Avec la Rojinegra : Himno zapatista

Publié le 9 Juillet 2022

Himno zapatista

 

 

1 Ya se mira el horizonte

Combatiente Zapatista

El camino marcaremos

A los que vienen atras

 

Refrain

 

Vamos, vamos, vamos, vamos adelante

Para que salgamos en la lucha avante

Porque nuestra patria grita y necesita

De todo el esfuerzo de los Zapatistas

 

2. Hombres, niños, mujeres

El esfuerzo siempre haremos

Campesinos y obreros

Siempre juntos todo el pueblo

 

3. Nuestro pueblo exige ya

Acabar la explotación

Nuestra historia dice ya

Lucha de liberación

 

4. Ejemplares hay que ser

Y seguir nuestra consigna

Que vivamos por la patria

O morir por la libertad

 

5. Ya se mira el horizonte

Combatiente Zapatista

El camino marcaremos

A los que vienen atras

 

6. Ejemplares hay que ser

Y seguir nuestra consigna

Que vivamos por la patria

La patria universal !

 

 

 

Quelques repères sur la Révolution mexicaine (1910 -1923)

 

 

Entre 1876 et 1910, sous le régime de Porfirio Diaz, le Mexique connaît un spectaculaire développement industriel (trains, ports, mines....) donnant une image de modernité et de réussite économique....le revers, c’est la misère des campagnes – 9 000 000 de paysans sans terre, dominés par 900 propriétaires terriens (« hacendados »), le quasi esclavage des Indigènes, la dureté de la condition ouvrière, le tout maintenu vaille que vaille par la brutalité de la police aux ordres d’une oligarchie féroce et corrompue.

Quand le vieux dictateur commence à évoquer sa retraite, vers 1908, un riche propriétaire libéral et idéaliste, Francisco Madero prône la restauration de la démocratie....mais il se fait arrêter. Evadé, il promet aux paysans dépossédés de leurs terres de les leur restituer : c’est le Plan de San Luis (1910).

Au cours des mois qui suivent, dans plusieurs régions du Mexique, des foyers insurrectionnels se développent, se réclamant de Madero :

 

 

Dans le Nord, Francisco Villa, un campesino d’une trentaine d’années a déjà pris le maquis depuis plusieurs mois après avoir abattu le fils d’un propriétaire qui avait abusé de sa sœur ; sa bande devient vite une armée : « me voy con Villa », disent simplement les centaines de peones qui se lèvent d’un seul homme pour le rejoindre. Vite à la tête de milliers de volontaires, Pancho Villa attaque villes et casernes en 1911, et se montre un stratège redoutable aux initiatives imprévisibles.

 

 

Dans le Sud, Emiliano Zapata n’est pas un paysan misérable et sans ressources, mais les injustices subies par les villageois de sa région de Morelos le font basculer dans l’action révolutionnaire : il se rallie aussi au Plan de San Luis et passe de la guérilla à l’insurrection en apprenant la prise de Ciudad Juarez par Villa en avril/mai 1911.

Sous la pression de ces armées populaires victorieuses, Porfirio Diaz s’enfuit en Europe fin mai 1911....et Madero fait son entrée à Mexico en juin. En novembre, des élections lui donnent légalement le pouvoir, avec 90% de voix en sa faveur.

Villa qui fait confiance à Madero retourne chez lui dans le Nord.

Quand à Zapata, il refuse de démobiliser ses troupes car il n’a obtenu du Président aucune assurance sérieuse sur la restitution des terres spoliées. Il lance le Plan de Ayala qui exige une réforme agraire immédiate et la confiscation de 1/3 des propriétés des hacendados.

Il entre en rébellion dès novembre 1911 au cri de « Tierra y libertad » et affronte les armées que Madero fait intervenir contre les paysans révoltés : incendies, prises d’otages, atrocités militaires, déplacements de populations. Les Zapatistes résistent et restent maîtres de leur territoire du Morelos où ils sont assiégés.

Pendant ce temps-là, Pascual Orozco, un ancien insurgé du Nord (mais maintenant financé en sous-main par les grands propriétaires) se soulève contre Madero en mars 1912. Ce dernier fait appel au général Huerta pour redresser la situation.

