Le pape au Canada. Du génocide culturel au pèlerinage de pénitence

Publié le 30 Juillet 2022

Avec l'aide du géoradar, les communautés autochtones canadiennes ont détecté l'existence de 1 200 tombes d'enfants disparus des écoles chrétiennes depuis le XIXe siècle. Du 27 au 30 juillet, le pape François a effectué un voyage au Canada pour ce qu'il a appelé un "pèlerinage de pénitence".

Ce voyage répond à la demande de la Commission Vérité et Réconciliation qui, avec la participation de représentants autochtones, a été mise en place par le gouvernement canadien pour documenter l'histoire du "génocide culturel" dans les pensionnats chrétiens sur le sol canadien.

Bien que cette histoire remonte au 19e siècle, ce n'est qu'il y a quelques années que la nouvelle de la découverte d'une tombe contenant les restes de 215 enfants autochtones du pensionnat indien de Kamloops, au Canada, a circulé sur Internet.

Entre 1863 et 1998, 150 pensionnats ont fonctionné au Canada pour l'intégration de quelque 150 000 enfants autochtones à la culture européenne. Quarante de ces institutions étaient dirigées par des ecclésiastiques chrétiens, pour la plupart catholiques.

À partir de Kamloops, on a continué à trouver des sites funéraires, même aux États-Unis, dans une démonstration douloureuse mais révélatrice de la brutalité et du mépris avec lesquels ont été traités des milliers d'enfants indigènes, livrés de force aux religieux pour leur "civilisation" dans le système éducatif de culture occidentale et chrétienne.

L'objectif était de travailler sur les plus jeunes enfants pour leur faire oublier leurs langues, croyances, coutumes et connaissances d'origine et les incorporer dans une nouvelle société loin de leurs familles et de leurs lieux d'appartenance. Cependant, l'engrenage de cette méthode pédagogique a explosé face à la résistance des petits, élevés dans une autre forme d'enseignement, dans une autre façon d'aborder les anciens et la nature, et centrés sur des savoir-faire tels que la chasse, la traque des animaux et la contention tribale. Une résistance qui, dans de nombreux cas, n'était peut-être même pas consciente, mais l'expression de l'impuissance d'un enfant transplanté dans un monde étrange et hostile.

Tirage d'oreille et savon dans la bouche

Sous le régime de l'internat, les élèves devaient travailler dans les champs, se contenter d'une nourriture maigre et, surtout, se convertir au christianisme.

Joseph Maud, interné à l'âge de 5 ans au Manitoba (centre du pays), a décrit cette situation dans une interview accordée à la BBC, racontant comment, si les élèves parlaient leur langue maternelle, on leur tirait les oreilles et on leur lavait la bouche avec du savon, concluant que "la plus grande douleur était d'être séparé de ma famille".

Pour sa part, la Commission de la vérité et de la réconciliation a établi, au terme de six années d'entretiens avec quelque 7 000 survivants, que les détenus étaient soumis à des mauvais traitements psychologiques, à des abus sexuels et à des épreuves telles que la famine et les châtiments physiques, qui entraînaient souvent la maladie et la mort. Pour eux, il s'agissait sans équivoque d'un "génocide culturel".
Presque aucun des survivants n'est retourné dans sa communauté d'origine, et beaucoup de ceux qui sont revenus ont sombré dans la violence, la drogue et l'alcoolisme. Nombre d'entre eux seront présents lors des entretiens du pape avec les Métis, les Inuits et les Premières nations de l'intérieur du Canada.

Mais la mémoire de ces outrages ne se désarticule pas facilement, et les tribus ont gardé pour toujours le souvenir de ces enfants volés et disparus. C'est avec l'aide de géoradars modernes que plusieurs communautés ont commencé à "ratisser" les environs des pensionnats à la recherche des tombes des quelque 6 000 enfants et adolescents décédés au fil des ans.

Jusqu'à présent, 1 200 sites funéraires ont été localisés, dans lesquels le projet "Enfants perdus" a identifié 4 100 mineurs.
Les cas les plus célèbres ont été ceux de Coweness, où 750 tombes ont été découvertes au pensionnat indien de Marieva, et de Kamloops, avec une fosse commune contenant les restes de 215 enfants.

L'autre dépossession

En 1925, le pape Pie XI a jugé bon de célébrer la portée mondiale de l'Église catholique, le travail de ses missionnaires et la diversité des peuples évangélisés. Il organise une exposition dans les jardins du Vatican, où sont présentés des centaines, voire des milliers, d'objets envoyés par les missionnaires des quatre coins du monde.

Coiffes en plumes, défenses de morse sculptées, masques et peaux d'animaux brodées font partie de cette importante collection enfermée dans les vitrines de la galerie Anima Mundi, un espace méconnu du Vatican que presque aucun touriste ou érudit n'approche en raison du manque d'informations sur les pièces exposées. Sans parler des catalogues, car personne n'a pris la peine de rechercher l'origine, l'utilisation ou le symbolisme des pièces.

Cette année, lorsque les délégués autochtones canadiens se sont rendus au Vatican pour voir le pape, ils ont réagi à la présence et à l'état des pièces en demandant leur restitution aux personnes qui les ont produites plutôt que de les exposer comme de simples pièces exotiques.
"C'étaient des cadeaux au pape Pie XI" a répondu le Vatican, ouvrant une discussion sur le degré de volonté avec lequel chaque indigène donnait un objet en "cadeau" au pape, et compte tenu, par ailleurs, de l'intérêt de désacraliser (quel meilleur exorcisme que de les donner au pape) les objets symboliques ou rituels dans la guerre contre le paganisme.

"Le terme "don" résume toute l'histoire", déclare Gloria Bell de l'université McGill, auteur d'un livre sur l'exposition de 1925. "Compte tenu de la structure de pouvoir en place à l'époque, il est difficile d'accepter qu'il n'y ait pas eu de coercition", déclare Michael Galban, de la tribu Washoe et directeur du Seneca Art Center (NY). Mais la plus forte des opinions est peut-être celle de G. Scofield, qui est sur le point de publier le livre "The Hands of Our Grandmothers". Repatriation of Metis Art Material" affirme que ces objets "racontent notre histoire ; ils ont l'énergie des grands-mères ancestrales". Le pape de la fin du monde comprendra-t-il cela ?

Par Maria Ester Nostro

Sources :
https://espanol.yahoo.com/noticias/iglesia-regalos-ind%C3%ADgenas-piden-devoluci%C3%B3n-154111643.html
https://www.niusdiario.es/internacional/america-del-norte/como-eran-internados-murieron-6000-ninos-indigenas-canada-gestionados-iglesia-catolica_18_3163921990.html
https://espanol.yahoo.com/noticias/iglesia-regalos-ind%C3%ADgenas-piden-devoluci%C3%B3n-154111643.html
Date : 25/07/2022

traduction caro d'un article paru sur elorejiverde le 25/07/2022

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