Apéro islamophobe autorisé : c'est quoi « un lieu neutre » ?

Publié le 6 Septembre 2010

Contrairement à l'apéro « saucisson pinard » du mois de juin, l'événement organisé par plusieurs collectifs, comme Riposte Laïque, samedi 4 septembre, également à Paris, a bien été autorisé. Malgré la violence des appels au rassemblement (contre « l'islam, principal danger pour la République »), il a eu lieu dans le quartier de la Bourse. Sans grand succès d'audience (300 personnes) mais avec, donc, l'aval des autorités.

Depuis le 23 août, pourtant, Jacques Boutault, maire (Verts) du IIe arrondissement, tentait pourtant de convaincre la préfecture de police d'interdire la chose. En vain : quatre jours avant le rendez-vous, il n'avait toujours pas de réponse à son fax. Lorsqu'il rappelle 48 heures avant l'événement, Renaud Vedel, directeur adjoint du cabinet du préfet, lui signifie la décision de ne rien faire.

L'édile qui avait dénoncé les « intentions xénophobes cachées » derrière le raout « républicain » m'énumère les trois arguments qu'on lui a objecté :

  • Pas d'appel explicite à la haine contre les musulmans ni de preuves concrètes de racisme. Sur ce point, le maire du IIe a objecté que l'affiche du rendez-vous pouvait quand même représenter un signal inquiétant.

  • Des organisateurs qui se revendiquent « proches de l'extrême gauche », et pas du bloc identitaire d'extrême droite. Cette question du casting semble avoir été centrale dans la décision de laisser courir l'apéro.

    Alors que celui du 18 juin était co-organisé par Riposte Laïque et des groupuscules d'extrême droite, celui de samedi soir était principalement à l'initiative de Pierre Cassen, ex-ouvrier du Livre trotskiste et leader de Riposte Laïque, et Christine Tasin.

    Cette dernière, qui préside une petite association, « Résistance républicaine » (qui milite contre la discrimination positive, le halal, etc) a longtemps milité au MRC de Jean-Pierre Chevènement.

  • Un quartier « neutre », en l'occurrence la place de la Bourse, à quelques minutes à pied des Halles ou de l'Opéra. En creux, la préfecture fait ici allusion à la sociologie du quartier de la Goutte-d'Or, où devait être organisé le premier apéro, celui de juin ; une importante communauté maghrébine y vit. Contrairement à la Bourse, où le préfet semble penser que la provocation apparaîtra moins frontale.

Le premier argument ne va pas de soi : dans la presse, les organisateurs ne faisaient pas mystère de cibler l'islam avec des slogans antihalal ou autres « Pas de talibans en France ». Mais il se veut pragmatique : le cabinet du préfet n'a pas caché à l'élu local le souci d'éviter des poursuites devant le juge administratif.

Le troisième argument, en revanche, surprend carrément. Pas tant en droit pur, puisqu'on sait que certaines décisions administratives sont le fruit d'un arbitrage entre la stricte légalité et l'opportunité. Mais parce qu'on se demande ce qui peut bien fonder la neutralité d'un quartier si un événement xénophobe est en jeu. Jacques Boutault n'a pas non plus de réponse :

« C'est vrai, qu'est-ce qu'un lieu neutre dans la République ? Cela signifierait qu'il y a des lieux où l'on peut être un peu xénophobe et d'autres pas ? »

 

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Rédigé par caroleone

Publié dans #Libre pensée et laïcité

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