Chiapas : projets touristiques et réactivation de la "guerra sucia"

Publié le 6 Octobre 2009



Chiapas. communauté tzeltale de Jotolá, 18 septembre 2009. Ricardo Lagunes
Gasca, avocat membre du centre chiapanèque des droits humains "Fray Ba",
est pris en embuscade par une soixantaine de membres de l'organisation
paramilitaire « OPDDIC », alliée au gouvernement chiapanèque, au sortir
d'une réunion locale pour la libération de deux prisonniers politiques de
la communauté. S'il fut rescapé de peu par des paysans du village, ce fut
au prix d'un blessé par balles et d'intimidations armées des habitants,
avec le soutien tacite des forces de police de l'État du Chiapas.

Communauté tzotzile de Mitzitón, 21 juillet 2009. Une commission
villageoise déléguée pour vérifier l'un des terrains de la communauté
menacée d'être spoliée par le gouvernement est attaquée par un groupe
paramilitaire local, "l'armée de Dieu". Une personne meurt dans
l'affrontement, cinq autres sont très gravement blessées.

Communauté tzeltale de San Sebastián Bachajón, avril 2009. Huit paysans
investis dans les commissions de justice de l'ejido sont arrêtés et
accusés d'attaquer et détrousser les véhicules de la route San Cristóbal
de las Casas - Ocosingo. Le montage policier apparait vite au grand jour,
les paysans arrêtés ayant par le passé régulièrement amené aux
juridictions locales des assaillants de voitures, systématiquement
relâchés par les autorités étatiques chiapanèques. En réponse aux
protestations demandant leur libération, les forces de police de l'État
prennent le contrôle d'un petit poste touristique et d'une carrière de
sable gérés par les habitants de l'ejido.

Tous ces faits ont en commun d'être liés à la résistance de ces
communautés contre la construction d'une autoroute entre San Cristóbal de
las Casas et Palenque (principales destinations touristiques  du Chiapas),
infrastructure majeure pour le développement du futur projet touristique
de "Centre intégralement planifié Agua Azul-Palenque" qui prévoit la
construction de plusieurs milliers de chambres d'hôtel dans cette région.

Aujourd'hui comme hier déjà, avec le cycle d'expulsion de communautés et
de militarisation de la  réserve naturelle des Montes Azules, l'enjeu pour
les gouvernements du Mexique et du Chiapas, est de reprendre le contrôle
de ces territoires indiens et de faire place nette afin d'attirer les
investissements internationaux dans la région. Malheureusement pour eux,
les terres nécessaires à ce projet et à la construction de l'autoroute
sont toujours sous le contrôle collectif de communautés indiennes refusant
majoritairement la parcellisation et la reconversion de leurs ejidos en
propriété privée ainsi que le passage de l'autoroute au milieu de leurs
territoires. Par ailleurs, les communautés attenantes aux cascades
touristiques refusent catégoriquement d'en être dépossédées au profit de
propriétaires et d'investisseurs privés.

Face à cela, et ne pouvant se permettre d'intervenir militairement de
manière franche et ouverte au risque d'un embrasement généralisé, les
autorités mexicaines et chiapanèques misent de nouveau sur la stratégie de
la "guerre sale" pour mettre fin aux résistances : ainsi, dans toutes ces
communautés, des groupes indiens minoritaires liés aux autorités se voient
promettre la concession de futurs commerces lucratifs en bordure du tracé
de l'autoroute ainsi que l'impunité totale quant aux exactions violentes
qu'ils pourraient commettre afin d'empêcher la résistance a ces projets.
Des accusations de délinquance organisée sont montées de toutes pièces
contre les compas en résistance de ces villages. Les aides
gouvernementales dans le cadre de programme sociaux destinés aux paysans
(programme OPORTUNIDADES) sont elles aussi instrumentalisées contre la
résistance sociale.

Aujourd'hui, malgré la mort d'un compa de Mitzitón, les attaques armées
répétées des groupes paramilitaires de l'OPDDIC et de l'"armée de Dieu",
et l'incarcération de plusieurs d'entre eux, la résistance des villages de
Mitzitón, Jotolá et San Sebastián Bachajón rassemblés et coordonnés au
sein de l'"Autre Campagne zapatiste", reste plus que déterminée.

Les mobilisations collectives nationales et internationales ont déjà
permis de faire sortir de prison six des huit personnes arrêtées en avril
2009. Les ejidatarios de San Sebastián Bachajón ont également décidé ce 26
septembre de récupérer le petit poste touristique d'accès aux cascades
d'Agua Azul, occupé depuis lors par la Police fédérale préventive
mexicaine et que les autorités étatiques pensaient concéder aux leaders
paramilitaires Pedro Álvaro et Pascual Pérez.

Mais le danger de nouvelles représailles de la part de groupes
paramilitaires ou des autorités étatiques est très fort... En ce sens, un
appel à la solidarité nationale et internationale est lancé de manière
URGENTE par les paysans de San Sebastián Bachajón membres de l'"Autre
Campagne" zapatiste, ainsi que par les adhérents des villages de Mitzitón
et Jotolá afin de :

- dénoncer le climat de violence encouragé par les trois niveaux de
gouvernement : État fédéral, État du Chiapas et municipalités.

- obtenir la libération d'Antonio et Jerónimo Gómez Saragos, originaires
de Jotolá et toujours prisonniers depuis avril 2009.

- soutenir les les ejidos indiens de Mitzitón, Jotolá et San Sebastián
Bachajón dans la défense et la récupération de leurs territoires, en vertu
des accords 169 de l'OIT signés par le Mexique.

- l'abandon des projets de construction de l'autoroute San Cristóbal -
Palenque et du méga-centre touristique Palenque / cascades d'Agua Azul,
rejetés par les communautés indiennes en résistance de la région.

Nous vous invitons, entre autre, à co-signer la dénonciation suivante (qui
reprend en espagnol l'essentiel de ce texte) qui sera adressée aux
compañeros en lutte et aux médias indépendants et envoyée aux
fonctionnaires des mauvais gouvernements impliqués dans cette histoire.






Rédigé par caroleone

Publié dans #Le chiapas en lutte

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T

Décidément, ces pauvres gens ont bien du mal avec leur gouvernement. Le soleil devrait pourtant luire pour tout le monde.