Chili : la résistance de la CAM ne se comprend que dans le cadre de la lutte des classes

Publié le 29 Août 2022

27/08/2022


Dans le contexte de l'arrestation du leader de la CAM, Héctor Llaitul, suite à la plainte déposée en vertu de la loi de sécurité intérieure de l'État (LSE) de 2020, qui s'est matérialisée par un ordre de détention émis contre lui par le tribunal de garantie de Temuco, cela nous amène à réfléchir sur le rôle répressif de l'État chilien contre la diversité des formes de lutte présentes sur le territoire. On semble nous imposer d'"en haut" que les seules règles du jeu valables sont celles dictées par la démocratie bourgeoise, laissant hors-la-loi quiconque établit d'autres formes de résistance pour approfondir les contradictions du modèle et donner une impulsion à la lutte des classes. Par Enid Faúndez C.

 

"Que les puissants n'aient pas compté sur les peuples indiens n'est pas surprenant. Mais le reproche atteint également la gauche orthodoxe latino-américaine. Elle qui, à ce jour, ne compte toujours pas sur les peuples indiens avec leur propre identité, leur histoire, leur culture, leur tradition de rébellion".

Armée zapatiste de libération nationale (2006)

 

L'État est une forme d'organisation bourgeoise dont le but est de maintenir les conditions du mode de production contre l'attaque de quiconque veut aller à l'encontre du capitalisme et utilisera la force sous ses multiples formes pour maintenir l'assujettissement au travail salarié. Un exemple de cela est ce qui s'est passé pendant la guerre civile en France, où, à mesure que l'antagonisme de classe entre le capital et le travail se développait et s'approfondissait, le pouvoir de l'État prenait de plus en plus le caractère d'un pouvoir national du capital sur le travail, d'une force publique organisée pour l'asservissement social, d'une machine de despotisme de classe, comme le présentait Lénine : "l'État n'est pas nécessaire dans l'intérêt de la liberté, mais pour assujettir" ; ainsi, la liberté bourgeoise prend la forme d'une collection d'atomes agissant pour satisfaire des intérêts égoïstes dans une société qui nie le libre développement de la majorité des individus, et dans laquelle les forces productives - et en premier lieu, les forces de travail - sont dominées par la logique du profit. Nous pouvons affirmer que tout renforcement de la répression et toute restriction des libertés démocratiques visent essentiellement à freiner l'émancipation face à l'oppression du travail salarié.

Colonialisme interne et inclusion des subalternes

L'oppression en tant que telle ne se produit pas seulement dans une relation travailleur-employeur, mais aussi dans d'autres catégories que Gramsci appelait "subalternité" (être en dessous), un produit du fait que la société s'articule autour d'un système de domination multiple et où prévalent des relations de soumission, qui revêtent différentes modalités et impliquent différentes causalités. Il convient de noter que l'État chilien - comme dans une grande partie de l'Amérique latine - a historiquement développé une expansion du capital à travers des processus d'asphyxie productive, de dépossession et d'activités polluantes, en déployant des politiques ethnocidaires et d'assimilation forcée, avec des processus de subordination et d'attaque des formes de propriété collective des peuples indigènes - en particulier le peuple-nation Mapuche, deuxièmement, un processus d'intégration forcée par la délégitimation des langues et des coutumes autochtones et la création de nombreux mécanismes d'intégration à la nation chilienne, et troisièmement, une politique d'ignorance et donc d'affaiblissement et de démantèlement des formes d'organisation sociale et de lutte des peuples autochtones eux-mêmes.

Il convient de noter à ce stade que dans la multiplicité des formes de lutte, le Comité de coordination Arauco Malleco (CAM) a été clair sur sa situation de "double domination", aux mains de l'État et du capital. Héctor Llaitul, l'un de ses principaux dirigeants, analyse à cet égard : "Nous caractérisons la relation entre l'État oppresseur et la nation mapuche comme une relation de domination, avec un processus permanent de déstructuration du monde mapuche dans tous ses aspects. Fondamentalement, l'imposition d'une culture dominante, winka, occidentale, capitaliste, où les idées, les valeurs, les attitudes pénètrent notre réalité et la déforment, qui est fonctionnelle pour maintenir intacts les intérêts du système, dont l'appropriation des richesses du territoire mapuche est la conséquence. Face à cela, nous soulevons l'idée et la pratique de reconstruire notre monde en affrontant la domination. On comprend alors la position de lutte contre l'Etat sous toutes ses formes, car ce système politique continue à réprimer avec force les manifestations du peuple mécontent ; la démocratie et la paix sous le capitalisme sont des éléments antagonistes et impossibles à réaliser, car l'antagonisme des classes et l'oppression sont irréconciliables. Prétendre défendre la démocratie par les armes afin d'obtenir la "paix" est une tromperie de la classe ouvrière, cela ne sert qu'à démoraliser le prolétariat et à maintenir la dépendance au welfarisme capitaliste qui maintient éternellement les relations d'oppression.

La terre et l'identité sont donc les objets structurels de la lutte et de la résistance. Dans cette optique, en tant que révolutionnaires, nous devons reconnaître ces résistances indo-américaines comme des éléments actifs de la réalisation du socialisme et comme une praxis guidée par la solidarité et le respect de la diversité culturelle et historique. Par conséquent, nous ne devons pas nier l'immense contribution existant dans le creuset des luttes des peuples indigènes et comprendre le rôle répressif de l'État - en particulier l'État chilien - contre la diversité des luttes territoriales, comme la réponse conjointe de la droite et de la gauche institutionnelles pour défendre la démocratie bourgeoise et le maintien des relations d'oppression propres au modèle de production capitaliste. Cela nous amène à conclure sur la nécessité d'une articulation plus large de l'analyse de classe, en la croisant avec l'ethnicité et le genre, afin de renforcer une perspective critique sur le capitalisme qui soit à la fois anticoloniale et anti-patriarcale ; pour aboutir à un marxisme qui laisse derrière lui l'eurocentrisme et puisse être enraciné dans - et nourri par - les traditions et les histoires souterraines qui ont délimité les peuples et les communautés de notre continent rebelle.

Ils ont semé la dépossession, ils récolteront la rébellion !

traduction caro d'un article paru sur ANRed le 28/07/2022

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