaques etc.), d’autres ont de graves problèmes psychologiques.


Toujours selon Herrira, 67 détenus se voient appliquer la doctrine 197/2006. Celle-ci est une nouvelle jurisprudence qui en faisant un décompte différent des remises de peine que celui en vigueur au moment de leur condamnation permet de les maintenir en détention jusqu’à plus de dix ans supplémentaires. Parmi eux au moins 32 auraient déjà dû être libérés.

En tout il serait donc possible de libérer aujourd’hui 186 prisonniers soit près d’un tiers d’entre eux.


Giuliano CAVATERRA

 

Le journal du pays basque  ICI

 

 

 

 


Rédigé par caroleone

Publié dans #prisonniers politiques

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