Villa, toujours dévoué à Madero, reprend la lutte avec ses compagnons les peones mexicains du Nord, pour soutenir le Président, mais il est traîtreusement arrêté par Huerta qui vise en réalité le pouvoir pour lui-même et cherche à éliminer les soutiens de Madero, Villa peut néanmoins s’évader en décembre 1912 et se réfugié aux Etats-Unis.

Là, il apprendra que Huerta a fait assassiner Madero en février 1913 et qu’il a déchaîné une guerre sans merci contre les Zapatistes.

Pour la 3e fois, Villa reprend les armes.

Contre Huerta se déclarent aussi plusieurs politiciens qui affirment leur fidélité à l’entreprise de Madero en fondant la « Parti Constitutionnaliste » particulièrement Carranza et Obregón.

Le 6 mars 1913, Villa quitte les Etats-Unis et retraverse le Rio Grande avec 8 compagnons, deux livres de café moulu , deux de sucre, un sac de sel, des pinces coupantes et 9 carabines Winchester. A nouveau des dizaines de milliers de paysans sans terre se rallient à eux au cri de « Viva Villa ! ».....cette armée qui entrera dans l’histoire et dans la légende sous le nom de Division del Norte dispose d’une nombreuse cavalerie et met à profit le réseau ferroviaire pour exécuter des stratagèmes audacieux et opérer des avances fulgurantes : victoires successives à Torreon, Ciudad Juarez, Tierra Blanca, Ojinaga, Paredon, Zacatecas !

Dans le même temps, les Zapatistes remportent la victoire dans le Morelos et le Guerrero.

Au printemps 1914, devant l’avancée de Villa, Zapata et des Constitutionnalistes, les jours de Huerta sont comptés....le 15 juillet 1914, le militaire félon s’exile.

Dans la localité d’Aguas Calientes, une convention des forces victorieuses s’efforce sans succès de s’entendre sur le devenir de la Révolution.

 

Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=327749

Le 6 décembre 1914, Villa et Zapata font leur entrée à Mexico.

Par dérision, Villa s’assied sur le fauteuil présidentiel mais ni lui ni Zapata ne veulent du pouvoir, ils voudraient simplement éviter que s’y installent des politiciens opportunistes du Parti Constitutionnaliste.

Zapata quitte la capitale au bout de quelques jours.

Carranza s’est autoproclamé Président et les troupes de Villa connaîtront une série de défaites durant l’année 1915 face à son armée : la cavalerie des paysans est décimée devant les tranchées, les barbelés et les mitrailleuses des constitutionnalistes.

Les Etats-Unis reconnaissent Carranza comme Président du Mexique et en représailles, Villa fait un raid sur Columbus, en territoire américain ; alors Carranza autorise au printemps 1916 une expédition militaire américaine à pénétrer au Mexique pour capturer Villa – tentative qui se soldera par un échec : personne n’a dénoncé la cachette de Pancho Villa.

Carranza s’attaque ensuite à Zapata dans une guerre totale : mais terre brûlée, déportations et fusillades ne viennent pas à bout des Zapatistes qui finissent par chasser l’armée de leur territoire en décembre 1916.

Au printemps 1917, Carranza est élu Président, il assiégera la zone insurgée pendant 2 ans sans résultat décisif.

Finalement, sous prétexte de discussions, l’armée attire Zapata dans un guet-apens et l’assassine traitreusement le 10 avril 1919 dans la caserne de Chinameca.

Une dernière fois Villa reprend alors les armes...il verra la chute et la mort de Carranza en mai 1920 et signera le 28 juillet 1920 le Traité de Sabinas qui lui permet de quitter la lutte la tête haute et de se retirer avec les honneurs dans son pays de Durango.

Trois ans plus tard, le 23 juillet 1923, le « Centaure du Nord » est assassiné, 150 balles criblent son véhicule à Parral. On soupçonne que les politiciens se sont ainsi assurés que Pancho Villa ne reprendrait plus jamais les armes....

En 25 ans, de 1910 à 1953, il y a eu un million de morts (pour une population de 15 millions d’habitants).

