Assassinat d´un militant en lutte contre l´entreprise minière Blackfire, au Chiapas

Publié le 14 Mars 2013

C´est le 27 novembre vers 20.30 que nous avons appris la mort de Mariano Abarca Roblero en face de sa maison sur la route municipal de Chicomuselo, Chiapas.
Mariano Abarca était le leader de l´opposition a la mine Canadienne Blackfire. Cet assassinat intervient peu de temps après que le leader, ait déposé deux plaintes contre deux employés de Blackfire, qui le menaçaient de l´abattre s´il ne cessait pas ses activités activiste.
Un employé municipale de Chicomuselo, a dénoncé que Abarca faisait partie d´une liste de personnes visées par la direction de Blackfire. Le directeur des relations publiques de la firme canadienne, est mentionné dans la plainte comme l´une des personnes responsables de la liste
Le gouvernement du Chiapas est clairement complice de l´assassinat. Le 17 aout dernier, des hommes armés avaient séquestré Abarca. Ces derniers ont finalement été identifié comme policiers qui répondait a la plainte de l´entreprise canadienne Blackfire contre Mariano apres le blocage de l´autoroute fin par l´organisation REMA fin juillet.

Blackfire est dénoncé dans la région comme une entreprise qui n´a pas tenu ses promesse. Elle n´a en aucun cas respecter sa charte sur les projets de développement de la communauté et une gestion responsable de l´environnement. Selon les leaders de la communauté, la mine a puits ouvert de barite utilise trop les rares ressources d´eau dans la zone. Ils sont préoccupes par les effets que la pollution pourrait avoir sur leur culture dans un proche avenir
Le mécontentement social au sujet des mines au Mexique s’est régulièrement amplifié ces dix dernières années, en commençant par les premiers effets qui se firent sentir à la suite d’un plan de dérèglement du secteur minier mandaté par une Banque mondiale. Un document confidentiel de la Banque mondiale intitulé « Rapport de développement et mise en œuvre : Projet de restructuration du secteur minier mexicain » qu’a publié Narco News, décrit exactement comment un projet de prêt sur neuf ans a transformé drastiquement le secteur minier mexicain.

Le projet, proposé d’abord par la Banque mondiale en 1989 et vite adopté par le gouvernement mexicain, visait à dérégler l’industrie minière du Mexique. La banque proposait le projet parce que, comme son Rapport de développement et mise en œuvre (ICR) l’explique,
Les derniers prêts de la banque pour l’activité minière au Mexique étaient orientés vers des projets d’investissement spécifiques, avec des lignes de crédit direct vers ce secteur…Les leçons tirées de ces opérations étaient que la poursuite du développement du secteur minier exigeait un accès plus grand aux droits fonciers, une réduction des limitations de propriété, une révision de la législation fiscale, une restructuration des institutions existantes ainsi que des politiques stimulant l’investissement privé d’entreprises internationales ou nationales dans le secteur minier. Le rapport du secteur minier de la Banque identifiait l’inadéquation du cadre réglementaire et institutionnel comme étant la plus grande entrave à l’augmentation de l’investissement privé et à la croissance du secteur.
Un des principaux objectifs de la Banque pour ce projet était d’ouvrir l’industrie minière nationale aux compagnies internationales ; la Banque listait « ouvrir le secteur aux étrangers » comme « sa première stratégie pour restructurer le secteur ». Elle espérait le faire par la privatisation des compagnies minières de l’Etat, la réduction fiscale, l’octroi de droits fonciers et miniers aux compagnies privées et la facilité d’accès à la propriété de terres mexicaines pour les entreprises étrangères afin de « contribuer à augmenter l’exploration et l’exploitation du vaste potentiel minier du pays, pour profiter de la place stratégique du Mexique près des Etats-Unis et du Canada. »

La Banque proposa, dans son Rapport sur le secteur minier, une série de modifications au droit mexicain et le gouvernement mexicain – à ce moment encore sous le régime d’un parti unique – s’empressa de les appliquer dans un plan intitulé Programme de modernisation du secteur minier national. En quatre ans à peine (1990-1994), le cadre légal minier mexicain subit un changement radical. Avant que l’encre des nouvelles lois soit sèche, la Banque commença à distribuer de l’argent aux entreprises minières étrangères pour « aider le financement de l’accroissement des fonds d’investissement qui devait résulter de l’amélioration du cadre politique et institutionnel pour les opérations minières. »
La Banque était enchantée des résultats du Programme de modernisation des mines nationales et de ses prêts à venir. D’après la Banque, au cours du projet qui prit fin en 1998, plus de 8,7 millions d’hectares de terre ont été mises en vente et 17 220 nouvelles concessions minières ont été accordées. Résultat des changements légaux mandatés par ce prêt, le temps requis pour l’exploitation des concessions minières diminua de 5 ans à 5 mois et les 14 000 demandes de concessions en attente depuis 1989 du gouvernement mexicain a virtuellement disparu du jour au lendemain. La Banque était tellement satisfaite des résultats du Projet de restructuration du secteur minier qu’elle écrit : « D’autre participation bancaire dans ce secteur ne semble plus justifiée, étant donné que l’exploration/exploitation minière est maintenant ouverte aux investisseurs internationaux et nationaux. ».

L’ajustement structurel du secteur minier mexicain entrepris par la Banque a joué un rôle clef dans la bataille « terre et territoires » dans le pays (comme la nomme les Zapatistes). La propriété privée, la pression économique croissante sur les petits paysans pratiquant une agriculture de subsistance et les projets de « développement » élaborés d’en haut sont vivement ressentis dans les communautés dont les sols sont riches en minéraux. D’après Gustavo Castro Soto de Otros mundos, organisation à but non lucratif basée au Chiapas, « Début 2000, presque 10% du territoire national ont été cédés aux entreprises transnationales moyennant des concessions minières ». Le REMA note qu’au Chiapas 15,21% du territoire global de l’Etat ont été cédés moyennant des concessions minières. Beaucoup de ces concessions n’expirent pas avant 2050. Si le mécontentement social qui accompagne fréquemment les concessions minières est un indicateur, les Mexicains ne remettent pas de bon gré leur terre aux entreprises minières étrangères.

L’industrie minière sous le feu

L’assassinat de Mariano Abarca intervient au moment où l’industrie minière au Mexique ressent la chaleur des mouvements sociaux mexicains. Inspirées par le mouvement national des communautés affectées par les projets de barrages électriques, les communautés affectées par l’exploitation des mines rejoignent les mouvements dans un front uni contre les pratiques minières destructrices.

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Rédigé par caroleone

Publié dans #Le chiapas en lutte

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