FCI microconnection, Mantes la jolie.....article paru dans l'Huma

Publié le 5 Avril 2009

Chronique de six semaines de grève à Mantes-la-Jolie

connectique . Les salariés de FCI Microconnections occupent leur usine desYvelines depuis six semaines. Ils craignent une délocalisation à Singapour.

L'usine porte les traces de six semaines d'occupation : résidus de palettes brûlées, murs recouverts de slogans et la « popote », où s'affairent les cuistots du jour : 200 bouches quotidiennement, mais avec le sourire et la bonne humeur. « Ce n'est pas au bout de six semaines de grève qu'on va craquer. » Comme tous ses collègues grévistes de l'usine FCI Microconnections (ex-Areva, rachetée en 2005 par un fonds américain) de Mantes-la-Jolie (Yvelines), Émilie* est « remontée à bloc ». Depuis le 24 février, cette usine spécialisée dans la fabrication de microcircuits électroniques pour cartes à puce est occupée jour et nuit par la moitié de ses 400 salariés. Non pas en raison d'un plan social, mais par crainte d'une délocalisation à Singapour, où est implantée une usine jumelle.


prime amputée,

report des augmentations


« Jusqu'en début d'année 2008, le site de Mantes assurait deux tiers de la production, contre un tiers pour celui de Singapour. Puis, en avril, la tendance s'est inversée, relate Éric Scheltienne, délégué CGT. Mais le conflit n'a pas démarré de ça. » En septembre, un plan de réduction des coûts est assorti d'un gel des embauches. Début 2009, nouvelles déconvenues : restrictions budgétaires, prime amputée, report des augmentations de salaires. Fin janvier, FCI annonce que le site de Mantes est en sureffectif d'une quarantaine de salariés. Le directeur du groupe, Pierre Vareille, évoque « la détérioration du marché » en annonçant le recours renforcé au chômage partiel ou l'encouragement aux départs volontaires. La goutte d'eau, c'est lorsque la direction propose aux anciens « des licenciements négociés, déguisés en fautes ». Après avoir demandé en vain à obtenir des informations précises sur les comptes, les salariés votent la grève.


Massivement.


Ils ne veulent pas un chèque mais la « transparence » et des assurances fermes quant à l'avenir du site de Mantes. Ils veulent la communication des volumes et des comptes de la division « pour contrôler la répartition équitable de l'activité entre les deux sites de FCI », dixit Éric Scheltienne. « On ne veut pas que Mantes crève au profit de Singapour, tout comme on ne veut pas l'inverse. » Ils veulent un accord d'entreprise avec des indemnités élevées en cas de plan social. FCI a beau promettre que ce n'est prévu ni en 2009 ni en 2010, personne n'y croit.


« On tiendra le temps

qu'il faudra »


Jeudi dernier, le tribunal de grande instance de Versailles, saisi par la direction de FCI, laquelle a mis les voiles depuis quatre semaines et refuse toute négociation, a donné aux grévistes « vingt-quatre heures pour quitter (les lieux) spontanément », sinon « la force publique » les expulsera. Mais le référé rejette toute astreinte. « C'est un jugement favorable pour nous », interprètent les salariés qui attendent de pied ferme les forces de l'ordre.


« On tiendra le temps qu'il faudra, répète Émilie. C'est vrai, c'est dur », admet la jeune femme. Comme tous ses collègues, elle a réduit ses dépenses et ses sorties. Pour elle, le soir, « c'est steak surgelé et pâtes ». « Les fins de mois sont très, très difficiles », confirme Nathalie, dont le mari chôme un jour par semaine. Nabil, lui, vient d'aller voir son banquier pour étaler les échéances de son crédit. Hier, avec plusieurs collègues, le jeune homme est allé au siège du groupe, à Versailles, chercher les chèques-déjeuners que la direction leur a prélevés mais pas distribués, mais, dit-il, « (j')ai la chance d'avoir de la famille sur qui compter ». Ce n'est pas le cas d'Anita, qui a dû faire une demande de crédit pour pouvoir payer ses traites. « Je vis seule et j'ai un loyer élevé, témoigne-t-elle. Heureusement que tout le monde est solidaire ici. » Habitants, commerçants, élus de gauche, tous soutiennent le mouvement. « C'est important financièrement, mais aussi moralement.

Car même quand vous êtes chez vous, vous ne pensez qu'à FCI », dit Pascal, dix-neuf ans d'ancienneté.

Les grévistes savent bien que FCI pourrait leur reprocher de tout faire pour fermer l'entreprise. « Le risque, on l'a mesuré, mais on a pris notre décision. On l'assumera jusqu'au bout, confie Éric Scheltienne. La boîte, on ne veut pas la fermer, mais la préserver. » Et il prévient : « Même si on est expulsés, on continuera la grève. »

(*) Tous les prénoms ont été modifiés, par souci d'anonymat.



Alexandra Chaignon ( l'humanité du 1 er avril)








 

 

 

 

 

 










Rédigé par caroleone

Publié dans #Travailleurs en lutte

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
T
Un bel exemple de lutte de classe!