Sources :

  • Pancho Villa d’Ettore Pietri, éditions Mexicanos unidos 1979
  • Villa, Zapata et le Mexique en feu de B.Oudin, éditions Découverte Gallimard 1989
  • Les amis de Pancho Villa de James Carlos Blake, Rivages noirs 2005
  • Pancho Villa, roman d’une vie de Paco Ignacio Taibo II, Payot 2009
  • Tout pour tous ! de G.Goutte éditions Libertalia 2014
  •  

 

 

« Nous voici, nous sommes la dignité rebelle, le coeur oublié de la patrie »

Le sous-commandant Marcos

 

TERRE INDIGENE DU MEXIQUE

 

1519  Début de la conquête espagnole avec l’arrivée de Hernán Cortes

          1519/1680  environ 10 millions de morts en 150 ans dans la population indigène : guerres, épidémies, esclavage puis travail forcé (sous divers noms : encomienda, repartimiento, hacienda)

1821  Indépendance

1848  Traité de Guadalupe Hidalgo : les Etats-Unis s’emparent du Texas, de la Californie, du Nouveau-Mexique, de l’Arizona, de l’Utah et du Nevada.

1856  La loi Lerdo de Tejada interdit la possession collective des terres : expropriation massive des communautés indigènes paysannes.

1858  Juarez élu président

1876  coup d’état de Porfirio Diaz

  • 1883  création des « Compagnies d’Arpentage » chargées de repérer et mesurer les terres « en friches »...en échange de la propriété du tiers des surfaces !
  •  En 25 ans, 500.000 kilomètres carrés sont spoliés.
  • Multiplication des grandes propriétés issues de ces confiscations.
  • Au fil de ces 350 années, dans tout le Mexique, les révoltes se sont  succédé, comme celle des Yaqui (état du Sonora) qui se sont encore soulevés en 1825 et ont soutenu leur insurrection jusqu’en 1908, sous le nom de « Confédération des Indiens du Sonora » malgré la déportation de 15.000 d’entre eux dans le Yucatán en 1900 (où ils seront vendus comme esclaves) malgré les massacres de villages et les primes payées aux chasseurs de têtes.

1910  plan de San Luis : Madero, un politicien libéral, promet la restitution de leurs terres aux communautés indigènes. Début de la révolution mexicaine.

  • 1911  Fuite de Porfirio Diaz
  • Madero prend le pouvoir
  • 28 novembre 1911  Zapata proclame le Plan de Ayala et appelle aux armes pour imposer la restitution de terres que Madero diffère.
  • 21 février 1913 : assassinat de Madero Guerre civile généralisée : le Mexique est en feu....
  • 6 décembre 1914 : Villa et Zapata entrent à Mexico avec leurs troupes paysannes et indigènes.

1917  La réforme agraire est inscrite dans la nouvelle constitution mais la restitution des terres spoliées ne se fait qu’au ralenti et doit être arrachée.

1919  10 avril : assassinat de Zapata

1923  23 juillet : assassinat de Villa

1934 : présidence de Lazaro Cardenas :

Application de la loi de Réforme Agraire, restitution de 170.000 km2 (sur les 500.000 confisqués...) Création des Ejidos, forme de possession collective de la terre, renforçant le statut des communautés paysannes (Article 27 de la Constitution)

1940  A partir des années 1940, fin des restitutions de terres.

Les populations indigènes sont de plus en plus marginalisées par la pauvreté et victimes d’une politique assimilationniste (sous prétexte d’identité et d’unité nationale)

Le parti unique au pouvoir (appelé Parti Révolutionnaire Institutionnel depuis 1946) nie toute autonomie indigène et impose son contrôle politique par le biais du clientélisme toujours plus agressif et violent.

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1974  organisation d’un congrès indigène à San Cristobal de las Casas (Chiapas) avec l’aide de prêtres progressistes (courant de la « Théologie de la Libération »)

1983  création du groupe de guérilla EZLN (Ejercito Zapatista de Liberación Nacional) dans la jungle de la forêt Lacandone (Chiapas)

1988- 1992  plusieurs peuples mayas intègrent l’EZLN (Tzeltal, Tzotzil, Tojolabal, Ch’ol) après la suppression de l’article 27 de la Constitution garantissant les ejidos, car cette mesure ouvre la voie à la vente des biens collectifs et à une nouvelle privatisation de la terre.

1er janvier 1994 : Déclaration de guerre de l’EZLN

  • Occupation armée de plusieurs villes du Chiapas....puis repli dans les campagnes.
  • Occupation massive de terres et collectivisations.
  • Début du « Territoire zapatiste »

1994 – 1996 : période de discussions avec le gouvernement pour faire reconnaître les droits spécifiques des peuples indigènes.

