17 août 1828 : Maria Deraismes

Publié le 21 Août 2010

 

 

Naissance d'une femme exceptionnelle

 

 

 

 

 

17-aout-M_Deraismes.jpg


En plus de deux mille ans de culture hypersexualisée et - affirmons-le - humiliante pour la gent féminine, peu nombreuses sont les femmes dont on condescend à accorder la postérité. Trop souvent oublié le "Que serais-je sans toi, qui vins à ma rencontre ?" exprimé par Aragon – ohé ! la misogynie religieuse qui, à cet égard, en a mis des couches de servitude... Maria Deraismes, comme Olympe de Gouges et Louise Michel pour ne citer que ces deux grandes égéries, reste l'une de ces femmes qu'il serait légitime de mettre au Panthéon des bienfaiteurs et des bienfaitrices de l'humanité.

 

Certes, ses origines bourgeoises sont bien là : nous ne la verrons jamais monter sur les barricades durant les grands chambardements de 1848 et de 1871. Toutefois, cela ne l'empêche pas pour autant d'aider des membres de la Commune de Paris et, selon son expression, à leur "tendre la main". Eliane Brault, fondatrice de la Grande Loge Mixte Universelle, la cite fort à propos(1) : "Les résultats des révolutions ne sont pas proportionnels aux sacrifices consentis et l'effort ne profite pas à ceux qui en sont les artisans. En politique, les crises violentes servent surtout ceux qui observent de l'extérieur et ne s'y mêlent qu'au dénouement". J'attire votre attention : si l'on accepte à la lettre cette analyse, autant dire que toute révolte est vouée à l'échec ! Malgré toute la sympathie que nous avons pour cette femme, nous buttons sur un fatalisme caractéristique de son statut social.

 

Féministe, elle intervient et se bat constamment pour que la femme devienne l'égal de son compagnon. M. Deraismes, participe à la création d'associations féministes. Journaliste, en 1869 elle fonde avec Léon Richer le journal Droit des femmes qui devient peu après L'Avenir des femmes.

 

Libre penseuse, elle anime et préside aux destinées de l'association en Seine-et-Oise. Avec Victor Poupin (l'un des fondateurs de la Ligue de l'Enseignement) et Victor Schoelcher, elle organise le premier congrès anticlérical (1881). Lors de celui-ci, on parle déjà notamment de la séparation des églises et de l'État, des problèmes d'éducation, des fêtes laïques, de l'organisation des services hospitalier et d'assistance, etc. Maria soumet au congrès une motion que celui-ci adopte : "Le congrès émet le vœu que les hommes et surtout les libres penseurs, fassent de leurs femmes leurs compagnes dans leurs réunions, cercles, comices, travaillent à les faire reconnaître légalement comme leurs égales". Alors les p'tits loups libres penseurs ou non, où en est-on aujourd'hui ?

 

 

17-aout-Deraismes-3.jpg

 

 

Franc-maçonne, le 14 janvier 1882 les frères de la loge Les Libres Penseurs du Pecq (Yvelines) l'intègre comme membre à part entière. Comme par hasard y adhère un certain Léon Richer... Première femme a entrer dans ce cercle encore fermé à ses congénères. C'est sans doute ce "plus" qui la fait entrer dans la grande histoire de l'Humanité. Durant cette cérémonie, le président de cette loge, le frère Hougar, prononce ses mots : "En initiant une femme à nos mystères, nous voulons proclamer l’égalité des deux êtres humains qui concourent physiquement à la propagation de notre espèce... Nous sommes pénétrés de cette idée que l’état normal de la société ne peut s’améliorer effectivement sans le concours de la femme, première éducatrice de l’enfant et que détruire chez elle les préjugés, en les combattant par la lumière maçonnique, c’est préparer pacifiquement la véritable émancipation sociale". En réponse, Maria Deraismes affirme que ses frères ont "rompu avec les vieilles traditions consacrées par l’ignorance. Vous avez eu le courage d’affronter les rigueurs de l’orthodoxie maçonnique... Vous êtes aujourd’hui considérés comme des hérétiques, parce que vous êtes des réformateurs : mais comme partout la nécessité des réformes s’impose, vous ne tarderez pas à triompher". Cent-vingt huit ans après ce coup de tonnerre dans l'un des temples de la pensée philosophique, force est de constater que le triomphe espéré n'est pas (ou très partiellement) encore au rendez-vous de la franc-maçonnerie. Néanmoins avec l'aide de quelques frères, Maria Deraismes crée la première loge mixte. Puis, onze ans après son initiation (1893), elle fonde une association : la Grande Loge Symbolique Ecossaise Mixte de France, appellation qui se transforme, en 1901, en Ordre maçonnique mixte international "Le Droit Humain"(2).



Maria Deraismes décède dans sa soixante-sixième année après avoir bien œuvré pour le genre humain et la mixité en particulier. Au cœur de ses préoccupations nous retrouvons toujours une démarche en faveur de la liberté de penser, pour l'égalité entre tous les êtres humains et, enfin, pour le développement de la fraternité universelle. Son travail reste nullement achevé : à chacun et chacune de le poursuivre afin que, un jour, il puisse aboutir. Maria Deraismes : un vie, un combat, un exemple comme nous voudrions qu'il en existe tant !



1) in "La franc-maçonnerie et l'émancipation des femmes".

2) Quand, huit ans après sa création, cette obédience prend la décision de changer de nom, deux loges s'en séparent et constituent une nouvelle entité qui garde le nom de Grande Loge Symbolique Ecossaise "maintenue et mixte". La sœur Louise Michel, pourtant très bonne amie de M. Deraimes, sera initiée dans cette obédience "maintenue" en 1903. Rivalités... opposition d'objectifs... comprenne qui pourra !

 

Par Roland BOSDEVEIX

 

 

 

 

 

 

http://rebrousse-poil.over-blog.com/

 

 

 

 

 

 

 

Rédigé par caroleone

Publié dans #Devoir de mémoire, #Des femmes pas comme les autres

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article