Accords de San Andres signés par les représentants du gouvernement puis rejetés....comme inconstitutionnels (car attentatoires à l’Unité du Mexique)

 

1996 : Les Zapatistes encouragent la création du CNI (Congreso Nacional Indígena) qui n’est pas une organisation traditionnelle mais un espace de rencontre pour la diversité indigène mexicaine. Là, « 28 peuples, couleurs et langues » vont commencer à confronter et articuler leurs résistances à la dépossession et leurs efforts de reconstruction en tant que sociétés avec un territoire.

2001 : échec définitif des pourparlers de paix entre Gouvernement et EZLN.

Les Zapatistes font alors le choix de l’autonomie, c’est-à-dire de construire, en marge des institutions étatiques, un autre monde en rupture avec le capitalisme, l’état et les pratiques autoritaires.

Depuis lors, sur les terres du Chiapas où ils sont installés, plus de 100.000 indigènes Mayas s’autogouvernent et font face à leurs besoins en matière d’Education, de Santé, de Justice et bien sûr de ressources alimentaires.

Ils refusent toute forme d’ingérence gouvernementale –et toute prétendue "aide" étatique par laquelle le pouvoir cherche à les faire retomber dans la dépendance.

Ils font face également aux agressions incessantes de groupes paramilitaires qui multiplient les provocations dans l’intention de générer des réactions violentes et de donner ainsi à l’armée mexicaine les prétextes pour intervenir.

 

2016 : Réunion du 5e Congreso Nacional Indígena à Oventik (Territoire Zapatiste)

Les délégués ont recensé sur les territoires des différents peuples les confiscations de terres, les méga-projets (autoroutes, voies ferrées, pipelines, gazoducs, aéroports, mines, barrages, parcs éoliens, centrales électriques, zones de fracturation hydraulique etc...).ils dénoncent aussi l’appropriation frauduleuse des ressources forestières ou de pêche, la spoliation des ressources en eau, la déforestation massive en vue du développement de cultures industrielles, la pratique de cultures transgéniques. Tous ces abus sont accompagnés de violences venant de l’état, des paramilitaires, du crime organisé, du narcotrafic : différents visages d’une même gangstérisation du Mexique, où les peuples indigènes qui résistent subissent de plus en plus de menaces, emprisonnements, disparitions, assassinats.

L’EZLN estime la situation très grave : peuples et territoires subissent des agressions sans précédent et « ça va être pire » ; les peuples indigènes, en tant que sociétés sont en voie d’anéantissement : alors « avant qu’il soit trop tard, il faut passer à l’offensive ».

La délégation zapatiste du CNI suggère que le CNI, s’appuyant sur la légitimité fondamentale des peuples indigènes, constitue un Conseil Indigène de Gouvernement afin de redonner de la visibilité à ses peuples, et d’encourager partout à l’auto-organisation ; elle propose qu’une femme indigène soit la voix de ce Conseil et qu’elle soit présentée comme candidate aux élections présidentielles de 2018.

Pour autant, elle n’attend rien du processus électoral lui-même....si ce n’est le mouvement mis en branle, une mobilisation sociale dans laquelle s’uniraient tous les marginalisés du Mexique....et qui pourrait bien apporter un bouleversement du système politique.

Le CNI, après avoir discuté de la proposition en a adopté le principe et, selon les voies de la démocratie indigène, est revenu vers les communautés pour qu’elles réfléchissent et se prononcent.

1er janvier 2017 : les peuples indigènes réunis dans le CNI annoncent leur accord.

Ils déclarent notamment :

« Nous n’entrons pas en rivalité avec les partis politiques (...), nous sommes la voix collective, nous construisions pour exister dans l’autonomie et la libre détermination. »

Ils terminent ainsi : « Nous sommes prêts à aller jusqu’au bout, car nous savons après tout que nous avons peut-être en  face de nous la dernière opportunité en tant que peuples originaires et en tant que société mexicaine de changer pacifiquement et radicalement nos propres formes de gouvernement, et de faire que la dignité soit l épicentre d’un monde nouveau ».

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Mai 2017 : assemblée constitutive du Conseil Indigène de Gouvernement (Junta Indígena de Gobierno)

 

 

Notice historique de la Rojinegra

Sources : comité de Solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte  cspcl.ouvaton.org

Enlacezapatista.ezln.org.mx

Congreso nacional indigena

www.congresonacionalindigena.org

 

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